Création : les femmes n’obtiennent pas la même reconnaissance que les hommes

Cécile Mazin - 17.06.2016

Edition - Economie - domaine artistique femmes - créations femmes revenus - auteures littérature rémunération


L’égalité entre hommes et femmes dans le domaine de la culture reste un vœu pieux. Une enquête menée à travers le Canada démontre que les créatrices sont nettement moins bien rémunérées que les créateurs, tous secteurs artistiques confondus. 12 associations professionnelles ont donc présenté des résultats peu reluisants.

 

Volatil Renaud Philippe photo 2

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Les données cumulées ont placé les participantes face à un constat alarmant : peu de femmes, voire pratiquement aucune dans certains secteurs, créent l’imaginaire collectif québécois et canadien. Ce manque de regards féminins dans les postes clés de création a pour conséquence d’exposer chaque jour les enfants, les adolescents et les adultes à des contenus, des modèles esthétiques et des modèles comportementaux qui sont issus, en très grande majorité, des imaginaires et des fantasmes masculins. 

 

Unanimement, les participantes se sont entendues sur ce principe fondamental : pour refléter la société québécoise dans toute sa diversité, la culture doit être créée par l’ensemble des personnes qui la compose.

 

Avec 51 % de femmes au Québec, l’implication dans le domaine artistique et de « la création de l’imaginaire collectif » est assez ténue. En outre, les postes dirigeants et décisionnaires des mondes artistiques sont « traditionnellement masculins, même si les femmes représentent de loin la majorité des consommateurs de biens culturels », indiquent les organisations.

 

Cinq recommandations sont issues de cette réflexion et visent à obtenir graduellement — et rapidement ! — l’équité en emploi dans les métiers clés de la création culturelle. 

 

Le cas des auteures : roman, poésie, essais

 

Pour ce qui est du domaine de l’écrit et du livre, Danièle Simpsonn, directrice de l’Union des écrivaines et écrivains québécois, a formulé plusieurs observations. « 55 % des membres de l’UNEQ sont des femmes. Le conseil d’administration est composé majoritairement de femmes. Pour devenir un écrivain “consacré”, il faut être publié, recensé, recevoir des prix et être enseigné », indique-t-elle.

 

Avant de pouvoir être publiés, plusieurs écrivains demandent une bourse d’aide à la création. Il n’y a pas d’étude sur la perception et le jugement des œuvres des écrivaines par les jurys. La question se pose toutefois en ce qui a trait à la réception des manuscrits par les éditeurs, surtout à la lumière d’une expérience faite par Catherine Nichols. 

 

Cette dernière a d’abord sollicité 50 agents littéraires sous son nom, puis sous un pseudonyme masculin. Sous son nom, elle a reçu deux réponses positives. Sous le pseudonyme masculin, elle a reçu 8.5 fois plus de réponses positives (soit 17 en tout). Catherine Nichols parle de l’existence d’un préjugé inconscient défavorable aux femmes et qui affecterait les deux sexes.

Une fois l’œuvre publiée, les auteurs masculins sont aussi davantage recensés. Lori Saint Martin, auteure et professeure à l’UQAM, a noté que seulement 33 % des comptes rendus dans six journaux de référence, dont Le Devoir et Le Monde, portaient sur des livres écrits par des femmes (2015). On avait aussi attribué aux hommes, de façon très disproportionnée, les espaces les plus prestigieux des journaux.


Les femmes n’obtiennent pas la même reconnaissance que les hommes

 

On le constate du côté des prix littéraires : le Nobel de littérature a été attribué 14 fois à des femmes depuis 1909, le Goncourt, 11 fois depuis 1903 ; le prix du Gouverneur général romans et nouvelles, 28 fois depuis 1959 (une belle exception !), le prix AthanaseIDavid, 13 fois depuis 1968, le Grand Prix du livre de Montréal, 10 fois depuis 1965 ; le Prix des libraires, 8 fois depuis 1994. Notons de plus que les romans dont les protagonistes sont masculins obtiennent davantage de prix.

« Ces quelques chiffres nous ont convaincues de l’importance de créer à l’UNEQ un comité sur l’égalité homme/femme qui sera composé d’hommes et de femmes », poursuit la présidente.

 

 

  Rapport La Place Des Creatrices 12 Juin 2016