Coup de gueule de Raymond Chandler à Alfred Hitchcock

Julien Helmlinger - 30.08.2013

Edition - International - Raymond Chandler - Alfred Hitchcock - L'inconnu du Nord-Express


Au fil de sa carrière de scénariste à Hollywood, sous des airs de gentleman fumeur de pipe et siroteur de whisky, l'auteur solitaire du Grand sommeil se serait taillé une véritable réputation de bouledogue. S'il était coutumier des prises de bec avec ses partenaires les plus ingérants dans son travail, Alfred Hitchcock n'y aurait pas échappé. En atteste une lettre adressée au maître du suspens, en marge de la production de L'inconnu du Nord-Express, en VF.

 

 

 

 

Si Alfred Hitchock est un célèbre écrivain de son siècle, il est surtout resté dans la mémoire collective pour son oeuvre cinématographique et ses passages furtifs face à ses propres caméras. Adepte de l'adaptation de romans, il avait l'habitude d'employer des scénaristes pour plancher sur ces transitions du papier vers l'écran, et Chandler était l'un d'eux.

 

En 1951, les deux hommes oeuvraient sur Strangers on a train, très librement inspiré du premier livre, éponyme, publié l'année précédente par l'Américaine Patricia Highsmith.

 

L'histoire d'un type qui rencontre un inconnu, dans un train, lequel lui suggère un pacte douteux : il supprime son envahissante épouse si celui-ci se charge d'éliminer son propre père dans le but de débloquer un héritage. Oubliant l'offre en la mettant sur le seul compte de la folie, le voilà rattrapé lorsque sa femme est assassinée… Dans les premières minutes du film, Alfred passe devant l'objectif muni d'une contrebasse, et les spectateurs peuvent enfin se concentrer sur l'intrigue.

 

Collaboration décevante pour les deux hommes de plume. Chandler concocte un premier script, puis un second, mais toujours pas de réponse de la part de Hitchcock si ce n'est une lettre de licenciement. Le réalisateur visiblement  insatisfait, a songé embaucher son ancien partenaire Ben Hecht, mais ce dernier trop occupé lui envoie son assistant à la place, Czenzi Ormonde. Le jeune débutant aurait alors retapé l'intégralité du script, en moins de trois semaines chrono.

 

Raymond Chandler, vexé par le dédain qu'il pense percevoir dans l'absence de commentaires quant à ses propres moutures de scénario, a alors écrit une lettre pour exprimer son mécontentement au réalisateur. Il y dénonce notamment « la dépravation coutumière d'Hollywood », son lot de « clichés » et autres impardonnables « personnages sans visage » et le tout écrit dans du « lait écrémé ».

 

Et anticipant le fait que Hitchcock serait susceptible de se défendre de la critique en estimant que le scénariste avait obtenu un gros chèque pour sa peine, celui-ci de s'offusquer par avance en concluant que : « personne ne pouvait s'estimer bien rétribué à perdre son temps ».

 

À noter toutefois pour les amateurs dde Hitchcock que bon nombre de ses films se trouvent assez facilement sur le web, en lecture streaming et gratuite.