Course aux rachats dans l’édition : la concentration se fait plus dense

Auteur invité - 27.02.2019

Edition - Economie - concentration groupes édition - rachats édition maison - éditeurs concentration livre


Les industries culturelles subissent un fort phénomène de concentration depuis la fin du XXe siècle qui ne semble plus vouloir prendre fin. Le monde de l’édition étant très concurrentiel, notamment dans des secteurs comme la jeunesse ou la BD, chacun cherche comme il le peut à se protéger et à obtenir une belle place sur le marché.

Livre Paris 2016
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Les rachats d’entreprises permettent d’augmenter le chiffre d’affaire, de diversifier les champs d’activité, tout en devenant un acteur plus imposant. Ils ont ainsi été de plus en plus nombreux à être observés, et cela de manière très accentuée en 2018.

Lors du classement des 200 premiers éditeurs français de cette année précise, 104 groupes et maisons indépendantes y figuraient, contre 111 un an seulement auparavant : plusieurs absorptions ont été conclues en un temps très réduit. En voici quelques exemples significatifs : début juillet, les éditions Glénat rachètent Quatre Fleuves, Hachette Livre poursuit en absorbant les éditions La Plage. Humensis a pour sa part acquis Les Équateurs, après être eux-mêmes nés de la fusion de Belin et des PUF.

Albin Michel a également annoncé être en négociation pour s’emparer des éditions Leduc.s. Media-Participations représente quant à lui parfaitement cet effet de concentration en étant installé dans d’immenses bureaux de 14.000 m carrés, regroupant à lui seul une quinzaine de maisons, les éditions du Seuil les rejoignant courant mars. Enfin, un rachat qui pèse énormément (900 millions d’euros) et qui fait grand bruit n’est autre que celui d’Editis par Vivendi fin novembre.

Il est à souligner que ce phénomène de concentration est également à l’oeuvre à l’étranger. Très récemment, à la fin du mois de janvier, c’est l’entreprise Valiant qui a été absorbée par la société chinoise DMG Entertainment, quand l’emblématique Penguin Random House s’est pour sa part offert la majorité du capital de la maison brésilienne Companhia des Letras.

Alors, que penser de tous ces rachats ? La situation est souvent tendue entre les différents acteurs du monde du livre quand le sujet resurgit. Dans un extrait de Trois hommes dans un bureau d’Olivier Bessard- Banquy, l’auteur avait recueilli les propos suivants de la part du Monde : « Le risque, c’est que ces groupes très puissants entravent les initiatives individuelles d’hommes prêts à mettre leur zèle et leur goût au service de la littérature. »

En effet, la peur qui domine est celle d’une réduction de la liberté de création et d’une uniformisation des contenus au profit de best-sellers. Le problème du non-respect de la « tradition de l’imprimé » est également au coeur de la discussion. Quand l’acheteur ne provient pas du monde du livre et ne se soucie que de la rentabilité du livre qu’il va publier, cela fait grincer des dents, et souligne l’écart de façons de penser entre ces investisseurs et les acteurs expérimentés du monde du livre.

Cependant, d’autres s’accordent à noter les avantages que comportent ces rachats. Certaines maisons comme celle d’Héloïse d’Ormesson (rachetée par Éditis début 2019) y voient de multiples bénéfices. Tout d’abord celui de rejoindre, pour leur part, le numéro 2 français du livre, mais aussi la possibilité de vendre plus d’ouvrages, de mener des actions d’envergure et, bien évidemment, d’être déchargé de toute pression administrative et financière.

Vivendi avait pour sa part expliqué en novembre à Livres Hebdo que les acquisitions sont une « inscription dans la logique de construction de grands groupes de contenus, de médias et de communication ».

Ils mettaient aussi en avant la notion de collaboration et de travail d’équipe. Espérons que ce phénomène ne tue pas la bibliodiversité qui caractérise la richesse du marché du livre français.
 

Article réalisé et publié dans le cadre des travaux menés avec les élèves du Master 1 Apprentissage de l’université de Villetaneuse — Paris 13, spécialité Commercialisation du livre. Les étudiants sont invités à écrire sur un sujet lié au monde de l'édition, suivant des consignes de rédaction journalistique.  


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