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Côte d’Ivoire : dépasser la pénurie de livres

Auteur invité - 16.08.2018

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Le livre ivoirien, ça enjaille, dêh ! Même si ça enjaille tchoko-tchoka, il y a encore beaucoup à faire*. La Côte-d’Ivoire compte 24 millions d’habitants dont 56,2 % sont analphabètes, selon le gouvernement. Le secteur du livre intimement lié à la politique éducative en français se déploie dans un contexte difficile.


Plateau, vue depuis l'hôtel Ivoire
abdallahh, CC BY 2.0

 

Malgré la force de la figure tutélaire de Bernard Binlin Dadié, « père de la littérature ivoirienne » âgé de 102 ans, l’absence de droits de douane sur les livres, en vertu de l’accord de Florence (1950), comme les dons de livres en provenance d’Europe, ne favorisent pas l’émergence d’une filière locale. Et le coup d’État de 2002 a ouvert une décennie de crises qui n’ont pas épargné le secteur du livre (saccage de 17 librairies en 2004 et de la bibliothèque nationale en 2011). 

 

En 2010, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) recensait 11 maisons d’édition, 23 imprimeries, 16 librairies, 29 journaux, 12 bibliothèques. À l’époque, le produit intérieur brut (PIB) par habitant s’élève à 1 200 dollars. S’il dépasse désormais les 1 500 dollars (+ 25 %), le pays ne s’est encore affranchi ni de la pauvreté ni de la pénurie de livres. 
 

Une politique publique naissante 


La stabilité politique permet aux acteurs locaux de se structurer et à l’État de développer une politique publique impulsée par le ministre de la Culture et la Francophonie, l’écrivain Maurice Kouakou Bandaman, en poste depuis 2011. 
 

« Nous avons une bonne vingtaine de maisons d’édition, expliquait-il lors du Salon du livre de Genève, en avril 2018. Alors que nous étions au début des années quatre-vingt à trois ou quatre livres de littérature publiés par an, nous sommes aujourd’hui à une centaine de livres. » Le ministre a fait voter en juillet 2015 une loi qui pose les bases d’une politique du livre. 
 

L’édition scolaire en force 


Dans ce pays qui dénombre 70 langues, le français est la langue officielle et celle de l’éducation scolaire ; on estimait en 2011 que seulement 13 % des enfants d’Afrique francophone étaient alphabétisés dans leur langue maternelle. La distribution gratuite de kits scolaires, menée à partir de 2007 avec l’appui financier de la Banque mondiale et l’appui d’éditeurs français, a permis le développement d’un marché de l’édition scolaire destiné à 5,5 millions d’élèves. 

 

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Deux éditeurs, dont l’État détient une partie du capital, se partagent l’essentiel des marchés publics : le CEDA (Centre d’édition et de diffusion africain) en partenariat avec Hatier, et les Nouvelles éditions ivoiriennes (NEI) liées à Hachette. Quelques plus petits éditeurs ivoiriens décrochent des marchés, tels Éburnie (éditeur indépendant depuis 2001) ou Frat Mat Éditions (groupe de presse détenu par l’État). 

 

L’édition scolaire a permis de renforcer l’économie du secteur et d’éditer d’autres productions, notamment en jeunesse et en littérature : Édilis, Presses universitaires de Côte-d’Ivoire, Les Classiques ivoiriens, Balafons, Tropique Éditions, Vallesse éditions... 
 

Un secteur librairie en construction 


Le secteur de la librairie pâtit de la gratuité des manuels scolaires et de la concurrence des revendeurs informels. Il existe depuis 2007 une association des libraires de Côte-d’Ivoire lancée par René Yedieti, propriétaire du groupe Librairie de France (dix magasins). 

 

Prosuma, un groupe de distribution qui s’est lancé sur le marché du livre en 2000, détient depuis 2015 l’enseigne FNAC en Côte-d’Ivoire (deux magasins). Le Centre national du livre (CNL) et l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) accompagnent la professionnalisation du secteur. La Côte-d’Ivoire se distingue aussi par le nombre de ses librairies religieuses. 
 

Bibliothèque, denrée rare 


Même s’il existe un prestigieux projet de Bibliothèque de la renaissance africaine d’Abidjan, annoncé pour 2020, les bibliothèques restent une denrée rare. Un reportage de LCI en mars 2018 estime que le pays en compte une trentaine ; le blog du campus de Bibliothèques sans frontières qualifie celle de l’université Félix Houphouët-Boigny de simple « salle d’étude ». 

 

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Quelques initiatives existent pour favoriser la lecture publique. Depuis 2012, la Bibliothèque nationale a mis en place des bibliothèques dans une vingtaine de salons de coiffure pour femmes, permettant aux clientes, au personnel, aux femmes du quartier et leurs enfants de lire sur place et d’emprunter des ouvrages. 

 

Une dizaine de Centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC) sont soutenus par l’OIF (8900 abonnés en 2009). L’association de Marguerite Abouet, Les Livres pour tous, a ouvert trois bibliothèques de quartier à Abidjan et Irobo. « La bibliothèque, ça apprend la paix », assure une enfant qui fréquente celle de Treichville à Abidjan. 


 

Stéphanie Stoll 

 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne



(*) Le livre ivoirien, ça plaît, hein ! Même si ça plaît, quoi qu’il arrive, il y a encore beaucoup à faire. Initché (merci) aux bonus ivoiriens d’Aya de Yopougon. 




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