Coup de bec de l'éditeur Penguin contre le gouvernement

Clément Solym - 15.04.2011

Edition - Société - penguin - editeur - justice


Durant la Foire du Livre de Londres (11, 12 et 13 avril 2011), John Makinson, le Président de Penguin Books, a plaidé pour une évolution des droits de la propriété intellectuelle. Il souhaitait des liens de coordination entre les différents partenaires de la chaîne du livre. Pourtant, ils existent déjà !

Fondée il y a soixante-quinze ans, Penguin Books est une des plus grandes maisons d'édition de l'hémisphère nord. Pourtant, les conditions de vie sont dures sur terre, même pour l'empereur du livre de poche !

Penguin avait donc passé des accords avec Google pour s'adapter et plonger dans le marché du numérique : « Notre industrie se transforme rapidement, et le nouveau paysage nous oblige à faire les choses différemment. La technologie numérique modifie l’édition de livres dans sa forme, ce qui crée des possibilités nouvelles extraordinaires, mais exerce aussi des contraintes sans précédent sur nos coûts et nos méthodes de travail traditionnelles. Nous devons donc maintenir notre avance, ajoute-t-il, si nous voulons croître et prospérer ». (via Wipo)

Quelle situation aujourd'hui ?

Mais la justice américaine avait évalué que ces contrats conféraient à Google « des avantages significatifs et potentiellement anticoncurrentiels » (notre actuaitté). Pris dans les mailles du filet, Penguin s'était retrouvé le bec dans l'eau, privé de sa pêche électronique miraculeuse. Mi-avril, John Makinson, le Président de Penguin, s'est envolé pour trois jours à Londres et a déclaré au Salon du Livre qu'il était « davantage préoccupé par le gouvernement que par les pirates » !

D'esprit grégaire, il a déploré le manque de coordination « nationale et internationale ». Le président d'HarperCollins, Brian Murray, avait suivi la même trajectoire. Aussi, tous deux ont-ils affirmé l'importance de « convaincre le gouvernement » de « défendre les droits d'auteur. » (via The Bookseller)

Ne cherchent-ils pas à noyer le poisson ?


En réalité, des organisations internationales existent déjà pour concilier la protection des droits de la propriété intellectuelle, les intérêts particuliers et l'accès du plus grand nombre à la culture. Ainsi, l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), laquelle a par ailleurs fêté son anniversaire à Penguin Books en février dernier, a pour mission « d’élaborer un système de propriété intellectuelle équilibré et accessible, qui récompense la créativité, stimule l’innovation et contribue au développement économique tout en préservant l’intérêt public. »

Selon Francis Gurry, directeur général de l’OMPI , il faut travailler « au développement de systèmes de gestion collective facilement accessibles en ligne, afin de permettre aux créateurs, aux titulaires de droits et aux utilisateurs de gérer plus efficacement leurs intérêts respectifs. »

Certes, il existe une colonie de droits d'auteurs spécifiques à chaque pays ; le droit français accorde à l'auteur des attributions non seulement patrimoniales, mais aussi intellectuelles et morales. Cependant, les lois concernant la propriété intellectuelle tendent précisément à s'homogénéiser. L'Union européenne fait évoluer la législation française, « afin de s’adapter aux réalités économiques et aux nouvelles formes d’exploitation de l’information. » (via Circe).

Sauf que...

Des exceptions au monopole des droits d’auteurs dans le cadre d'activités d'enseignement, d'aide au handicap, d'information, et de lecture dans les bibliothèques d'accès public se sont nichées dans la loi relative au droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information (DADVSI, 2006).

D'autres réformes sont en cours au niveau européen, « afin de permettre l’établissement de liens concrets entre les industries culturelles et créatives et des domaines tels que l’éducation, l’industrie, la recherche ou l’administration ». L’Europe financerait des « crédits créatifs », pour aider les entreprises à « développer leurs idées en collaborant avec les industries créatives et culturelles. »(via Europarl)

De quoi redonner la pêche à Penguin Books ?