Dans la maison de Jacques Prévert : la cité Véron, temple sans religiosité

Nicolas Gary - 11.04.2017

Edition - Les maisons - Jacques Prévert Paris - Cité Véron Fatras - histoire anniversaire Prévert


On entre dans la maison de Jacques Prévert comme on entame un pèlerinage, et un voyage dans le temps. Du bureau qui servait d’atelier pour les collages, aux chambres, on pénètre dans un lieu hors du temps où les pièces majeures ont été fidèlement préservées. Quelques toiles de maître, inestimables, aux colifichets improbables, immersion garantie.

 

Dans la maison de Jacques Prévert
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Prévert était un sacré numéro. Quand son ami Picasso lui propose de prendre des toiles parmi ses œuvres, l’écrivain lui répond : « J’ai Picasso, moi. Je n’ai pas besoin des œuvres. » À l’époque des surréalistes, Prévert n’écrivait rien : la perfection pour Breton, puisqu’il n’avait aucune production. Son monde, ses amis, c’étaient les arts plastiques plus que des auteurs — tout ce que l’on retrouve, pour les rares privilégiés qui peuvent y entrer. « Il est difficile pour le moment d’en faire un musée, les consignes de sécurité nous en empêchent », explique Olivier Tragnan, tout imprégné des lieux.

Ce lieu est avant tout un espace de travail, de conservation, de documentation et d’accueil pour les chercheurs et les artistes qui travaillent sur l’œuvre de Prévert. La maison, où il habita à partir de 1956 jusqu’à sa mort à Omonville-la-Petite, en 1977, est un temple – mais sans religiosité – habité par un esprit.

 

Aujourd’hui, les droits d’auteurs des œuvres servent à payer la location de l’ancien appartement. « Pour moi, gérer la succession et l’héritage depuis ce lieu est primordial », explique Eugénie Bachelot Prévert, à la tête de Fatras. « Être dans la maison historique, c’est une émulation et une ambiance qui se créent. »

 

Un jour – au 1er janvier 2048 – Prévert entrera dans le domaine public, les droits se seront peut-être raréfiés d’ici là, « il faudra trouver une solution avant ». L’idée de constituer un musée est dans l’air, depuis longtemps, « mais pas maintenant : travailler sur l’œuvre, dans son ensemble et sa diversité est primordial ».

 

À quelques mètres de la maison Prévert, la famille Vian, mitoyenne et voisine, réfléchit aux mêmes problématiques. Certes, des visites y sont organisées, pour découvrir l’univers de Boris Vian, mais c’est avant tout par la conservation et la préservation que la mémoire d’un auteur perdure.

 

Historiquement, l’ensemble du bâtiment où se trouvent les deux maisons d’auteurs appartenait à la famille Dreyfus, y compris le Bal du moulin rouge. Ce dernier fut par la suite confié en gestion avant que la société immobilière du Moulin Rouge n’en devienne propriétaire – dissociant cependant la gestion du Bal. Désormais, la société gère l’ensemble, et, dans la cité Véron, on se souvient que l’an passé, le Théâtre ouvert a fait les frais de cette situation.


Dans la maison de Jacques Prévert
ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Eugénie Bachelot Prévert souhaite à l’avenir que ce lieu historique puisse être ouvert au public. La demeure parisienne de son grand-père a été en partie restaurée à l’identique, tout en modernisant les lieux afin de gérer au mieux son œuvre. « Nous devions y apporter un confort pour Fatras et son activité quotidienne, en reprenant la vision esthétique du lieu. La maison n’est pas un mausolée : elle vit. J’y ai habité un temps (ce n’est pas facile de vivre dans un décor aussi chargé), les meubles et objets étaient entreposés dans des greniers, je l’ai remis en place de mémoire ou d’après photo. Tout est authentique ». 

 

Quant à la Mairie de Paris... « Les pouvoirs publics disent toujours la même chose : ce n’est pas le bon moment pour s’entretenir avec eux, ou on nous renvoie vers les normes de sécurité, pour la création d’un lieu possiblement ouvert au public. Ces questions se poseront bien un jour, mais pour l’heure, je veux pérenniser le lieu, c’est le véritable objectif. »

 

Evénements et sorties

 

L’anniversaire sera celui d’un poète qui n’aimait pas vraiment être ainsi qualifié. Homme aux multiples talents, l’œuvre de Prévert est déclinée toute l’année, à travers une multitude de rendez-vous.

 

Ainsi, la Fondation Michalski accueille depuis le 16 février à Montricher en Suisse une exposition de collages inédits. « Il est tellement difficile de montrer toute la production graphique de Prévert : l’aide de la Fondation, qui prend le risque de financer cet événement, est particulièrement précieuse. »

 

Plusieurs projets sortiront en fin d’année :

  • Un documentaire télévisé par Grand Angle Productions réalisé par Philippe Béziat, Jacques Prévert. L’homme de parole(s) (diffusion France2 en septembre 2017)
  • Un coffret réunissant chansons et films par Universal Music (octobre 2017)
  • Rétrospectives Jacques Prévert dans les cinémas (2e semestre 2017)
  • Différents coffrets DVD

 

Concernant les films restaurés :

Si j’étais le patron de Richard Pottier (chez Lobster) – sortie 27 mars 2017 ;
Les Portes de la nuit de Marcel Carné (chez Pathé) – sortie le 29 mars 2017 ;
Le Crime de Monsieur Lange de Jean Renoir (chez Studio Canal) – sortie le 26 avril 2017
Sortilèges de Christian-Jaque (chez Studio Canal) – sortie octobre 2017
 

Enfin, différentes parutions interviennent aux éditions Gallimard, mais nous y reviendrons.

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