David Bowie, Kurt Cobain, Thom Yorke inspirés par le cut-up de Burroughs

Julien Helmlinger - 09.02.2015

Edition - International - Rock - musique - William S. Burroughs - Cut-up


Au cours des années 1950 et 1960, William S. Burroughs expérimentait le cut-up, une technique littéraire inventée par l'auteur et artiste Brion Gysin et le mathématicien Ian Sommerville. L'idée consiste à découper une œuvre originale en fragments et de les réarranger aléatoirement pour générer de nouveaux textes. « Le langage est un virus », soutenait le poète, invitant au découpage comme façon inconsciente d'écrire. D'autres artistes utiliseraient la méthode, au rang desquels David Bowie, Kurt Cobain ou encore Thom Yorke...

 

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CC by NC ND 2.0 par Alvaro Tapla

 

 

Les poètes symbolistes comme Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé, Charles Baudelaire et autres modernistes qui suivirent, ont démocratisé la poésie surréaliste et la littérature expérimentale de manière plus générale. Burroughs allait quant à lui s'aventurer plus loin, à une époque où la Beat Generation se passionnait notamment d'expériences psychédéliques et de pop art.

 

Le cut-up, à l'origine une technique de montage propre à la peinture néo-dada, adaptée à l'écriture, lui a permis de composer aléatoirement des passages parfois jubilatoires à lire, quand d'autres sont plus difficilement lisibles. L'auteur du Festin nu ne s'est pas contenté de s'essayer à la méthode qu'avec l'écrit, mais a également étendu son champ d'expérimentation au son et à l'image.

 

 

Par la suite, divers artistes allaient mettre en pratique l'exercice pour composer des chansons, notamment les Beatles et David Bowie, pour trouver des « associations d'idées » inédites, et plus tard Kurt Cobain, qui avait eu l'occasion de côtoyer l'écrivain. Dans la veine rock, on peut citer encore Joy Division, Iggy Pop ou le chanteur de Radiohead, Thom Yorke. La musique électronique, évidemment, n'allait pas se priver de reprendre à son tour ce genre de remix littéraire.

 

 

 

 

On retrouve nombre d'exemples de cut-up dans la trilogie Nova de l'écrivain, comprenant les textes expérimentaux La machine molle, Le ticket qui explosa, Nova Express, écrits depuis Tanger à la fin des années 1950. Dans le livre Œuvres croisées, le duo Burroughs-Gysin détaille sa technique, invitant chacun à laisser envahir ses propres pages blanches par les mots de ses poètes favoris : 

La méthode est simple. Voici l'une des manières de procéder. Prenez une page. Cette page par exemple. Maintenant, coupez-la en long et en large. Vous obtenez quatre fragments : 1, 2, 3, 4… Maintenant, réorganisez les fragments en plaçant le fragment 4 avec le fragment 1, et le fragment 2 avec le fragment 3. Et vous obtenez une nouvelle page.

Prenez n'importe quel poète ou prosateur que vous aimez. La prose ou les poèmes que vous avez lus maintes et maintes fois […] Recopiez les passages choisis. Remplissez une page d'extraits. Maintenant, découpez la page. Vous obtenez un nouveau poème. Autant de poèmes que vous voulez.

 

On pourrait même percevoir des fragments du futur avec cette technique, selon Burroughs et Bowie, et a priori cela ne serait pas dangereux d'essayer à la maison.

 

(via OpenCulture)