Daniel Pennac met à jour Les droits du lecteur : un 11e commandement

Nicolas Gary - 17.05.2017

Edition - Société - droits imprescriptibles lecteurs - Daniel Pennac Malaussene - Facebook Daniel Pennac


En janvier dernier, Daniel Pennac donnait une suite à la saga des Malaussène. Apparu en 1985, Benjamin était de retour, pour un nouveau roman : depuis le Bonheur des ogres, cette fresque a accompagné des générations de lecteurs. Et si les personnages ont vieilli, c’est qu’ils suivent la société qui leur a donné vie...



© Gallimard
 

 

Le cas Malaussène, tome 1 : tout un poème qui se profile. Invité à Turin pour le Salon du livre, Daniel Pennac ne manquera pas de séduire un public italien très acquis. Le romancier s’est ancré dans un environnement résolument contemporain : les réseaux sociaux, Facebook en premier lieu, et les téléphones portables envahissent les pages. 

 

L’outil mobile ne cesse d’intriguer l’écrivain. Au JDD, il déclarait : « À propos du rôle de la parole, je suis absolument sidéré par la question du téléphone portable. En autorisant le portable à l’école, on a laissé entrer en classe l’objet même qui permet à l’élève d’en sortir à la seconde où il s’assied sur sa chaise. Que je sache, cette aberration pédagogique n’a suscité aucune réaction forte des différents ministères de l’Éducation. »

 

Ce n’est pas un refus de la technologie, assure Daniel Pennac : Benjamin, d’ailleurs, retrouve des amis sur Facebook, utilise Skype pour rester en contact avec ses enfants et ses petits-enfants – toujours à l’image de Pennac, dont il restera le double éternel.

 

« Je ne suis pas un intellectuel, au sens analytique du terme. Je suis un romancier, un conteur, un fabricant de métaphores. Cependant, je ne suis pas un observateur de la société qui conceptualise. De ce point de vue, en France, je ne suis pas un intellectuel homologué. Et je ne veux pas l’être », souligne-t-il à Il Libraio.

 

Cependant, ces fameux réseaux sociaux, auxquels il ne prend pas part, il les trouve intéressants. « Ce qui intrigue, c’est que ce monde dématérialisé, représenté par un réseau, est un univers conçu par de jeunes esprits. Steve Jobs et tous les autres, comme Zuckerberg, avaient seulement 16 ou 17 ans quand ils ont imaginé ces choses. Toutes ces inventions se sont mises à germer dans l’esprit d’adolescents, et ont explosé quand ils avaient environ 20 ans. »

 

Des réseaux pensés par la jeunesse, pour une autre jeunesse... Et pourtant, dans Comme un roman, Pennac écrivait que le plaisir de la lecture n’avait rien à craindre de l’image ni même de la télévision. Pourtant, ces réseaux... Les temps changent, il faut l’accepter. Et puis, Pennac et la jeunesse, c’est une histoire de confiance, depuis longtemps. 
 

[Extrait] Le cas Malaussène t.1 ; ils m’ont menti de Daniel Pennac


Avec un conseil, tout de même, que l’éternel pédagogue ne peut se refuser : quand on lui propose de mettre à jour les droits du lecteur, qu’il avait édictés un beau jour (dans Comme un roman, en 92), le 11e commandement vient tout de suite. « Le droit d’éteindre votre téléphone portable pour lire tranquillement. »