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Covid : trois jours de grève reconductibles votés par les agents de la BnF

Antoine Oury - 19.11.2020

Edition - Bibliothèques - bnf greve - bibliotheque nationale france - covid bnf


L'assemblée générale des personnels, organisée en partie physiquement et en partie en visio, ce jeudi 19 novembre à la BnF, s'est achevée sur le vote de trois jours de grève, à partir du mardi 24 novembre prochain. Ce jour-là, la Bibliothèque nationale de France devait rouvrir ses portes au public, sous certaines conditions. Cette réouverture inquiète les personnels et les organisations syndicales, dans un contexte sanitaire toujours tendu.

BnF : Bibliothèque nationale de France


Les différentes propositions de la direction de la BnF pour la réouverture de l'établissement au public n'auront pas convaincu les personnels : dénonçant « une absence d'écoute » et une « administration qui change l'organisation du travail d'une semaine à l'autre », les organisations syndicales, CGT, FSU et SUD Culture ont déposé un préavis de grève il y a quelques jours, pour une période courant du 23 novembre au 31 décembre 2020.

L'établissement patrimonial, selon nos informations, devait rouvrir ses portes au public ce mardi 24 novembre, mais une partie du personnel entamera donc ce matin-là trois jours de grève, pour s'opposer au projet de la direction de l'établissement.

« L'administration n'attend même pas un desserrement du confinement, et veut se poser en “premier de la classe” auprès du ministère de la Culture », dénonce Gaël Mesnage, secrétaire adjoint de la CGT-BnF. « On nous propose désormais une réouverture du mardi au vendredi, de 10h à 17h, avec une présence 3 jours sur 5 sur site des agents dont les tâches ne sont pas télétravaillables. »

Un retour du public et des agents sur site qui semble bien prématuré aux organisations syndicales et aux agents ayant voté la grève. « Nous restons dans un contexte de forte contamination, et de circulation du virus. Il n'y a pas d'urgence à rouvrir une bibliothèque, il faut savoir mettre en balance santé et nécessité, et se rendre à la bibliothèque n'est pas nécessaire à la vie, surtout dans un contexte d'épidémie », rappelle le syndicat Sud Culture.

« Pendant les trois premières semaines d'octobre, la BnF comptait environ une nouvelle contamination Covid par jour parmi ses agents. Avec le confinement, le nombre a chuté, avec un seul cas la semaine dernière », analyse Gaël Mesnage. « C'est bien la preuve que limiter les interactions sociales diminue les risques de contamination. » Les organisations syndicales, outre la présence sur site des agents et des usagers, pointent aussi le poids des transports dans les risques de contamination.
 

L'ouverture possible des bibliothèques de recherche


Dès le début du confinement, le gouvernement a posé un cadre un peu particulier pour les bibliothèques de recherche : la possibilité d'accueillir du public, sur rendez-vous uniquement. « La direction de la BnF et le ministère de la Culture ont donc légitimement posé la question de l'ouverture des salles de recherche au public, afin de pouvoir répondre aux besoins des chercheurs et étudiants qui demandent à pouvoir accéder aux ressources de la bibliothèque », nous rappelle la direction de la BnF.

Un décret, paru le 8 novembre dernier, a autorisé ce type d'ouverture, sur rendez-vous, pour la BnF. Évoquant « un dialogue social très nourri », la BnF indique que son projet s'est construit dans le respect du cadre imposé par le gouvernement. Ce projet est le suivant :

– une ouverture limitée aux seules salles de recherche sur réservation impérative ;
– une jauge de 50 % alors que le strict respect des distances autoriserait une jauge plus élevée ;
– une amplitude limitée : du mardi au vendredi de 10 h à 17 h ;
– une présence des agents limitée à trois jours par semaine ;
– la mise en place d'horaires décalés avec un dispositif incitatif d'heures bonifiés pour éviter l'affluence dans les transports en commun.

La direction de la BnF assure par ailleurs qu'elle entend utiliser cette exception d'ouverture « de manière déterminée et raisonnée ».

« Des agents qui n'en peuvent plus »

Les organisations syndicales ont refusé la dernière proposition de la direction, certains dénonçant « un double discours ». D'un côté, « ils évoquent le décret permettant la réouverture, mais le décret précise bien “peut accueillir” et non “doit accueillir du public” », souligne Gaël Mesnage. « C'est une volonté manifeste de la direction de rouvrir l'établissement, malgré les conditions sanitaires difficiles. »

« La réouverture de la BnF n'est pas isolée et s'inscrit dans le mouvement des bibliothèques universitaires aujourd'hui largement ouvertes », se défend la direction de la BnF, qui cite des établissements comme la Bulac, la Sorbonne, Sainte-Geneviève, Sainte-Barbe, Sciences-Po, ou encore l'INHA. « On prend soin de ne citer aucun autre établissement dépendant du ministère de la Culture, comme les Archives nationales ou la Bpi, qui ne prévoient pas de réouverture au public pour l'instant », répliquent les organisations syndicales.

Revendiquant une cinquantaine de cas positifs depuis le mois de juillet, « ce qui, rapporté à nos effectifs, est moins que la moyenne nationale et nettement moins que l'Ile-de-France », la direction de la BnF évoque une situation sanitaire « maîtrisée ». « Même si ce n'est pas l'esprit recherché en temps normal, la configuration des espaces et la nature même de l'activité de recherche en bibliothèque se prêtent très bien à une limitation drastique du brassage et des interactions sociales. Les flux, avec des accès dédiés et de vastes zones de circulation sont parfaitement maîtrisés », insiste encore la direction.
 
Masques, gel hydroalcoolique, dispositifs de plaques de plexiglas ou encore quarantaine des documents sont de rigueur avec « une attention particulière portée sur les horaires de travail décalés, permettant ainsi à un maximum d'agents d'éviter les heures de pointe dans les transports », pour ce deuxième confinement. « Les agents vulnérables, naturellement, ne travaillent pas sur site et le suivi des cas contacts et les mesures d'isolement sont assurés de manière très rigoureuse. Les agents qui peuvent télétravailler le font pour toute la durée de leur temps de travail, sauf besoins exceptionnels », précise la direction de la BnF.

Les organisations syndicales insistent néanmoins sur la limitation des flux et du brassage de la population dans l'enceinte de la BnF, « tout en permettant à un certain nombre de collègues de venir sur place, pour alléger l'impact psychologique d'un confinement très lourd », rappelle la CGT-BnF.

« Les personnels craignent cette réouverture des salles de recherche, mais surtout que, dans 15 jours, la direction propose un autre projet de réouverture encore plus large », déplore Sud Culture. Les deux organisations s'accordent pour décrire des encadrants et des agents « épuisés et en colère face à l'absence d'écoute de la direction. Trois jours de grève votés d'un coup, cela montre un niveau de colère et d'inquiétude important. »

Un nouveau CHSCT doit aborder le projet de réouverture au public dès demain, mais sans perspective de sortie de crise.


Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Commentaires
angry



Lecteurs lectrices one venez pas mardi la grève sera très suivie !



Courage et solidarité pour traverser cette crise sanitaire.



bonne soirée.
Le dialogue social tant vanté par la direction n'est qu'une vaste blague. La direction impose des conditions de retour sur site et de réouverture des salles de façon autoritaire. La BnF est entrée dans une ère de management par la pression et de contrôle généralisé des employés. Et malheur aux lanceurs d'alerte qui pointent les dysfonctionnements et les abus de la hiérarchie.
Pour un dialogue ne faut-il pas être plusieurs ? Les OS allant de refus en refus de siéger aux CHSCT ce qui ne permet pas de préparer des organisations de travail et l'ouverture, qui contestent le cadre réglementaire, seraient-elles sans responsabilités ?

Un beau gâchis.

Pendant ce temps, une centaine de BU a pu ouvrir, des BM assurent du service public avec du click and collect, des archives accueillent des universitaires et professionnels, dans la continuité d'une pétition demandant l'accès aux ressources documentaires et l'ouverture des centres d'archives.
Après le boycott d'une instance pour dénoncer la dégradation croissante du dialogue social, les organisations syndicales ont bien participé aux instances suivantes et continuent de le faire. Attention donc aux fakenews.

Il faut être plusieurs pour dialoguer. En effet, puisse la direction vous entendre.

Le rôle des organisations syndicales n'est pas de faire de la cogestion mais de pointer tout ce qui peut mettre en danger la sécurité et la santé des employés et rappeler à la direction sa responsabilité de les préserver précisément.

La prévention restera leur priorité par rapport à l'obsession de vouloir rouvrir coûte que coûte.
Les jours de grève sont-ils payés ?
:glus: bien évidemment que les jours de grève ne sont pas payés. La blague !
La lutte des trois organisations syndicales de la BnF CGT-FSU-SUD est exemplaire. Evoyer des agents publics au casse-pipes alors cette belle bibliothèque n'est quand même pas un rouage économique essentiel est insensé. La politique sanitaire du gouvernement n'est pas acceptable. Il faut reprendre ses esprits et attendre sagement le retour aux chiffres des indicateurs du mois de mai avant de rouvrir la BnF dans de bonnes conditions. Jamais l'usage du droit de grève n'a été aussi légitime.
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