De Gruyter, Springer... Négociations difficiles entre universités et éditeurs

Antoine Oury - 29.12.2017

Edition - Les maisons - universités éditeurs - éditeurs académiques - Springer De Gruyter négociations


La fin de l'année n'est pas toujours des plus reposantes pour les négociateurs du consortium Couperin, chargé par les universités françaises et le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche de faire évoluer les relations contractuelles avec les éditeurs académiques. Ces derniers publient les résultats de recherche, manuels et autres ressources, et font payer l'accès aux universités. Mais l'accès ouvert change la donne, et la transition n'est pas évidente. L'année 2018 commencera, pour certains établissements, par des accès coupés.


Université-Montpellier 3 - Avril2014 CS -17
(photo d'illustration, Camille Stromboni, CC BY-ND 2.0)


 

La Bibliothèque interuniversitaire de Santé, à Paris, l'annonce tout de go sur son site : « à partir du 1er janvier 2018, l’accès pourra être interrompu à un certain nombre d’articles des revues Springer ». En cause ? Des négociations autour des abonnements à reconduire, négociations menées par le consortium Couperin, qui assume cette mission depuis 1999.

 

Au départ créé pour représenter quelques universités, Couperin négocie désormais les ressources documentaires de plus de 250 membres, pour environ 2000 contrats. Ces derniers concernent différents types d'abonnements, pour différents types de documents, des livres numériques aux périodiques en passant par les œuvres audiovisuelles. En assumant les négociations, Couperin peut peser d'une manière plus forte sur les éditeurs académiques.

 

En face, ces groupes éditoriaux très puissants se nomment Elsevier, De Gruyter ou Springer, et se classent parmi les éditeurs les plus importants du monde, en matière de chiffre d'affaires. Depuis plusieurs dizaines d'années, ils publient des revues scientifiques qui rendent compte des résultats de la recherche, ou encore des manuels, mais doivent faire face à des situations qui menacent aujourd'hui un modèle économique bien établi.

 

Deux facteurs inédits ont en effet fait leur apparition : d'un côté, une partie de la communauté des chercheurs rechigne à participer à l'écosystème mis en place par les éditeurs scientifiques. Pour obtenir une place dans une revue, les chercheurs doivent s'acquitter d'une somme, plus ou moins élevée, pour voir leur travail étudié et publié. Ensuite, leurs confrères et consœurs devront à leur tour, très souvent, payer pour prendre connaissance de leurs résultats. Qui plus est, le travail de critique et vérification est bien souvent effectué de manière bénévole par d'autres chercheurs...

 

L'autre modification du paysage éditorial de la recherche se trouve du côté de l'accès ouvert, ou open access, qui voit justement certains chercheurs publier en accès libre leurs travaux. Une partie de la communauté des chercheurs souhaite même que toute étude qui bénéficie d'un financement public soit publiée en open access, pour faciliter et accélérer le progrès scientifique. La plupart des éditeurs rechignent à changer leurs habitudes, craignant pour un modèle économique fragilisé — dans certains cas uniquement.

 

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Fin 2014, des chercheurs français s'étaient déjà émus du contrat signé entre l'Enseignement supérieur et l'éditeur Elsevier, pour 172 millions €. Trois ans plus tard, la situation semble toujours aussi délicate : « Alors que de plus en plus d’articles sont publiés en Open Access dans les revues hybrides Springer, l’éditeur demande une augmentation tarifaire. Pour sortir de cette spirale inflationniste qui se prolonge depuis plus d’une décennie, Couperin.org a reçu mandat de la part de ses membres, y compris le CNRS, pour continuer la négociation en 2018 et obtenir une baisse tarifaire », indique encore la Bibliothèque interuniversitaire de Santé.

 

Outre Springer, d'autres négociations semblent mal parties : celles avec De Gruyter, pour les ebooks et les bases de données, sont décrites comme « non abouties ». Un petit tour sur la page des négociations de Couperin permet toutefois de se rendre compte que tous les éditeurs et toutes les offres ne sont pas concernés par ces difficultés, heureusement. Néanmoins, les conflits autour des accès aux ressources documentaires sont fréquents : en Allemagne, les universités ont ainsi mené un bras de fer avec Elsevier, pendant plusieurs mois.
 

Mise à jour 15/01, 16:27 :


L'éditeur Springer a contacté ActuaLitté pour faire part de deux précisions :

 

« La bibliothèque Interuniversitaire de Santé de Paris a certes annoncé une possible interruption d’accès à certains articles de nos revues, mais Springer, et plus particulièrement Mme Dagmar Laging, vice-présidente chargée des ventes aux bibliothèques d'Europe, a bien rassuré les négociateurs Couperin que Springer maintiendra ouverts les accès aux revues concernées aux membres au-delà du 1er janvier. Et ce, tant que les négociations n’ont pas abouti. »

 

Par ailleurs, Springer tient à préciser que les auteurs « ne sont pas amenés à payer une somme pour voir leur travail publié. Une fois la proposition d'article acceptée par les rédacteurs en chef de nos revues, la publication des articles est faite sans aucun paiement de la part de l’auteur », nous précise-t-on. Le paiement n'a lieu que dans le cas d'une publication en accès ouvert, le fameux « open access ».


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