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David Cronenberg signe un texte pour la nouvelle traduction de La Métamorphose

Antoine Oury - 22.01.2014

Edition - International - David Cronenberg - Franz Kafka - La Métamorphose


Le 14 mars prochain, David Cronenberg fêtera son 71e anniversaire : en attendant, il a relu La Métamorphose, le fameux roman de Kafka, dans une version nouvelle, traduite par Susan Bernofsky et publiée chez W. W. Norton & Company. Il a livré quelques-unes de ses réflexions dans un texte, en préface de l'ouvrage.

 

 

BMC Labs at TIFF Bell Lightbox

David Cronenberg, la tête dans une imprimante 3D au Canadian Film Centre's Media Lab

(Canadian Film Centre, CC BY 2.0)

 

 

Bien entendu, le parallèle est évident entre La Métamorphose et La Mouche, un des plus fameux films de David Cronenberg. Mais c'est par le prisme du vieillissement physique que le réalisateur considère d'abord l'expérience de Gregor Samsa dans le roman de Kafka. Lorsqu'il se réveilla, le matin de ses 70 ans, l'homme confie avoir ressenti une métamorphose du même ordre, bien qu'elle se soit manifestée de manière moindre que dans le cas du personnage de fiction.

 

« Je suis insecte qui rêvait qu'il était un homme, et qui appréciait cela. À présent, le rêve est terminé et l'insecte est réveillé » faisait-il dire à Jeff Goldblum dans La Mouche. « Il sous-entend qu'être humain, une entité qui a conscience d'elle-même, est un rêve qui ne peut durer, une illusion. Gregor a lui aussi du mal à percevoir ce qu'il reste de son humanité, et, dès lors que sa famille ne sait plus ce qui occupe la chambre de Gregor, il ressent la même sensation » écrit-il dans un texte lisible sur The Paris Review.

 

Si l'intrigue de La Mouche s'ancrait dans la science-fiction, selon le texte original de George Langelaan, celle de La Métamorphose est bien plus orientée vers l'intériorité et le rapport à son propre corps, souligne Cronenberg. Une voie qu'il avait choisi d'explorer et de mettre en avant dans son propre long-métrage. 

 

Car, ce qui le fascine dans La Métamorphose, c'est le fait que Kafka ne fasse pas référence à « un secret de famille ou un pêché qui incite les dieux ou le destin à provoquer cette transformation, aucune recherche d'un sens ou d'une cause pour celle-ci ». La famille de Samsa l'accepte d'ailleurs au départ sous cette nouvelle forme, comme elle aurait pu le faire « s'il s'était réveillé dans son lit, changé en un vieillard dépendant, faible et délabré ».