De Google Print à Google Books, une saga depuis dix ans

Marie Lebert - 11.02.2016

Edition - Justice - Google Books - numériser livres


Google décide de mettre son expertise — et sa force de frappe — au service du livre et lance Google Print en mai 2005 (abandonné trois mois plus tard) avant de lancer Google Books en août 2006. Un vaste programme de numérisation s’ensuit. En octobre 2008, Google tente de mettre fin aux actions légales menées par l’Authors Guild et l’Association of American Publishers (AAP) à son encontre, suite à la numérisation de livres sous copyright, avec une décision de justice négative en mars 2011 puis une décision de justice positive en octobre 2015. On attend maintenant une ultime décision de justice au printemps 2016.

 

 

 

Les premiers pas avec Google Print

 

Le lancement de Google Print en mai 2005 est précédé de deux étapes. En octobre 2004, Google lance un partenariat avec les éditeurs pour pouvoir consulter à l’écran des extraits de livres puis commander ces livres auprès d’une librairie en ligne.

 

En décembre 2004, Google lance un partenariat avec les bibliothèques. Il s’agit de numériser les livres appartenant à plusieurs grandes bibliothèques partenaires, à commencer par la bibliothèque de l’Université du Michigan (dans sa totalité, à savoir 7 millions d’ouvrages), les bibliothèques des Universités de Harvard, de Stanford et d’Oxford, et la New York Public Library. Le coût estimé au départ se situe entre 150 et 200 millions de dollars US, avec la numérisation de 10 millions de livres sur six ans et un chantier d’une durée totale de dix ans.

 

En août 2005, soit trois mois après son lancement, Google Print est suspendu pour une durée indéterminée suite à un conflit grandissant avec l’Authors Guild (association américaine représentant les auteurs) et l’Association of American Publishers (AAP – Association des éditeurs américains), celles-ci reprochant à Google de numériser des livres sans l’accord préalable des ayants droit.

 

Les débuts de Google Books 

 

Le programme reprend en août 2006 sous le nom de Google Books (Google Livres), la bibliothèque numérique de Google donc, qui permet de rechercher les livres par date, par titre ou par éditeur. Les liens publicitaires associés aux pages de livres sont situés en haut et à droite de l’écran, comme ailleurs dans Google.

 

La numérisation des fonds de grandes bibliothèques se poursuit, tout comme des partenariats avec les éditeurs qui le souhaitent. Le conflit avec les associations d’auteurs et d’éditeurs se poursuit lui aussi, l’Authors Guild et l’AAP invoquant le non-respect de la législation relative au copyright pour attaquer Google en justice.

 

Les livres libres de droits sont consultables à l’écran en texte intégral. Leur contenu est copiable et l’impression est possible page à page. Ces livres sont également téléchargeables sous la forme de fichiers PDF imprimables dans leur entier. Les livres sous droits, toujours numérisés sans l’autorisation préalable des ayants droit, sont disponibles partiellement, avec table des matières, introduction, conclusion et extraits, Google invoquant le droit de citation pour offrir des extraits librement disponibles sur le web. 

 

Fin 2006, d’après le buzz médiatique, Google scannerait 3.000 livres par jour, ce qui représenterait un million de livres par an. Le coût estimé serait de 30 dollars US par livre. Google Books comprendrait déjà 3 millions de livres. Tous chiffres à prendre avec précaution, la société ne communiquant pas de statistiques à ce sujet.

 

À l’exception de la New York Public Library, les premières collections numérisées appartiennent toutes à des bibliothèques universitaires (Harvard, Stanford, Michigan, Oxford, Californie, Virginie, Wisconsin-Madison, Complutense de Madrid), auxquelles s’ajoutent début 2007 les bibliothèques des Universités de Princeton et du Texas (Austin), la Biblioteca de Catalunya (Catalogne, Espagne) et la Bayerische Staatbibliothek (Bavière, Allemagne). En mai 2007, Google annonce la participation de la première bibliothèque francophone, la Bibliothèque cantonale et universitaire (BCU) de Lausanne (Suisse), avec la numérisation de 100.000 titres en français, en allemand et en italien. Suit un partenariat avec la Bibliothèque municipale de Lyon (France) signé en juillet 2008 pour la numérisation de 500.000 livres.

 

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Sheila Sund, CC BY 2.0

 

 

Les conflits avec les ayants droit

 

En octobre 2008, après trois ans de conflit, Google tente de mettre fin aux poursuites à son encontre en proposant un accord basé sur le partage des revenus générés par Google Books et un large accès aux ouvrages épuisés, tout comme le paiement de 125 millions de dollars US à l’Authors Guild et à l’Association of American Publishers (AAP) pour clôturer définitivement ce conflit.

 

Si cet accord est accepté (mais il sera refusé trois ans plus tard), Google s’engage à proposer de plus larges extraits de livres, jusqu’à 20 % d’un même ouvrage, avec un lien commercial pour acheter une copie — numérique ou non — de l’œuvre. Les ayants droit auraient le droit de retirer leurs livres des collections. Par ailleurs, les bibliothèques universitaires et publiques des États-Unis pourraient accéder à un portail gratuit géré par Google et donnant accès aux textes de millions de livres épuisés. Un abonnement permettrait aux universités et aux écoles de consulter les collections des bibliothèques les plus renommées.

 

En novembre 2008, Google Books comprend 7 millions d’ouvrages numérisés, en partenariat avec 24 bibliothèques et 2.000 éditeurs. Les 24 bibliothèques partenaires se situent principalement aux États-Unis (16 bibliothèques), auxquelles il faut ajouter deux bibliothèques partenaires en Espagne et une bibliothèque partenaire dans plusieurs pays (Belgique, France, Japon, Royaume-Uni et Suisse). En février 2009, Google Books lance un portail spécifique pour smartphone, avec un catalogue de 1,5 million de livres du domaine public, auxquels s’ajoutent 500.000 autres titres téléchargeables hors des États-Unis, du fait d’une législation du copyright moins restrictive dans certains pays.

 

Mais, de l’avis de certains, Google ne respecte guère le droit d’auteur et les règles déontologiques de base, puisque la société numérise à ses frais les collections de livres de grandes bibliothèques — y compris les livres protégés par un copyright – pour en faire une source de revenus publicitaires. L’accord prévu entre Google d’une part, et l’Association of American Publishers (AAP) d’autre part, est rejeté en mars 2011 par le juge fédéral Denny Chin, pour cause de monopole incompatible avec la législation américaine.

 

En octobre 2015, après dix ans d’existence, Google Books est enfin considéré comme « légal » par décision de justice clôturant le procès avec l’AAP, avec un modèle économique considéré comme « novateur ». Les extraits de livres protégés par un copyright sont considérés comme relevant du « fair use » (un droit de citation étendu propre à la législation américaine), ce que souhaitait Google dès les débuts du projet. Selon le New York Times, Google Books comprendrait désormais 25 millions de titres. Mais la bataille légale avec l’Authors Guild se poursuit, avec réponse au printemps 2016.

 

 

Pour en savoir plus

 

Voir Le Livre 010101 (1971-2015),

en versions web et EPUB grâce à Antoine Fauchié :

 

et en divers formats grâce à l’Internet Archive