L'avocate de Harper Lee traumatise les habitants de Monroeville

Cécile Mazin - 25.08.2015

Edition - International - Harper Lee - Monroeville Mockingbird - avocate manuscrit


Début octobre, les éditions Grasset publieront le prétendu nouveau roman de Harper Lee, Va et poste une sentinelle. Si ce dernier a essuyé une volée de bois vert de la part de lecteurs et libraires se sentant floués, la ville natale de l’auteure vit au rythme des polémiques. Et la dernière salve n’est pas banale.

 

To Kill a Mockingbird 1

Kristin CC BY 2.0

 

 

À Monroeville, on va commencer à trouver que la discrète Mme Lee est agaçante. Et plus encore, son avocate, Tonja B. Carter. Au cours des dernières années, elle a fait main basse sur les affaires de sa cliente, et multiplié les contrôles sur l’utilisation faite de l’œuvre, To Kill A Mockingbird. Ainsi, voilà deux ans, le musée de la ville a été sanctionné pour la vente de produits trop clairement dérivés du roman – en violation du droit de l’auteure. Les objets ont donc été retirés, pour que la ville retrouve son calme.

 

Mais ces dernières semaines, l’avocate a brandi la procuration que Harper Lee lui a signée, à tour de bras. Elle s’est même emparée d’une organisation à but non lucratif que Lee avait créée, et régit la direction d’une pièce de théâtre inspirée du Mockingbird, qui sera jouée au printemps. Pas vraiment un degré d’implication habituel chez un avocat/agent...

 

Pour les 6300 habitants de Monroeville, cette bienveillance excessive devient un sujet de moquerie. Carter est tournée en ridicule, et on la présente comme une personne intéressée, qui exerce une trop grande influence sur une cliente vulnérable. Ses détracteurs l’accusent d’ailleurs d’avoir forcé la main à Harper Lee dans la publication de Go Set A Watchman. De même qu’elle aurait encouragé l’écrivain à intenter des poursuites contre le musée. 

 

Mettre la main sur un pan de la littérature américaine

 

Au sein de la ville, on s’énerve gentiment de cet interventionnisme : « On discute beaucoup, à Monroeville, de cette Tonja, très décriée : on la fait passer pour une sorte de personnage machiavélique, en charge d’une auteure âgée et infirme, qui a été manipulée », affirme une amie de Carter, qui tente de prendre sa défense. Ces accusations avaient d'ailleurs fait l'objet d'une enquête, où l'État d'Alabama a conclu à un non lieu

 

« Nelle [premier prénom de Harper] ne pourrait être mieux prise en charge que dans la maison où elle habite. Prétendre le contraire, de manière anonyme et sans aucune preuve à l'appui, est aussi honteux que triste. Nous devrions plutôt célébrer la découverte fortuite de ce roman, perdu depuis longtemps, et partager la joie de son apparition soudaine », avait affirmé l'avocate.

 

Mais Kathryn Taylor, qui s’est occupée du musée depuis 2008 jusqu’à l’an passé, a un avis plus tranché : « Je trouve Tonja rude, effrayante, bien plus que nécessaire. » Et d’évoquer l’époque où Harper Lee et Alice, sa sœur, se chargeaient des affaires, avec une attitude bien différente.  

 

En Europe, on dirait que tout cela ressemble assez fortement à ce que Moulinsart peut faire avec l’héritage de Hergé...

 

L’auteur d’un ouvrage sur Harper Lee, Charles J. Shields, est sceptique : « Je ne pense pas que son héritage littéraire soit géré par d’excellents professionnels. »  

 

L’avocat n’a pas souhaité répondre au New York Times, qui fait état de ces récriminations. De leur côté, les habitants désespérent : l’image renvoyée de leur petite cité devient déplorable. Et quand Carter a déclaré qu’elle avait déniché un autre manuscrit de Harper Lee, certains y ont vu une nouvelle manière d’asseoir son pouvoir sur l’œuvre. 


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