De Borée : quatre repreneurs et un coup fin

Nicolas Gary - 03.12.2015

Edition - Les maisons - editions de borée


Depuis fin septembre, le groupe De Borée est entré en redressement judiciaire. La structure auvergnate s’occupait tout à la fois de publication, avec des ouvrages spécialisés, mais également de distribution. Ce 10 décembre, le tribunal de commerce doit rendre son verdict – qui décidera du sort de 65 salariés. À ce jour différents repreneurs se sont plus ou moins fait connaître.

 

Auvergne en automne

Auvergne, le calme avant la tempête ? guy masavi, CC BY SA 2.0

 

 

Selon les informations communiquées par la direction, c’est le vol commis par une employée de la comptabilité qui serait à l’origine de la situation délicate de l’entreprise. Le redressement fiscal, à la hauteur de 1,6 million € tout de même, ne manque pas d’interroger les salariés, inquiets de la gestion même de l’entreprise. 

 

Pour reprendre les trois activités, édition, distribution et équipe commerciale, « quatre repreneurs se sont présentés, avec un positionnement légitime », explique-t-on à ActuaLitté. « Ce sont des sociétés qui viennent du secteur éditorial, des professionnels du livre, on peut comprendre leur démarche. » En l’occurrence, on parle de Sofedis, les éditions du Belvédère, SDP et La Montagne CentreFrance.

  

Cependant, un cinquième mousquetaire s’est manifesté, la société Révolution 9, dont les intentions restent encore très floues, estiment les salariés de De Borée. « Leur activité est opaque, on ne comprend pas vraiment comment il est possible de se présenter comme possesseur de maisons d’édition, et de ne pas avoir de catalogue officiellement présenté », poursuit-on. 

 

Et les salariés ont à ce titre fait parvenir une pétition au tribunal de commerce, pour tenter d’attirer l’attention sur différents éléments. « Une pétition en forme de supplique des salariés demande expressément au tribunal de Commerce de Clermont-Ferrand de ne pas croire au leurre du maintien de l’intégralité des emplois sur le site de Sayat [Puy-de-Dôme, NdR]. »

 

Une offre de reprise très alléchante

 

Dans un document consulté par ActuaLitté, le groupe Révolution 9 entend optimiser la plateforme de De Borée, qualifiée de « très performante », en intégrant de nouveaux éditeurs dans sa distribution. Il entend également instaurer un dispositif destiné aux éditeurs parisiens de 500 k€ à 3 millions € (sic), « adapté à leur taille et nécessitant un accompagnement personnalisé et performant ». 

 

Côté éditorial, il s’agit d’accroître le volume, en favorisant l’édition d’ouvrages régionalistes, mais également en développant les livres illustrés sur le national. La dynamisation du secteur livre de poche est également prévue. Et faire profiter de « l’accompagnement Branding-Publishing » que Hoche Communication SAS (intégrée au groupe R9) peut faire valoir. 

 

Le branding-publishing est défini d’ailleurs comme l’utilisation, pour une stratégie d’entreprise, de contenus éditoriaux. Pour résumer, faire des livres pour communiquer.

 

« C’est de la communication, d’ailleurs ils se présentent comme professionnels du sujet », indique une source. « Mais les représentants du groupe R9 venus présenter leur projet n’avaient pas de réponses précises à fournir. On avait du mal à croire ce qu’ils annonçaient. » Certains envisagent d’ailleurs que le stock de 1,7 million de livres soit revendu « à des soldeurs, avant de balayer le tout ». 

 

Nous ne sommes pas parvenus à joindre Revolution 9 pour obtenir des commentaires. Dans tous les cas, les salariés actuels de De Borée n’entendent pas se laisser faire de la sorte. Plutôt un chômage digne qu’une reprise qui ressemblerait à la mort, laisse-t-on entendre. À France 3, le directeur général, Olivier Baillet, assure n’avoir pas eu connaissance de la position des salariés. En revanche, il entend finaliser son offre de reprises, profitant du délai établi jusqu’au 7 décembre pour ce faire.

 

La décision du Tribunal de commerce de Clermont sera mise en délibéré le 10 décembre, et sa décision rendue dans les jours qui suivront, sous huitaine. « Nous sommes en tout cas déterminés et voulons éviter tout gâchis. La “Révolution“ n'aura pas lieu. »