Dans le Tennessee, un projet de loi fait craindre une censure des bibliothèques

Antoine Oury - 24.02.2020

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Aux États-Unis, des propositions législatives se multiplient pour proposer la mise en place d'un comité consultatif chargé de rendre un avis sur les collections des bibliothèques publiques. Un dispositif qui relèverait de la censure, assurent les opposants, mais qui se répand auprès des législateurs : après l'État du Missouri, un sénateur et un représentant du Tennessee portent des projets de loi similaires.

Banned Books Week 2006
(photo d'illustration, tracey r, CC BY 2.0)


Deux projets de loi, Senate Bill 2896, porté par le sénateur républicain Paul Bailey, et House Bill 2721, proposé par le représentant républicain Andy Holt, soutiennent la même disposition : faire nommer un comité pour superviser les achats et la constitution des collections des bibliothèques publiques de l'État. Concrètement, 5 personnes seraient nommées par les responsables politiques, pour se prononcer sur les acquisitions.

Ce comité pourrait être saisi par les citoyens eux-mêmes, afin de se prononcer sur tel ou tel ouvrage mis à disposition du public. Les membres seraient en particulier chargés de déterminer si un document présentant des contenus sexuels est approprié pour une certaine classe d'âge, et donc s'il doit être proposé dans une section de l'établissement ou non.

Sont ainsi visées « [t]oute description ou représentation, sous toutes les formes, de la nudité, de la sexualité, d'un comportement sexuel, du désir sexuel ou d'un abus sadomasochiste ». Assez large, le cadre législatif laisse une grande part à la subjectivité, puisque les contenus « qui manquent d'intérêt littéraire, artistique, politique ou scientifique pour les mineurs » pourraient être visés.

Dans le domaine de l'appréciation de la valeur d'une œuvre, la marge selon les individus est très large, les bibliothécaires le savent bien. Aussi, la mise en place de tels comités — à raison d'un par établissement — fait craindre des manœuvres de censure assez évidentes. D'autant plus que la décision des comités ne serait pas contestable.
 

Une tendance puritaine américaine ?


Quelques semaines après un projet de loi similaire déposé dans l'État du Missouri, la multiplication des tentatives des représentants d'imposer une autorité nouvelle aux bibliothèques fait craindre aux professionnels un retour à peine dissimulé de la censure. Celui-ci s'effectuerait derrière le prétexte très malléable de la sécurité des plus jeunes face à des contenus qui ne seraient pas appropriés.

« Nous soutenons le droit des familles et des individus de choisir des ouvrages parmi un large éventail. Les bibliothèques publiques ont déjà mis en place des procédures qui aident les parents à sélectionner le matériel qui correspond au mieux aux besoins de leur famille, sans censurer le matériel ni porter atteinte aux droits des individus de choisir les livres qu’ils veulent », indiquait notamment la Freedom to Read Foundation, organisation qui défend le pluralisme dans les établissements de prêt.
 
Pour les opposants à ces législations, ces comités viseraient expressément les ouvrages présentant des personnages issus de la diversité, ou n'affichant pas des orientations hétérosexuelles, par exemple. Au vu des cas de censure qui émaillent régulièrement l'actualité des bibliothèques aux États-Unis, ils n'auraient pas tort : la plupart du temps, les ouvrages visés évoquent des relations homosexuelles ou des personnages transgenres.

via Book Riot


Commentaires
Donc quand ce sont les bibliothécaires qui choisissent avec leurs propres critères, ce n'est pas de la censure, mais quand ce sont des citoyens, ce sera de la censure ?

Si je comprends bien le fond, les citoyens veulent un droit de regard sur le fonctionnement opaque d'une bibliothèque. On pourrait se poser la même question en France : qui choisit ? SUR QUELS CITÈRES ? Le choix est-il représentatif de l'offre et de la population ? (Je parles des bibliothèques où des professionnels opèrent bien entendu...)
Pour répondre à au commentaire précédent : je suis bibliothécaire et si vous voulez savoir sur quels critères sont choisis les fonds et les collections vous pouvez tout simplement demander au personnel dans les différentes bibliothèques ! Nous répondons toujours avec plaisirs aux usagers. Mais pour apporter une première réponse : ce sont nous les bibliothécaires qui choisissons, avec la validation du responsable de la chaîne documentaire à la fin. Evidemment nous devons faire attention aux documents que nous prenons et que nous mettons à dispositions du public selon quel public c'est. Mais c'est juste une question de bon sens (pas d'apologie aux crimes, pas de livres non appropriés pour les enfants sur le pôle qui leur est dédié etc...). Et bien sur, dans nos choix nous tenons comptes de la population : les tendances, les gros succès, les lecteurs peuvent faire des suggestions et des demandes d'achat. Et évidemment nous faisons découvrir des écrivains ou des maisons d'édition plus confidentiels qui font des choses tout aussi belles ou qualitative.

Ce fonctionnement est valable pour toutes les bibliothèques et médiathèques publiques. Le risque avec ces lois aux US est, je pense, l'intervention directe de la politique et donc toutes les dérives qui peuvent en suivre.
Ce qui me choque (et me sort même par les trous de nez), c'est ce "[t]oute description ou représentation, sous toutes les formes, de la nudité, de la sexualité, "



Ainsi, une sexualité pas du tout crue, très respectueuse, faire l'amour avec amour, c'est choquant pour ces gens-là.

Et pire encore, toute représentation, sous toutes ses formes, de la nudité": donc, exeunt tous les tableaux de Vénus ou autres baigneuses qu'on peut voir dans les musées, exeunt la page de votre manuel scolaire qui décrit le corps humain (et même ceux qui ne représentant pas le clitoris, comme c'est encore le cas dans plusieurs manuels français), exeunt également des photos de plage, si c'est une plage naturiste, parce que voir des gens se baigner nus, ça va choquer les jeunes enfants!



Il est probable que "les Fleurs du mal" ou "Madame Bovary" manqueront d'intérêt littéraire pour ces gens-là. oscar Wilde, n'en parlons pas!





Non mais, quand est-ce qu'on va se décider à envoyer ces tarés d'office chez les psys, comme on délivre aux drogués des injonctions thérapeutiques?!



Evidemment, il sera jugé que la vue d'un fusil d'assaut, de meurtres, n'a jamais empêché un enfant de dormir.



Jean-François Copé s'étranglant à la lecture de Tous à poil, il a trouvé ses maîtres.



Je termine par un dernier point: un comité de censure, c'est finalement "moins pire" que de confier la censure à n'importe quel internaute.

Parce qu'un comité de censure, ça peut discuter, on pourra même éventuellement contester la décision.

Il existe en France une censure pour le cinéma, et ça n'empêche pas des films comportant de la nudité, et même des scènes sexuelles, de sortir en salle tous publics. Parce que le comité jugera que ça ne relève pas de la pornographie.

(Rappelons que la loi française n'interdit absolument pas les images de nudité, elles sont tous publics du moment que cette nudité n'est pas pornographique. Les images pornographiques ne sont pas interdites, mais réservées aux adultes).



En revanche, quand on met "toute image comportant de la nudité", on tombe dans une censure à la Facebook ou autres, sans aucun discernement. Et c'est très dangereux, parce que ça insinue que toute image de nudité est sexuelle. On ne peut plus passer La Guerre des boutons, d'Yves Robert, parce que des gens glauques vont nous dire qu'il y a des enfants nus dans ce film et que ça va exciter les pédophiles (comme s'ils avaient besoin de ça!)

On ne peut plus voir Manon des sources, parce qu'on y voit Emmanuelle Béart y dansant nue. on ne peut plus voir Titanic ou La Belle Noiseuse, parce que le modèle pose nue.



C'est ça la société qu'ils nous proposent?

Pas la peine de prétendre combattre l'islamisme, alors.
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