Crowdfunding : Kickstarter collecte 1,25 million $ pour un comics

Clément Solym - 22.02.2012

Edition - Economie - Kickstarter - financement - Ulule


Le projet d'un auteur déposé sur Kickstarter vient de dépasser 1250000 $ de financement grâce à près de 15000 contributeurs. Ceux-ci ont chacun réalisé un don dont le montant varie entre 10 et 5000 dollars. La création dispose désormais d'un moyen numérique pour lever des fonds équivalents à ceux d'un studio ou d'un éditeur, mais l'enjeu reste toujours le même : se faire remarquer.

 

Le financement participatif n'a jamais été réservé qu'aux seules réalisations cinématographiques (voir notre actualitté), mais il vient de franchir une nouvelle étape avec la collecte de 1,25 million $ sur le site Kickstarter pour la réimpression du comics The Order of the Stick, une série dessinée et publiée sur Internet par Rich Burlew.

 


Capture de la page du projet The Order of the Stick sur Kickstarter

 

 

La page du projet fait état de près de 15000 internautes engagés dans le financement, et qui ont permis à l'auteur de largement dépasser son objectif premier de 57.750 $. The Order of the Stick est présenté par son auteur comme « un webcomic dessiné par Rich Burlew (moi-même), commencé en 2003 et jamais arrêté depuis. Il raconte l'histoire d'un groupe éponyme de héros vivant dans un jeu de rôle fantastique où ils luttent pour dominer leurs ennemis, leur environnement, les règles du jeu et leur propre incompétence (pas nécessairement dans cet ordre). » Il ajoute également un lien qui mène tout droit à son site Internet Giant in the Playground, sur lequel toute l'oeuvre est disponible gratuitement.

 

Beaucoup s'interrogent sur la formule magique qui permet ici de convaincre les internautes de financer l'impression d'une oeuvre accessible gratuitement. Kickstarter a lancé un modèle du site de financement participatif en proposant aux contributeurs des récompenses à la mesure de leur promesse de don. Par exemple, pour le projet The Order of the Stick, les internautes recevront un aimant, un exemplaire du comic ou l'intégrale de la saga selon leur générosité. Celui qui a contribué à hauteur de 5000 $ (il n'y avait qu'une place) aura l'honneur de se reconnaître en personnage dans The Order of the Stick. Ce système de mécénat moderne a été repris par de nombreuses plateformes de financement, comme Ulule en France.

 

C'est d'ailleurs sur Ulule qu'un livre numérique a récemment obtenu son financement : la saga Civilized (voir notre actualitté) a séduit suffisamment d'internautes pour réunir les 5000 $ nécessaires à  son développement. Si l'attractivité du projet ou la renommée de l'auteur peuvent suffire à lever les fonds, les écrivains doivent « s'appliquer à créer une relation directe avec leurs lecteurs » comme le souligne Suw Charman-Anderson pour Forbes. Elle note que le financement participatif est encore balbutiant pour les ouvrages de fiction, avec des demandes de financement autour de 3000 $. Quoique généralement menés à bien, ses fonds ne permettent pas selon elle « des projets éditoriaux plus considérables », la faute à des communautés « trop restreintes ». Effectivement, la page Facebook officielle de The Order of the Stick comptabilise 23500 fans, parmi lesquels on retrouvera sûrement ceux-là mêmes qui ont financé le projet sur Kickstarter.

 

C'est donc une éternelle question de communication : « Écrire de bonnes histoires ne suffit pas. Il faut se constituer une liste d'adresses mail, être sur Twitter et/ou Facebook, tenir un blog et être prêt à mettre les bouchées doubles pour se constituer un public fidèle » conclut Charman-Anderson. Quant au site Kickstarter, il reste dévoué à la création, comme a tenu à le rappeler son co-fondateur Yancey Strickler : « Des start-ups viennent vers nous quand elles ne veulent pas avoir recours à des investisseurs en capital risque, mais nous refusons leur candidature parce qu'il ne s'agit pas d'un projet créatif. »