Critique littéraire : "Les lecteurs risquent d'aller vers les blogs"

Clément Solym - 30.08.2012

Edition - Société - France Inter - chronique littéraire - rentrée


Sur France Inter hier étaient réunis les Chroculs, délicat mot-valise pour désigner les chroniqueurs culturels qui interviennent dans l'émission Comme on nous parle. Avec, bien entendu, une spéciale Rentrée littéraire. L'occasion pour les invités d'évoquer les centaines de titres qui sortiront durant cette période, où les places sont d'autant plus chères, que l'espace dans la presse est réduit.

 

 

 

 

Alors oui, la question est importante : pourquoi si peu d'élus ? Autour de la table, Nelly Kaprièlian (Inrocks), Pierre Vavasseur (Le Parisien), Hubert Artus (Lire et L'Optimum), Mohammed Aïssaoui (Le Figaro) en présence de Colombe Schneck, qui bosse pour France Inter, et publie chez Grasset La réparation.

 

On passe doucement en revue les méthodes de travail des uns et des autres, et les titres qui ont retenu l'attention des critiques littéraires des différentes rédactions. Un choix plutôt intéressant, puisque relativement éclectique - avec un carton dans les règles d'Hélène Jouan, qui s'offre Laurent Binet dans les grandes longueurs.

 

Évidemment, difficile de passer à côté des remises de prix et puis, les auteurs dont on parle toujours : Angot, Djian, Nothomb et consorts. Là encore, pas de miracle. Hubert Artus précise que les grandes boutiques sont celles qui publient le plus, offrant par là même le plus grand choix - avec peut-être de grandes découvertes. Nelly Kaprielan insiste sur le fait qu'elle suit les auteurs, sur leurs ouvrages, au fil des ans. 

 

La prescription médicalisée

 

Mais l'intervention de Mohamed Aïssasoui laissera pantois : le journaliste, travaillant pour un journal, a un devoir d'informer. « Quand le Amélie Nothomb paraît, si on n'en parle pas, on risque de se couper de nos lecteurs. On peut dire du bien, on peut dire du mal. Je pense qu'il y a quelques auteurs, une vingtaine, ce sont des passages obligés par la presse. » Comme si dans un service politique « on ne parlait pas des élections présidentielles ». 

 

Le service littéraire devient alors singulier. « On peut ne pas parler de l'auteur le plus reconnu. Mais quand même, on risque de se couper de nos lecteurs, et les lecteurs risquent d'allers vers les blogs, ou les commentaires dans les ventes en ligne et ne pas nous lire ». 

 

Alors, autant l'image d'Épinal du lecteur-blogueur qui parce, qu'internaute et non professionnel, incarnerait l'idéal chroniqueur désintéressé et absolument fiable est une belle invention. Autant, ce risque que représente la lecture de critiques sur les blogs est bien une frousse de la presse papier, et un sujet qui concerne les journalistes, pour faire vendre du papier sur le thème « la fin de l'utopie internet » ou encore « c'était mieux avant quand Francois Busnel décidait de ce qu'il faut lire ». 

 

Internet le maudit ?

 

Mais l'intervention est plus intéressante encore, suite à quelques récentes déclarations. Oui : cet internet de malheur, qui, comme le soulignait Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, dans une envolée lyrique n'apporte rien de bon. « Si la presse abandonne la qualité, il n'y aura plus de différence entre les journaux, les magazines payants et la presse gratuite, notamment sur le Net où rien n'est éditorialisé. Il n'y a que par la qualité, que par le professionnalisme, que par un parti pris, un point de vue, un regard photographique que la presse s'en sortira. C'est par le haut qu'elle surmontera la crise. » (via Polka Magazine)

 

Évidemment, l'idée que les lecteurs ne se fient plus uniquement à ce que les chroniqueurs de la presse peuvent dire de tel ou tel livre, voilà qui met mal à l'aise. Ne plus avoir l'autorité absolue ? Ou se rendre compte que l'on ne l'a peut-être jamais eue, et que tout consommateur prend plusieurs avis avant de faire son choix ?

 

Évidemment, avec la toile, la possibilité de consulter, qui plus est gratuitement, des avis sur des livres a de quoi faire paniquer. Les prescripteurs de jadis n'écrivent peut-être plus dans les grands noms de la presse quotidienne, et se retrouvent, qui sait, sur la toile, en réseau communautaire, comme ce peut être le cas avec Babelio ? Douloureuse réalité...

 

Alors effectivement, nuance Pierre Vavasseur, il faut trouver l'équilibre entre les grands noms et les nouvelles choses. Ah, le difficile métier de chroniqueur littéraire...

 

Dans mon Liiiiiiiiiivre - ou l'ascenceur émotionnel

 

Mais la palme, c'est à Colombe Schneck qu'il convient de la décerner. Ayant quitté Stock pour la maison Grasset - toujours au sein du groupe Hachette, cela dit - elle avance avec une langue de bois cocasse. A la sortie de son premier ouvrage, elle entretenait une certaine « naïveté » : journaliste elle-même, elle escomptait bien des articles grâce à ses relations. 

 

On retiendra que sa place dans l'émission était d'ailleurs douteuse, sinon un moyen d'assurer un peu de promo pour son livre. C'est que, mis à part citer les différents billets obtenus dans la presse et revendiquer qu'elle n'en avait jamais assez, elle exprimait assez bien un certain parisianisme. 

 

Bien d'autres choses à dire, avec cette seule phrase salvatrice : « De toute manière, c'est nous qui décidons. » Encore que...

 

 

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