'Dante aurait aimé Dan Brown', et Florence attend une nuée de touristes

Nicolas Gary - 12.05.2013

Edition - International - Florence - crise du tourisme - Dan Brown


C'est systématique : tous les lieux qui servent de décor ou de référence dans les ouvrages de Dan Brown deviennent de véritables appâts à touristes. Et avec l'arrivée prochaine de Inferno, qui s'ancre en Italie, avec Dante pour guide et la société florentine pour égayer le contexte historique. Après avoir baladé son aventurier ici et là, Brown prend donc racine à Florence... pour le plus grand plaisir des commerçants.

 

 

palazzo vecchio 

Palazzo Vecchio

mararie, (CC BY-SA 2.0)

 

 

C'est que les couloirs en labyrinthe du mythique Palazzo Vecchio seront propices à l'intrigue et le mystère, pour les besoins du romancier. Et en s'appuyant sur Dante Alighieri, le poète auteur de la Divine comédie, de même qu'il s'était inspiré de Leonard de Vinci pour le Da Vinci Code, Brown s'apprête à nous servir la même soupe. Qui s'est écoulée tout de même à plus de 80 millions d'exemplaires depuis la commercialisation en 2003.

 

Pour mémoire, Inferno est un roman qui s'appuie sur Dante Alighieri, dont Dan Brown assure qu'il a lu la trilogie avant de se mettre à écrire quoi que ce soit. C'est presque dommage... Et c'est donc à Florence que se déroule le prochain livre. Et Robert Langdon poursuivra son tour d'Europe... tandis que dans la ville, on espère bien voir refleurir le commerce, alors que « le tourisme est en chute de 10 % à Florence, et si ce nouveau livre fait bien son travail, nous retrouverons ces 10 % perdus », explique Eugenio Giani, membre du conseil de la ville, au Guardian

 

Florence, siège du prochain Dan Brown, et donc réservoir touristique prêt à se remplir, alors que la splendeur architecturale qu'est le Palazzo Vecchio doit servir de personnage entièrement. C'est tout le culte du secret, dans la culture florentine, qui s'exprime à travers ce bâtiment : évoquer les noms de Machiavel, Cosme de Medicis, et bien d'autres sont autant d'effluves d'une histoire peuplée d'intrigues et de conspirations. Quel meilleur paysage à exploiter pour Brown ?

 

Et pas que : dans cet ancien palais occupé par les Medecis, toute une intrigue autour de Dante doit prendre place. « Des experts de Dante m'ont averti qu'il fallait se méfier de Brown, mais je ne suis pas effrayé - il est important que les gens soient intéressés par le poète, et qu'ils puissent comprendre ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas », poursuit Giani, qui dirige la Société de Dante, en Italie. 

 

L'important ? Que les gens parlent de Dante

 

C'est qu'avec Brown, on bascule assez facilement dans un romanesque qui prendre les atours de la réalité historique, pour finalement ne servir que l'intérêt narratif, et l'intrigue. Avec Dante, comme avec de Vinci, cela risque de faire grincer les dents des spécialistes. Comptant 60.000 visiteurs chaque année, le musée de Dante sera probablement l'un des lieux qui accueilleront immédiatement l'effet Dan Brown. « Ce qui est important, avec ce livre, c'est que les gens parlent de Dante », conclut Giani. 

 

Or, toute la ville, poursuit-il participe à l'écriture même de la Divine comédie : c'est comme si, en parcourant le livre, on se perdait dans les rues, et seul celui qui vit à Florence peut alors partir à la rencontre réelle de Dante. « Dante veut réellement que nous trouvions des significations cachées dans son travail. Il avait un grand sens de l'humour, et se montrait délibérément vague pour augmenter l'atmosphère mystérieuse. Il aurait aimé Dan Brown. »

 

Pour le commerce local, le livre résonne comme une bonne nouvelle, avec son futur côté dépliant touristique, incitant à se perdre dans les allées de Florence. La crise n'a pas épargné la ville, et si les voyageurs et curieux sont moins nombreux, bien qu'ils continuent d'affluer, on est largement disposé à fermer les yeux sur les inexactitudes qui se retrouveront dans Inferno. Pourvu que les touristes reviennent. On leur expliquera ensuite.

 

En présentant son ouvrage, début janvier, Dan confiait : « Même si je me suis penché sur L'Enfer de Dante pendant mes études, je ne me suis rendu compte que récemment, suite à mes études sur Florence, de l'influence durable qu'a eu l'oeuvre de Dante sur le monde moderne. Avec ce nouveau roman, je suis heureux d'emmener le lecteur dans les profondeurs d'un royaume mystérieux, peuplé de codes, symboles, et de nombreux passages secrets. »

 

A l'occasion de cette parution, attisant le feu de leur curiosité, l'écrivain a livré quelques indices à destination de ses fans, via les réseaux sociaux. L'action du récit se déroulera en majeure partie dans la ville italienne de Florence, même s'il promet un nouveau « mystère aux ramifications mondiales ».