Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Dans les aéroports américains, les livres font l'objet d'un contrôle particulier

Laurène Bertelle - 27.06.2017

Edition - International - aeroports livre - bagage à main livre avion - lecture vie privée


Depuis plusieurs semaines, dans quelques aéroports américains, il est demandé aux passagers de sortir leurs livres de leur bagage à main pour les passer aux rayons X à part, afin de mieux identifier les contenus dangereux dans les valises. Une atteinte à la vie privée qui ne satisfait personne...


what's in your bag?
(dan barbus, CC BY-NC 2.0)
 


Dans le contexte d’incertitude et de terrorisme actuel, les contrôles dans les aéroports ne font qu’augmenter, particulièrement aux États-Unis. Après la décision du pays d’interdire les tablettes et les liseuses en cabine dans certains avions, les agents de la TSA (Transportation Safety Administration), qui s’occupe des contrôles de sécurité dans les aéroports, pourraient désormais demander aux passagers de sortir les livres et magazines de leurs bagages à main, de même que la nourriture, en passant aux postes de contrôle.

 

En réalité, des tests ont déjà eu lieu dans des petits aéroports du Missouri et de Californie début mai. Mais pourquoi donc ? S’il est courant d’avoir à sortir son ordinateur de sa valise, les livres ne semblent pas au premier abord représenter le moindre danger. 

 

Il se trouve en réalité qu’à cause de l’augmentation des tarifs des bagages en soute, les voyageurs ont tendance à remplir de plus en plus leur bagage à main. Et un sac trop plein est beaucoup moins facile à analyser aux rayons X. L’agence de contrôle a notamment peur que certains utilisent les livres, très denses, pour cacher de la contrebande. De plus, comme les rayons X mettent en lumière avant tout les objets denses et les matières organiques, placer les livres et la nourriture à part permettrait de faire un premier tri et de donner une meilleure visibilité au reste des bagages.


Pour Jay Stanley, analyste politique, et pour l’ACLU (Americain Civil Liberties Union), cette décision pourrait mener à des abus.

 

« Depuis longtemps aux États-Unis, il existe une protection légale de la vie privée en ce qui concerne les habitudes de lecture d’un individu, non seulement au travers de nombreuses décisions de la Cour suprême et autres cours, mais aussi par le biais des lois d’état qui punissent la violation des informations privées sur les lectures des usagers des bibliothèques publiques, ou encore qui exigent un mandat pour obtenir les listes de ventes, locations ou prêts de livres », explique Jan Stanley dans un article publié sur le site de l’ACLU.

 

Jay Stanley souligne également que ce type de contrôle pourrait mettre mal à l’aise les voyageurs. Des textes sur l’islam ou la culture arabe, dans le contexte actuel, pourraient soulever des problèmes de discrimination.

 

Les livres, arme potentielle ou expression de la liberté individuelle ? 

 

L’ACLU est une ONG à but non lucratif qui se bat pour défendre les droits des Américains, de la lutte pour les droits LGBT aux droits de la vie privée face à la récupération d'informations sur Internet, en passant par les droits des femmes ou le droit de vote. Elle regroupe 2 millions de membres, activistes et soutiens, et est présente dans les 50 états que comptent les Etats-Unis.

 

En 2010, elle avait notamment déclenché une action en justice pour défendre un étudiant qui avait été arrêté dans un aéroport, menotté et interrogé pendant près de 5 heures parce qu’il transportait des fiches de révision de langue arabe et un livre qui critiquait la politique étrangère des États-Unis.
 

J'ai un bagage à main rempli de livres et maintenant je me fais arrêté par la TSA à CHAQUE FOIS. J'ai l'impression que c'est la chose dont le gouvernement à le plus peur.


 

TSA, quant à elle, se veut rassurante et affirme que cette décision est uniquement une mesure de sécurité, qu’elle suit les lois des droits civiques, et que les articles choisis ne sont inspectés que pour une meilleure identification des potentiels risques. 

 

« Nous travaillons désormais sur les techniques et les procédures dans quelques aéroports, pour trouver exactement comment faire [ce contrôle] en créant le moins de désagréments pour le voyageur», explique John Kelly, secrétaire à la Sécurité Intérieure des Etats-Unis.

 

Les agents de la TSA ont depuis longtemps le droit de fouiller les sacs s’ils trouvent des objets suspects ou difficiles à identifier. L'usage des rayons X intervient pour permettre un contrôle plus rapide, et minimiser l’intrusion des recherches dans la vie privée des passagers. 
 

Ebook : l'envers méconnu du décor, ou la violation de vie privée

 

C’est pourquoi Jay Stanley a fait quelques recommandations à la TSA. D’une part, il lui conseille de former les agents à accorder la discrétion nécessaire à ce type de fouille, et à bien comprendre les enjeux du respect de la vie privée. D’autre part, selon lui, l’agence devrait permettre aux passagers d’envelopper leurs livres dans un autre emballage spécialisé pour cacher la nature des documents transportés. « Bien sûr, s’il y a une anomalie qui apparaît sur la machine à rayon X dans un paquet de livres, la TSA pourra l’ouvrir et vérifier qu’il n’y a aucune menace, comme pour les autres bagages », nuance-t-il.

Décidément, lire dans un avion n'aura jamais été aussi compliqué...