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Covid : 60 % des auteurs européens craignent des conséquences “très graves”

Antoine Oury - 10.06.2020

Edition - Société - auteurs europeens - europe auteurs traducteurs - federation associations ecrivains


Particulièrement touché par la crise sanitaire et économique, mais aussi par la période de confinement, le secteur du livre européen se prépare à des temps difficiles, alors que, dans chaque pays, les aides au secteur se déploient plus ou moins. La Fédération des associations européennes d'écrivains (European Writers’ Council, EWC) a interrogé auteurs et traducteurs pour proposer un aperçu de la situation générale, à travers l'Europe.

Stress


Du 30 mars au 24 avril, l'EWC a sollicité les différentes associations d'écrivains et de traducteurs qu'elle rassemble, pour prendre la température et comprendre l'état d'esprit de leurs membres, à travers l'Europe. Ainsi, ce sont potentiellement 128.000 auteurs, écrivant en 27 langues, membres de 33 organisations dans 24 pays européens, qui se trouvent représentés. Pour la France, par exemple, la Société des Gens de Lettres a participé au sondage.

Premier questionnement de la fédération et, fort logiquement, point d'inquiétude majeur, la rentrée d'argent : 97 % des auteurs et traducteurs ont connu des baisses de revenus dues à l'annulation d'une intervention en festival, 64 % après le report d'un titre et 40 % s'attendent à des pertes en raison de contrats remis à plus tard. Un certain nombre de reports et d'annulations pourront peser aussi, comme les attributions de bourses, les prix littéraires et l'arrêt des ventes de livres pendant 2 mois.

Les traducteurs se trouvent particulièrement fragilisés : outre les annulations d'interventions, 66 % des répondants s'attendent à des revenus moindres, avec un nombre de traductions en chute libre. 30 % des participants au sondage estiment aussi que les auteurs d'ouvrages destinés à la jeunesse, les poètes et les auteurs d'ouvrages de non-fiction seront plus particulièrement concernés par les annulations d'événements et d'interventions, qui pèsent d'une manière plus importante dans leurs revenus.

Finalement, 60 % des auteurs et traducteurs s'attendent à des conséquences « très graves », voire « extrêmement graves » de la crise du Covid sur leur niveau de revenus.
 

Différents pays, différents marchés


Paradoxalement, la situation semble moins grave dans certains pays, comme la Norvège ou la République tchèque, relève le rapport, où les auteurs mènent une activité parallèle à l'écriture de leurs livres. Ainsi, la baisse des revenus liés à l'écriture pourra être atténuée par les revenus d'une autre activité.

Globalement, toutefois, les pays européens s'attendent à des conséquences « très graves » sur les revenus des auteurs et des traducteurs et sur le secteur du livre. La diversité de l'offre éditoriale sera sans doute touchée dès l'année prochaine : si des titres de 2020 seront repoussés à 2021, la Fédération des associations européennes d'écrivains estime que 100.000 à 150.000 livres ne seront pas publiés en 2021. Les autrices seront particulièrement fragilisées, car « atteintes à deux reprises, car leurs revenus et leur patrimoine sont généralement moins élevés que ceux des auteurs ».
 
La Fédération des associations européennes d'écrivains déplore qu'un certain nombre de pays européens n'ait pas mis en place des mesures fortes, avant la crise, pour protéger et préserver les écrivains et traducteurs, « à l'origine de la valeur dans la chaine du livre ». Rémunération aléatoire, absence de sécurité sociale, exceptions et limitations au droit d'auteur sont pour l'organisation autant de points qui affaiblissent ces métiers. Sans oublier le piratage, qui a connu une certaine hausse dans de nombreux pays pendant la crise.
 

Quelles aides pour les auteurs ?


La Fédération des associations européennes d'écrivains se félicite des multiples initiatives d'auteurs, notamment pendant le confinement : lectures en ligne, soutiens aux librairies, conférences numériques... Autant d'intervention non rémunérée, souligne l'organisation. La mise en ligne de textes gratuits a aussi aidé les uns et les autres à passer le confinement, mais la fédération souhaiterait voir une certaine reconnaissance envers les auteurs se manifester.

Pour l'instant, cette reconnaissance peine à se manifester en Europe : 57,6 % des répondants indiquent que des mesures et aides spécifiques ont été annoncées pour le secteur culturel, voire la filière livre. En Croatie et Slovénie, par exemple, un revenu minimal a été garanti pour les auteurs et traducteurs, de l'ordre de 30 % du niveau habituel, qui a atteint 80 % en Norvège.
 
Mais, dans la plupart des cas, « les aides de l'État n'atteignent pas les auteurs et les traducteurs ». « Dans quelques pays, des ajustements se font à petite échelle, mais il est souvent frappant de voir que si peu de pays sont préparés à soutenir les travailleurs culturels indépendants, et en particulier les écrivains et traducteurs », note l'organisation, qui propose un état des lieux des aides par pays.
 

37 recommandations pour l'avenir du livre


La Fédération des associations européennes d'écrivains termine son étude avec 37 recommandations destinées aux États européens, à mettre en œuvre à court, moyen et long termes. Parmi ces mesures, la transposition du chapitre 3 de la directive sur le droit d'auteur, la mise en place de mécanismes de compensation plus favorables aux auteurs ou encore le soutien aux activités numériques. L'EWC recommande également une seconde vague d'aides au secteur du livre dans quelques mois, ainsi qu'un plan européen de soutien et d'encouragement à la lecture.

À moyen terme, la fédération demande la mise en place d'un droit de prêt dans tous les pays d'Europe, et des systèmes de prêt numérique qui favorisent le modèle de la licence plutôt que les limitations et exceptions au droit d'auteur.

Sur le long terme, l'organisation souhaite une lutte renforcée contre le piratage, une sécurité sociale pour tous les auteurs, des minimums en matière de rémunération des auteurs, la lutte contre les monopoles dans le secteur du livre ou encore l'approfondissement du programme Europe Créative.

Le rapport complet est disponible ci-dessous.



Photographie : MIke Kline, CC BY 2.0


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