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Culture : Franck Riester, ministre sous les auspices d'Astérix et Pavese

Christine Barros - 16.10.2018

Edition - Société - Franck Riester culture - Astérix Obelix Nyssen - passation ministere culture


Au terme d’un discours « interminable », commentera un membre de l’assistance, Françoise Nyssen aura donc laissé ce jour sa place à Franck Riester. La locataire de la rue de Valois quitte les salons après 517 jours. Et des derniers mois particulièrement chaotiques.

 


© Ministère de la Culture


 

« Le plus dramatique », reconnaît un observateur, « c’est que l’on ne croise pas grand monde de l’édition pour le départ de Françoise [Nyssen] ». Ce qui n’aura pas empêché l’ex-ministre, « heureuse et fière d'avoir porté des combats majeurs » de défendre son bilan, en posant un premier constat : « Le pouvoir a une polysémie trompeuse : c’est surtout le pouvoir de faire », qui importait. 

 

Ayant découvert le monde de la vie publique et institutionnelle, et ses codes, Françoise Nyssen reconnaît la nécessité d’un temps d’adaptation. Et regrette dans le même mouvement, « la violence et la dureté politico-médiatique ». Remerciant cependant Emmanuel Macron et Édouard Philippe de l’avoir laissée au service de la culture, elle affirme y être arrivée et en sortir « en militante [car c’est] un enjeu pour la France et l’Europe ».

 

Le bilan des actions : une certaine fierté
 

Le destin de la France, note-t-elle, est lié à celui des auteurs, « c’est à dire des femmes et des hommes mus par une force qui les dépasse ». Et si la rue de Valois est « sans cesse à réinventer », notre époque « porte la responsabilité d’une nouvelle vision politique qui consiste à combattre la ségrégation culturelle [ ... ] La culture doit être une chance pour tous ».

 

Elle déplorera de n’avoir pas vu la fracture culturelle au cœur des débats, mais se sera, elle, battue pour que l’Éducation artistique et culturelle soit une priorité, à l’école. « Un droit universel, intégré à tous les cursus », ajoute-t-elle. L’autre point, c'est le Pass Culture « pour lequel tout était à inventer » – et dont la pertinence est encore, elle, à démontrer. Mais Françoise Nyssen a bon espoir d’avoir produit « un outil au service de la pratique artistique des jeunes ».

 

Parmi les volets de son mandat, l’ouverture des bibliothèques : 250 établissements ont répondu présents « à une meilleure ouverture ». Reste toutefois que le rapport Orsenna n’a pas non plus forcément convaincu les professionnels. 

 

Egalité pour tous, le chantier
 

Parmi les autres actions, l’égalité dans l’accès aux métiers de la culture et l’égalité entre hommes et femmes dans le secteur. Elle citera également le défi de la régulation, la protection du droit d’auteur à l’ère numérique. Et alors que « les Gafa croient encore pouvoir échapper aux règles » contre lesquels il faut poser « les mêmes obligations et les mêmes exigences » , elle présente le piratage comme « le hold-up du siècle ». La société, insiste-t-elle, se nourrit « des créateurs qui amènent un désordre nécessaire : leur liberté autant qu’une juste protection sociale est nécessaire », revendiquant sa prise de position concernant la CSG.

 

« À l’heure de partir, j’ai un regret, ne pas avoir pu mettre à profit mon expérience d’éditrice. Il est difficile en venant de la société civile de partager son expérience dans la sphère publique », note l’ex-ministre. En raison d’un conflit d’intérêts avéré, elle avait en effet dû renoncer à toute intervention dans le domaine de l’édition

 

Un discours ne serait pas valable sans citer Victor Hugo, ce sera bien le cas. Françoise Nyssen reprend à elle les propos du discours du 11 novembre 1848, devant l’Assemblée nationale : « On pourvoit à l’éclairage des villes, on allume tous les soirs, et on fait très bien, des réverbères dans les carrefours, dans les places publiques ; quand donc comprendra-t-on que la nuit peut se faire aussi dans le monde moral, et qu’il faut allumer des flambeaux pour les esprits ! » Du moins reprendra-t-elle l'esprit de la diatribe, en des mots plus simples et moins lyriques.

 

Pavese, de Staël et Astérix

 

Si Françoise Nyssen exprime sa confiance à son successeur, certaine qu’il sera là pour protéger les artistes et porter son attention aux acteurs de la culture et aux territoires, Franck Riester n’a pas manqué d’étonner dans son discours. La rue de Valois incarne « ce qui touche chacun au cœur de sa sensibilité et de son intelligence » car la culture « permet de s’émanciper de tous les déterminismes », affirme-t-il. 

 


 

Il se fait fort de défendre une culture qui « porte les repères historiques, intellectuels et moraux, c’est-à-dire les valeurs qui accueillent chaque Français à sa naissance ». Dont acte : si l’on ne naît pas Français, les chances se réduisent donc ?

 

Reprenant les mots de Cesare Pavese, le ministre estime que cette culture rassemble et permet de mieux exercer « le métier de vivre ». Et invoquant le peintre Nicolas de Staël, il ajoute qu’elle implique de « travailler beaucoup, une tonne de passion et cent grammes de patience »

 

Avant de prendre ses fonctions, le nouveau locataire avouera penser « à ces jeunes qui vont découvrir pour la première fois Goscinny et Uderzo dans leurs bibliothèques », ou encore aux déficients visuels et ceux qui font en sorte de leur faciliter l’accès à la lecture. Sa première action sera peut-être de revenir sur l’attitude française face au traité de Marrakech, et d’en supprimer les restrictions que l’Hexagone a cherché à y ajouter ?

 

Puis, il évoque pêle-mêle les podcasts de Radio France, sans trop de transition, ou encore les jeunes qui assisteront à la représentation d’une tragédie antique. De même, cet enseignant qui mènera sa classe dans un château préservé par la politique de défense du patrimoine ou ce directeur de cinéma qui travaille à la programmation de ses salles...

 

Disposé à mobiliser toutes les ressources et acteurs concernés, artistes, agents de l’État et institutionnels, professionnels de la Culture, élus locaux, Éducation nationale, il entend surtout poursuivre le travail engagé. Et principalement dans le domaine de l’EAC « pour sauvegarder notre héritage qui est la noblesse du monde ».

 

Bibliothèque, Pass Culture, crédit et budgets, francophonie, et droit d’auteur seront les premiers chantiers... À suivre.




Commentaires

Suis-je le seul à être choqué par la coquille « si l’on ne née pas français » ? Il est vrai que l’on ne naît pas correcteur, que cela s'apprend, et que certains en font leur métier wink)
Naître ou ne pas naître telle est la question. Quoi qu'il en soit pour chasser les coquilles vous avez du né euh du née.... argh c'est dur cette langue ... du NEZ.
Elle ne se sera jamais autant exprimé qu'en partant, faute d'avoir intégré que le pouvoir, c'est "faire".
Mauvais augure que d'invoquer deux artistes suicidaires, M Riester ! Même si Nicolas de Staël et Cesare Pavese sont parmi les plus grands, ils ne seraient jamais permis un tel snobisme (relire leurs écrits).



Quant à Madame Nyssen, elle part en laissant exangues d'invisibilité les traducteurs, et appauvris d'aucune reconnaissance les correcteurs. L'Arlésienne a aussi joué le jeu des apparences, et perdu.

Quel gâchis !

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