Le gigantesque appétit des Chinois pour les livres d'Occident

Clément Solym - 22.07.2015

Edition - Economie - industrie édition - livre Chine - publication mondialisation


Les éditeurs chinois semblent particulièrement attirés par l’achat de licences, et plus spécifiquement celles qui concernent les livres pour enfants, britanniques et américains. À l’occasion de la Foire du livre de Hong Kong, un nouveau marché se découvre : longtemps contrôlée par l’État, l’industrie de l’édition semble s’ouvrir au monde. 

 

The forbidden city - Beijing

Ib Aarmo, CC BY NC ND 2.0

 

 

L’absence de Phoenix Publishing & Media Group, ainsi que de China South Publishing & Media Group est pourtant notable en ce moment de liesse. « Ils ne viennent probablement pas parce que la Foire du livre de Hong Kong est plus accès sur la vente de livres aux clients que sur la négociation de droits. Ils sont davantage axés sur la Foire de Beijing, le mois prochain », estime le manager de Shenzhen Book Mall, Wu Wei.

 

Les marchés occidentaux, qui vivent des périodes de recul des ventes, ou de stagnation du marché – et dans de rarissimes cas, de croissance prudente – voient alors arriver d’un bon œil les éditeurs chinois. Pour les États-Unis, la Grande-Bretagne et pour l’Allemagne, le marché chinois a augmenté de 9 % durant l’année 2013, en regard de 2012. (via Financial Times)

 

Avec plus de 444.000 titres en 2013, l’édition chinoise est devenue une industrie représentant 12,4 milliards $, soit la plus grande après les USA. Pour l’année 2012, on prévoyait des revenus de l’ordre de 9,5 milliards $, soit une croissance de 3,1 % en regard de l’année passée. De plus, au cours de l’année 2014, la Chine a su placer deux groupes dans le top 12 des plus grands groupes éditoriaux au monde. 

 

Entre 2013 et 2014, deux groupes chinois, Phoenix Publishing and Media, ainsi que China South Publishing & Media group sont apparus, aux 6e et 7e places. C’est que, dans l’Empire du Milieu, les groupes consolident leur activité, afin de sortir du lot, au niveau mondial – tout en luttant contre la difficulté d’appartenir à l’État. 

 

Avec respectivement 2,8 et 2,6 milliards $, Phoenix Publishing et China South dont de véritables monstres. Au point que le premier a décidé d’implanter une filiale en Angleterre, pour s’assurer une plus grande proximité avec les éditeurs partenaires. « Le Royaume-Uni est un marché du livre important, et, naturellement, il comptait comme notre premier choix, quand nous avons décidé de choisir une destination outre-Mer pour installer notre business », détaillait Liu Feng, directeur du développement.

 

Les grands groupes ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : depuis 2009, Hachette a tissé des liens étroits avec Phoenix Publishing, en développant une société commune. Le Chinois a poursuivi l’an passé cette logique de joint-ventures, en achetant Publications International, société américaine, pour 80 millions $. 

 

Et les USA sont toujours aussi flamboyants, puisque 500 éditeurs chinois et auteurs s’étaient rendus à la BookExpo América, plus important salon du livre en Amérique du Nord. 

 

« Le gouvernement chinois est désireux d’exporter des œuvres chinoises et les éditeurs locaux font de grands efforts pour placer des ouvrages sur le marché mondial », analyse Toma Chalmers, pour l’agence IPR, chargée de la vente de droit. 

 

Pourtant, si le marché se libéralise, depuis une vingtaine d’années, les industriels dépendent fortement encore de la pression étatique. L’ensemble des 582 éditeurs est toujours géré par l’État, alors que les maisons d’édition entièrement privées sont encore interdites. Pour contourner cela, certains se font appeler organismes culturels. Une mode qui permet de voler sous les radars, depuis quelques années.

 

Avec un marché de 16 milliards $ estimé pour 2015 et 10 % de croissance annuelle, la Chine est un acteur puissant dans le monde de l’édition. En 2012, les éditeurs ont acquis 16.115 livres étrangers, une croissance de 60 % en regard de 2004. Et les titres américains et britanniques sont les plus plébiscités. Or, depuis le début de l’année 2015, de multiples cas de censures à peine voilées ont été recensés, et frappent, pour beaucoup, les traductions d’œuvres importées des États-Unis. Tout ce qui touche à la sexualité, à l’homoparentalité, ou encore à la consommation de stupéfiant, se fait caviarder généreusement. 

 

« Des auteurs ont accepté tacitement la censure, y compris des suppressions qui ont pour but de détourner l’attention d’événements historiques importants, comme la Grande Famine en Chine, lors de la révolution culturelle », dénonçait le PEN international, en mai dernier. 


Pour approfondir

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Jeux mortels à Pékin

de Peter May

Au coeur de l'hiver, dans l'effervescence générale d'un Pékin métamorphosé par l'approche des Jeux olympiques, six athlètes chinois de haut niveau meurent dans des conditions mystérieuses à quelques semaines d'intervalle : un nageur est retrouvé pendu au plongeoir d'une piscine ; un haltérophile expire dans les bras de sa maîtresse ; trois coureurs de relais périssent dans un accident de voiture ; un cycliste se noie... Lorsqu'un septième athlète disparaît, Li Yan, devenu chef de la Section n° 1 des affaires criminelles, décide de mener l'enquête. Il confie à Margaret Campbell le soin de pratiquer les autopsies, qui ne révèlent aucune trace de substance connue... Dans ce cinquième volet de la "série chinoise" de Peter May, avec pour cadre la ville de Pékin dans le froid et la neige, Margaret Campbell et Li Yan risquent leurs vies pour découvrir la vérité sur les nouvelles méthodes de dopage, quasiment indétectables, et les intérêts financiers colossaux en jeu dans le milieu sportif.

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