Couverture érotique ? Un éditeur fait reculer Apple

Louis Mallié - 27.03.2014

Edition - Société - Apple - Censure - Bénédicte Martin


Après la polémique engendrée par le refus d'Apple de diffuser la couverture du livre de Bénédicte Martin La femme dont on a déjà largement parlé, le diffuseur est finalement revenu sur sa décision. « La société Apple a finalement accepté de diffuser cet ouvrage sur son magasin en ligne Apple Store », a déclaré l'éditeur dans une dépêche de l'AFP. Contacté par Actualitté, Olivier Frébourg, fondateur des Éditions des Équateur en 2003 nous a livré « la leçon qu'il faut tirer de cette historie. »

 

 

 

 

Pour la première fois, un éditeur est parvenu à lever la censure d'Apple. Contacté par Actualitté l'éditeur, Olivier Frébourg, a tenu à exprimer toute l'indignation que lui inspirait le sujet, en dépit de sa victoire : « Ce sont des algorithmes qui choisissent les livres en fonction de leur titre et de leur couverture. Apple ne regarde même pas le contenu des livres. Il y a une grande déshumanisation de la politique éditoriale d'Apple. » Revenant sur le fait que Apple représente 20 % du marché numérique il a tenu à rappeler que cette caractéristique ne devait en aucun cas arroger à la société un droit de censure. 

 

« Apple joue le rôle d'Ernest Pinard sous le Second Empire » faisant allusion au procureur qui avait instruit le procès contre Les Fleurs du Mal et Madame Bovary en 1857. Mais un procureur absurde et paradoxal alors, puisque Apple puisque « des ouvrages d'extrémismes politiques qui incitent à la violence sont diffusés en toute liberté sur l'Apple Store, simplement parce qu'ils ont un titre et une couverture qui passent inaperçus. » 

 

Qualifiant ainsi de véritable « régression morale » la réaction d'Apple, Olivier Fréboug a tenu à montrer toute la signification du refus d'Apple. « Cela va plus loin qu'une insulte à la liberté d'expression. Le roman a été écrit par une femme. Il parle d'une femme, et sa couverture représente le corps d'une femme. C'est donc tout bonnement une insulte aux femmes même. Refuser de présenter le corps d'une femme me semble paradoxal pour une société dont l'emblème est une pomme croquée. »  

 

L'absence regrettable de réaction de Mme Filippetti

 

L'éditeur a ainsi profondément regretté l'absence totale de réaction de la part d'Aurélie Filippetti et du Ministère de la Culture. « Elle avait connaissance du dossier. En tant que femme elle aurait du intervenir. » Oilivier Frébourg a obtenu le soutien de Antoine Gallimard, du SNE. Pour lui, Le femme doit servir d'exemple. « Il met en relief une situation qui dépasse son simple cas particulier. Il faut rester vigilant, car ce n'est pas la première fois, et ce ne sera sûrement pas la dernière. » 

 

Il met également en garde contre l'autocensure que le comportement d'Apple engendre chez les éditeurs qui craignent d'être refusés par le diffuseur mondial.

 

En ce sens, le réseau des libraires indépendants dans lesquels avait préalablement été distribué le livre a agi comme un véritable contre-pouvoir démocratique. « Jamais un libraire n'aurait censuré un livre pour sa couverture. Ils ont constitué un immense soutien pour nous. Cela montre combien il faut préserver ce réseau qui est finalement un garant de liberté et de démocratie. » 

 

Si un combat est donc gagné, il s'agit toutefois de rester vigilant. Le livre n'était pas un cas particulier, il cristallisait une situation d'ensemble. C'est ainsi une valeur symbolique qu'a voulu donner à son combat le fondateur des Éditions des Équateurs, qui refuse de voir la polémique se limiter à son seul cas : « Il faut comprendre tout ce que cela implique. C'est pour cela que je demande à tous les éditeurs d'adopter une position commune pour résister contre le conformisme », a-t-il conclu.