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DC Comics suspend de ses fonctions un éditeur accusé d'agressions sexuelles

Antoine Oury - 13.11.2017

Edition - Les maisons - DC Comics Metoo - Eddie Berganza DC - Eddie Berganza comics


Le groupe DC Comics, un des plus grands éditeurs américains de bande dessinée, a annoncé qu'il avait suspendu l'éditeur Eddie Berganza de ses fonctions après un article détaillé, publié sur BuzzFeed, qui faisait état de harcèlement et d'agressions sexuelles sur des employées de la maison. Malgré cette décision, l'amertume est de mise : le cas Berganza avait été signalé à plusieurs reprises à la direction de DC Comics, assurent les victimes.


Geoff Johns Spotlight at San Diego Comic-Con International
Eddie Berganza, à gauche, aux côtés de Geoff Johns, aujourd'hui président de DC Comics, en 2009
(Loren Javier, CC BY-ND 2.0)


 

Une victoire, certes, mais le combat fut trop difficile : c'est le sentiment qui règne du côté des victimes de l'éditeur Eddie Berganza, qui se sont exprimées le 10 novembre dernier dans un imposant article publié par BuzzFeed, intitulé « Le côté obscur de DC Comics ». On y découvre les agissements d'Eddie Berganza, dénoncés par au moins deux employées de la maison, mais aussi l'absence de sanctions et, au contraire, la promotion de cet éditeur.

 

En 2006, Liz Gehrlein Marsham entre chez DC Comics, un rêve pour la jeune femme alors âgée de 29 ans. Mais, trois semaines après sa prise de fonction, elle se heurte, d'après son récit, à Berganza, qui l'accule dans le coin d'une pièce avant de l'embrasser de force et de l'agresser. Trois femmes assurent avoir vécu des situations similaires avec Berganza, et cinq personnes, dont deux d'entre elles, ont fait part du comportement de Berganza à la direction des ressources humaines de DC Comics.

 

« Nous sommes toutes parties, et il est toujours là », constate Janelle Asselin, une ancienne éditrice de DC Comics qui avait soutenu la plainte de plusieurs employées contre Berganza auprès de la direction. « Ceci, pour moi, montre bien quelles sont les prioriétés de DC Comics. » 

 

Selon les journalistes de BuzzFeed, la chape de plomb posée sur ces agissements fonctionnait grâce aux relations qu'entretenait Eddie Berganza avec la direction, et sur sa position rapidement très influente au sein de DC Comics. Au fur et à mesure de son ascension, Berganza devenait intouchable dans une industrie finalement très resserrée.

 

Des plaintes et des promotions

 

Entré chez DC Comics dans les années 1990, Berganza avait gravi les échelons pour devenir un des éditeurs les plus respectés, mais aussi le plus craint, notamment par les femmes. Remarques déplacées, blagues graveleuses et même agressions, les agissements de Berganza étaient connus et Janelle Asselin se souvient même avoir été mise en garde.

 

Joan Hilty, au début des années 2000, a aussi été victime d'Eddie Berganza : à l'époque, elle occupait un poste sensiblement similaire au sien, et aurait sans doute été écoutée avec l'attention nécessaire, mais l'ambiance propre au petit monde du comics l'en a dissuadé. « Les femmes occupent aujourd'hui plus de postes à la création et à l'édition qu'avant, mais il y a encore peu de femmes aux postes de direction », explique-t-elle à propos d'une industrie qui a longtemps eu la réputation de mettre les femmes de côté.

 

De nombreux signalements ont été faits aux ressources humaines de DC Comics, assure l'article de BuzzFeed, en particulier en 2010 et 2012, mais aucune sanction n'est venue freiner la carrière de Berganza, rapidement promu à des postes à responsabilités, ce qui finissait de démoraliser ses victimes.

 

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Ce samedi 11 novembre, au lendemain de la publication de l'article de BuzzFeed, DC Comics a annoncé la suspension d'Eddie Berganza de ses fonctions, « en attendant un rapide, mais attentif examen des accusations à son encontre et des mesures à prendre ». DC Comics et Diane Nelson, la présidente de DC Entertainement, ont également envoyé un message aux employés, promettant que l'engagement du groupe pour « un cadre de travail sain et sécurisé » était toujours en tête de leurs priorités...