Covid : en librairie, le bal masqué s'ouvre

Antoine Oury - 24.07.2020

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Depuis près d'une semaine désormais, les libraires français accueillent des clients qui doivent être impérativement masqués, suite à l'obligation gouvernementale mise en place pour contrer la reprise de l'épidémie du coronavirus. Une mesure qui ne change pas vraiment le quotidien des professionnels de la vente de livres, qui assurent que leur clientèle l'avait, la plupart du temps, déjà intégrée à ses habitudes.

Propos recueillis avec Camille Cado et Raphaël Gariepy

Librairie Au brouillon de culture - Caen


Prière d'entrer masqué : depuis ce 20 juillet, le port du masque est obligatoire dans les librairies, concernées au même titre que les autres commerces par la prévention contre une reprise de l'épidémie du coronavirus. Les lecteurs assidus sont toutefois déjà habitués au port du masque dans les lieux de lecture : il est en effet indispensable pour entrer dans une bibliothèque depuis le 31 mai dernier.
 

Le masque, pas vraiment une contrainte


Les libraires sollicités par ActuaLitté sont eux-mêmes habitués au port du masque, et loin de considérer la mesure sanitaire comme une contrainte. « Pour nous, l'obligation du port de masque n'a pas changé grand-chose. Depuis la réouverture du magasin, nous, libraires, portons des masques. Nous demandions également aux clients d'entrer avec un masque, grâce à un panneau sur la porte de la boutique. Évidemment, on ne filtrait pas l'entrée, mais on les encourageait à adopter les bons gestes », explique Laurence Paget, salariée de la librairie jeunesse Le Chat Qui Pelote, à Maisons-Laffitte (78).

« C’était déjà presque la normalité », commentent Anne-Laure Vial et Delphine Bouetard, les fondatrices de la librairie Ici, à Paris. De fait, la majorité des libraires français porte des masques dans les magasins, et l'équipement sanitaire, parfois rendu obligatoire par les commerçants eux-mêmes, faisait partie des habitudes de la clientèle, nous témoigne-t-on.

Pour les quelques cas de personnes sans masque, difficile de refuser l'accès, cependant : les professionnels le signalent, en demandant aux clients de ne pas l'oublier pour la prochaine fois. « Cela m'est arrivé une fois d'avoir un client qui ne voulait pas porter de masque, et il m'a dit que puisque c'était comme ça, il s'en allait », se souvient Laurence Paget. Lorsque les stocks et les finances de la librairie le permettent, certains commerces offrent des masques aux clients étourdis.



Mais « [g]lobalement, la majeure partie des clients porte d'elle-même le masque depuis le déconfinement. Il y avait encore quelques personnes qui résistaient, soit pour des raisons politiques ou par conviction personnelle », indique Simon, libraire à la Librairie Les Petits Mots de Chatou (78).
 

Santé et bienveillance publiques


Aux yeux des libraires, la mesure sanitaire est justifiée, et vient d'ailleurs rassurer les clients. « Je suis totalement d'accord avec le port obligatoire du masque », souligne ainsi Denis Mollat, gérant de la librairie homonyme. « Dans une vie antérieure, j'ai été médecin, et longtemps en réanimation, avec des maladies contagieuses, je connais donc la prévention. Et en matière d'épidémiologie, je peux vous dire que la prudence doit être de mise », explique-t-il.

Chez Mollat, à Bordeaux, le masque a donc très rapidement été rendu obligatoire à la librairie, avec un équipement offert pour les clients démunis. « Les équipes s'assurent même que les clients portent correctement leur masque, et que ce dernier couvre bien leur nez : sinon, c'est inefficace. »

Librairie Le Cheval Crayon - Caen


La clientèle de la librairie se montre en tout cas exemplaire, à en croire les témoignages : « Les personnes ne touchent pas à tout, font attention, et mettent en garde leurs enfants. Dans les faits, les gens sont assez sensibles à la prévention », explique Simon, de la librairie Les Petits Mots. « Nous sommes une librairie de quartier, notre clientèle est très fidèle et attachée à notre commerce alors quand on lui a demandé de porter un masque, il n'y a eu aucune difficulté, tout s'est fait très facilement », indique de son côté Laurence Paget, de la librairie Le Chat Qui Pelote de Maisons-Laffitte.
 
Seule préoccupation, persistante, concernant l'accueil du public : l'annulation des animations dans une majorité des librairies, avec des conséquences probables sur les ventes et la fréquentation. Des solutions de fortune s'organisent, notamment à l'aide des outils numériques et de la diffusion à distance. La librairie Mollat, à ce titre, a pu mobiliser ses moyens et son expertise en la matière, avec une retransmission sur YouTube et Facebook.

 

 

Écouler les stocks (et pas seulement de masques)


Depuis la réouverture des librairies, les professionnels du livre guettent avec fébrilité les premiers résultats. Une observation générale pointe : les ventes exceptionnelles de la première semaine de déconfinement ont malheureusement été temporaires.

« On a eu des paniers plus importants à la reprise qu'à l'ordinaire  : c'est l'effet bouchon de champagne au sortir du confinement », explique-t-on à la librairie Les Petits Mots. Les ventes ont augmenté dans les secteurs du parascolaire et du scolaire, la vie pratique, le polar, la littérature ou encore la jeunesse, selon plusieurs enseignes. Denis Mollat rapporte une activité « très bonne » pour son enseigne, et même « excellente » sur internet : « Le livre est une économie de temps de crise, et le livre un luxe que les lecteurs peuvent s'offrir », veut-il croire.
 
Mais l'inquiétude persiste chez de nombreux libraires, face à l'avenir plutôt incertain de l'économie et de la consommation : « On est sur une fréquentation moins importante qu’avant le confinement c’est sûr. Le nombre de rachats reste important avec seulement 10 % de baisse, et sur les ventes on a perdu à peu près 15 % », nous indique la librairie Book Off de Châtelet, à Paris, spécialisée dans l'occasion.

Librairie Au brouillon de culture - Caen


Plusieurs enseignes nous signalent le coût non négligeable des équipements sanitaires, qui oscille entre quelques dizaines d'euros pour le gel hydroalcoolique et la confection de masques maison et plusieurs milliers dans le cas de librairies plus importantes – sans inclure les sessions de nettoyage à multiplier. « Nous sommes passées par la centrale d’achat de la région Île-de-France pour les masques, donc nous avons pu en avoir assez tôt à un prix très compétitif. Mais c’est cher, quand même, à la longue les masques, avec 9 ou 10 salariés à équiper », indiquent Anne-Laure Vial et Delphine Bouetard de la librairie Ici.
 
Concernant d'éventuelles aides, les libraires semblent avoir plutôt bénéficié du soutien à l'emploi, avec la mise en place du chômage partiel. « La Direction régionale des affaires culturelles a financé le fait qu’on place des poteaux pour porter les gels : cela nécessitait des aménagements assez coûteux. Nous en avons donc 5 répartis dans toute la librairie », ajoutent les gérantes de la librairie Ici, d'une surface commerciale de 450 m2.

« Les aides viendront plutôt du ministère, nous suivons cela avec beaucoup d'intérêt », indique pour sa part Denis Mollat. Parfois sans information sur les dispositifs mis en place, les libraires n'ont pas « attendu les aides », selon l'expression utilisée chez Book Off, afin d'assurer des retrouvailles en toute sécurité avec leur clientèle...


Photographie : Vitrine de la librairie Brouillon de Culture, à Caen (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
Affiche de la librairie Le Bibliovore (Tours)
Librairie Le Cheval Crayon, Caen (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
Librairie Le Brouillon de Culture, Caen (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)



Commentaires
Vous écrivez "masqués"?" Muselés" semble plus proche de la réalité, au propre comme au figuré." Masque" évoque le Carnaval, la "commedia del arte" bref la liberté de la Fête. A l'opposé le masque officiellement protecteur uniformise, bloque la communication, isole, tue le fameux "lien social", expression à la mode..."Panurgisation" sociétale au nom d'une "peur" suscitée et entretenue ....
« Pour les quelques cas de personnes sans masque, difficile de refuser l'accès »

Ce n'est pas « difficile » : pas de masque, pas d'entrée. Ça se passe comme ça en Italie depuis le déconfinement (!!!) et personne ne bronche. C'est même beaucoup plus strict. Hier encore, une femme avec son landau s'est vue refuser l'entrée d'une librairie jeunesse car il y avait... déjà un client à l'intérieur.

À côté de nous, les Italiens sont des monstres de discipline.
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