D'un tweet, Trump fait perdre 5 milliards $ à Amazon : la guerre se poursuit

Nicolas Gary - 17.08.2017

Edition - Economie - Trump Bezos internet - payer taxes Amazon - Bezos optimisation fiscale


Contrairement à Barack Obama, qui s’était montré plutôt tendre à l’égard de Jeff Bezos et d’Amazon, Donald Trump, jamais à court de démagogie, a décidé de frapper fort. Dans un tweet rageur, le président des États-Unis a directement attaqué l’entreprise. Conséquence, 5 milliards de perdus pour la firme... 



 

 

Les mots plus forts que l’épée ? Critiquant ouvertement l’entreprise de vente en ligne, le président Trump déplore son fonctionnement même. Amazon « cause de grands dommages aux revendeurs du pays qui payent leurs impôts », estime-t-il. Et d’ajouter que « les villes, les cités et les États des USA sont frappés durement ».

 

Pour une fois que Trump dit quelque chose d’intelligent, il faut donc que ce soit difficile à critiquer : cet homme est épatant...

 

 

 

 

Cela dit, la guerre entre Trump et Bezos ne date pas d’hier. En 2015, la question du paiement des taxes fut au cœur d’un conflit ouvert avec l’homme d’affaires. Trump avait même accusé le PDG d’avoir racheté le Washington Post pour s’en servir de refuge fiscal. Depuis, les articles du WP sont devenus des motifs de critiques constants pour Trump : selon lui, le journal est parti pris, contre lui. 

 

Durant la campagne, il avait d’ailleurs promis qu’Amazon aurait de sérieux problèmes, s’il parvenait au pouvoir. 

 

« Je respecte Jeff Bezos, mais il a acheté le Washington Post pour exercer une influence politique. Et je dois vous dire, notre pays est devenu différent de celui que nous connaissions. En effet, oui... Il est propriétaire d’Amazon. Il veut avoir une influence politique pour qu’Amazon puisse en bénéficier. Ce n’est pas juste. Et croyez-moi : si je deviens président, oh, oui, ils vont avoir des problèmes. Ils vont avoir de gros problèmes. » (mars 2016)

 

 

Non que Bezos soit toujours resté de marbre : le PDG avait donné des leçons de politique au candidat. « Les attaques de Trump ne sont pas une conduite appropriée pour un candidat à la présidence », répliquait-il avec un certain flegme. C’était d’ailleurs l’époque où Trump s’en prenait aux femmes et aux personnes LGBT à tour de bras, chose qui n’avait pas échappé à Bezos.

 

Sauf que, cette fois, le tweet du POTUS a entraîné une perte de 1,2 % de la valeur de l’entreprise, soit près de 5 milliards $. Les marchés financiers ont en effet immédiatement réagi à l’intervention du président. 

 

Dans le même temps, Bezos a annoncé en janvier dernier – Trump n’était pas encore investi – qu’il allait créer plus de 100 000 emplois sur le territoire américain, au cours des 18 mois à venir. Et les conseillers du candidat Trump s’étaient alors gargarisés d’avoir pu, éventuellement, jouer un rôle dans cette bonne nouvelle. 

 

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Aux États-Unis, Amazon emploierait plus de 180 000 salariés et 300 000 à travers le monde – dans des conditions pas nécessairement optimales...
 

A contrario, Barack Obama avait prononcé un discours devenu mémorable, dans l’un des entrepôts de la firme, alignant les compliments. Évoquant la réussite des sociétés américaines, il avait assuré : « Amazon est un excellent exemple. » Tout bonnement parce qu’elle encourage et stimule les employés, qui deviennent la garantie « d’un plus grand succès pour leur société ». L'édition américaine n'avait pas vraiment savouré ces propos.

 

Il ne fut toutefois pas le seul à pratiquer la génuflexion empressée : souvenons-nous que François Hollande et Arnaud Montebourg, en leur temps, avaient su plier l’échine, sans rompre... Une belle histoire de roseau.

 

Les Trumpettes de la renommée...
 

Tout le problème est que les critiques de Trump sont fondées, et à l’origine des attaques régulièrement portées contre l’entreprise. La Caroline du Sud, dernier État en date, avait poursuivi Amazon pour non-paiement des taxes dues, affirmant que l’ardoise se chiffrait à 12,5 millions $. 
 

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Mais, ironie du sort, qui n’arrêtera pas Trump pour autant, il lui a été reproché de n’avoir pas divulgué sa déclaration de revenus. Et lors d’un débat présidentiel, il avait affirmé ne pas s’être acquitté de la taxe fédérale depuis 18 ans, soulignant : « Cela fait de moi un type intelligent. »