Dans les pas d'Emma Watson, Cheek Magazine propose un club de lecture féministe

Mathilde Doiezie - 25.05.2016

Edition - Société - Book Club Cheek Magazine - Cheek Magazine Faustine Kopiejwski - club de lecture féministe


Dans le paysage littéraire français, un élément important manquait encore : un club de lecture féministe. Jusqu’à ce qu’il soit finalement créé début mai par Cheek Magazine, inspiré de l’initiative d’Emma Watson. L’actrice de la saga Harry Potter, désormais personnalité engagée pour l’égalité des sexes, a en effet lancé en janvier « Our Shared Shelf », son club de lecture féministe accessible via la plateforme Goodreads.

 

Au Book Club de Cheek Magazine, le 1er mai dernier

 

 

Séduites par ce projet, les trois journalistes à l'origine de Cheek Magazine – Faustine Kopiejwski, Myriam Levain et Julia Tissier – ont décidé de fonder à leur tour leur propre club de lecture féministe, en privilégiant les rencontres aux forums internet. Rendez-vous était donné dimanche 1er mai, dans les locaux de Babelio à Paris, pour le lancement. Avec une question en guise de fil rouge : « L'héroïne de littérature contemporaine est-elle féministe ? » Une trentaine de jeunes femmes ont décidé de se joindre à la discussion.

 

Trois invitées étaient conviées pour évoquer les liens entre féminisme et littérature : l'auteure Titiou Lecoq, la « BookTubeuse » Nawal Stouli et la responsable des traductions chez Belfont Camille Dumat (qui a notamment travaillé sur Not that kind of girl, de Lena Dunham). Interrogées tour à tour par les journalistes de Cheek Magazine puis par les membres du public, elles ont soulevé des sujets aussi divers que l'évolution des représentations des femmes dans la littérature, y compris dans la chick litt ; le manque de souffle de la littérature féministe en France en comparaison des États-Unis ; le sexisme encore à l'oeuvre dans les maisons d'édition ou les barrières rencontrées par les femmes écrivains.

 

Pour en savoir plus sur les intentions de ce tout nouveau club de lecture féministe et ses projets, nous avons interrogé Faustine Kopiejwski, responsable, notamment, de la culture chez Cheek Magazine.

 

ActuaLitté : Pourquoi avez-vous décidé, avec Cheek Magazine, de lancer un club de lecture féministe ?

 

Faustine Kopiejwski : Nous avons été inspirées par la démarché d'Emma Watson, qui a lancé son propre club de lecture féministe en ligne en janvier. J'ai d'ailleurs lu le premier livre qu'elle conseillait, My Life On The Road, de Gloria Steinem. On a trouvé ça très intéressant mais l'exercice comporte des limites puisque les bouquins ne sont qu'en anglais. On s'est donc dit qu'il y avait quelque chose à faire en France dans ce domaine.

 

Et puisqu'on passe nos vies derrière des ordinateurs, on a également voulu miser sur une formule plus vivante, pas seulement virtuelle, qui pourrait nous permettre de rencontrer nos lectrices. Au tout départ, nous avions l'idée d'échanger autour de livres féministes. Mais très vite on s'est dit qu'il serait bien que des gens viennent prendre la parole sur une thématique pour animer la rencontre. Dimanche 1er mai, c'était notre test grandeur nature avec ce format-là.

 

Comment s'est effectué le choix des invités et de la thématique « L'héroïne de littérature moderne est-elle féministe » ?

 

Faustine Kopiejwski : La thématique s'est imposée d'elle-même, parce qu'on parle de féminisme au quotidien dans Cheek Magazine, ainsi que de la génération des 20-35 ans. Nous avions donc envie de nous poser ce genre de questions : « Est-ce que la fille d'aujourd'hui dans la littérature nous ressemble ? Est-ce qu'elle fait avancer la cause de l'égalité des sexes, de l'empowerment ? » Néanmoins, on est un peu resté sur notre faim. C'était peut-être trop vaste comme thématique pour une première rencontre. Il faudra sans doute angler davantage lors des prochains rendez-vous, même si cette question restera toujours sous-jacente.

 

Concernant les invités, on a essayé de rester fidèle à ce qu'on fait dans les pages de Cheek Magazine. On avait déjà interviewé Titiou pour son dernier livre [La Théorie de la tartine, aux éditions Diable Vauvert, ndlr]. C'est une personnalité très générationnelle, car elle vient de la culture blog [Titiou Lecoq tient le blog Girls and Geeks depuis 2008, ndlr] et elle a une approche clairement féministe dans son écriture. Idem pour Nawal Stouli, BookTubeuse qui a eu l'idée de dépoussiérer le format de la critique littéraire pour le faire entrer dans l'ère 2.0. C'était très important pour nous de choisir des invités qui faisaient le lien entre littérature et web. Camille Dumat a quant à elle supervisé la traduction du livre de Lena Dunham chez Belfont. On ne pouvait rêver mieux pour être en cohérence avec notre propos.

 

Nawal Stouli

 

Au vu des invités et des réflexions tournant autant autour de la place des femmes écrivains dans le paysage littéraire que de l'évolution de l'héroïne de la collection Harlequin... peut-on vraiment parler d'un club de lecture « féministe » ou d'un club de lecture avant tout « féminin » ?

 

Faustine Kopiejwski : Je n'aime pas le terme « féminin » qui veut un peu tout et rien dire. Je lui préfère largement le terme « féministe » qui est très important pour nous chez Cheek Magazine. Il signifie que nous traitons de tout ce qui peut faire avancer l'égalité hommes-femmes. C'est le prisme à travers lequel nous voulons aborder d'autres questions, comme la littérature. L'idée est donc bien de faire un club de lecture féministe, sinon on peut trop vite se retrouver à manger des cupcakes et à parler d'histoires à l'eau de rose. Même si on ne se l'interdit pas non plus : on ne peut pas nier ce genre de littérature et il vaut mieux la regarder en face, se demander pourquoi cela cartonne autant, pourquoi des femmes aiment encore se retrouver dans ces carcans... Poser ce genre de questions, c'est faire preuve de féminisme.

 

Quoi de prévu pour la suite du book club féministe ? La formule va-t-elle évoluer ?

 

Faustine Kopiejwski : Nous avons d'abord écouté les retours à la suite de la première rencontre. Beaucoup s'imaginaient autre chose, notamment une forme d'échange plus directe entre les membres du club. Nous allons donc peut-être relancer l'idée d'une lecture en amont, davantage en lien avec l'idée traditionnelle du club de lecture. Mais rien n'est encore arrêté. Nous travaillons actuellement sur un gros événement en lien avec la rentrée littéraire. Celui-ci se déroulerait sur un mois, avec plusieurs rendez-vous.

 

Ce sera la prochaine rencontre prévue, il n'y en aura pas avant l'été. Cette fois, on va essayé de contacter les éditeurs pour pouvoir envoyer des livres aux filles du club en avant-première et prévoir des rencontres avec les auteurs, pour faire des débats tous ensemble, dans un format un peu moins cérémonial. Et puisque nous sommes inondées de références en matière de lectures féministes, nous trouvons aussi qu'il est très intéressant de faire un choix éditorial. Pourquoi pas en créant un prix ?