De Guillaume Musso à Emmanuel Macron : XO Editions séduit en Italie

Nicolas Gary - 20.05.2017

Edition - International - La Nave di Teseo - Guillaume Musso - Benard Fixot XO Editions


#salto30 – La Nave di Teseo n’a pas vraiment une histoire commune : créée par Elisabetta Sgarbi, ancienne directrice de Bompiani, elle incarne en soi un mouvement anti-Berlusconi. Que ce soit le père, Silvio, ou sa fille Marina, qui dirige le groupe éditorial Mondadori. Au moment où ce dernier a annoncé son intention de racheter RCS Libri, Elisabetta Sgarbi a claqué la porte. Et cofondé La Nave di Teseo.



 

 

Retrouver la maison d’édition au salon de Turin n’a en soi rien d’inattendu. Bien en vu sur la table, on trouve évidemment le dernier ouvrage d’Umberto Eco, Pape Satàn aleppe, recueil d’essais écrits entre 2000 et aujourd’hui. Elisabetta Sgarbi fut l’éditrice d’Eco durant 25 années : bien avant qu’elle ne quitte Bompiani (alors filiale de RCS Libri), l’écrivain dénonçait déjà le passage en force de Mondadori.

 

Il avait en effet mené la fronde dès février 2015, emportant 47 autres écrivains — dont quelques français —, avec une interrogation simple : « Comment le marché va-t-il se comporter, dans un pays avec une seule entreprise qui contrôle la moitié du secteur, et l’autre moitié, fragmentée entre petites et très petites maisons d’édition ? » La réponse était dans la question.

 

Le décès d’Eco, le 20 février 2016, marquait l’édition italienne d’une pierre noire. Mais La Nave di Teseo entendait porter son œuvre bien au-delà. 

 

Marina Berlusconi : l'édition, c'est savoir différencier un livre et un détergent


Or, en passant sur le stand de la maison, le lecteur attentif découvrira un texte écrit par… Bernard Fixot, fondateur de XO éditions. C’est à l’âge de 14 ans, explique-t-il, qu’on lui fit un cadeau qui changea sa vie : un livre. « Depuis, je suis fasciné par ces gens étranges que sont les auteurs, qui, mot après mot, créent des émotions uniques. » La vocation de l’éditeur était née, et voici désormais 15 ans que XO Editions publie des livres en France.

 

« Que ce soient les romans de Guillaume Musso ou Bernard Minier, les grandes fresques historiques de Max Gallo ou Cristian Jacq, l’autobiographie de Gérar Depardieu, tous nos livres répondent à ce désir d’offrir au lecteur un plaisir inoubliable », ajoute l’éditeur.

 

Car depuis 40 ans, « ce qui me fait me lever le matin, c’est d’avoir un livre, et avant le soir, un manuscrit qui m’a plu, d’y avoir pensé durant toute la nuit, et au réveil, de me demander, avec mes collaborateurs, ce que nous devons faire pour qu’il soit connu. Plus qu’un métier, c’est une histoire de passion. » Une passion en marche, pourrait-on dire, puisque XO Editions propose également le livre programme du candidat Macron, Révolution, avant qu’il ne devienne président.
 

Tout commença avec Guillaume Musso...
 

En marge du salon, Elisabetta Sgarbi raconte l’histoire de cette relation entre La Nave et XO Éditions. « L’un des premiers livres que j’ai achetés était celui de Sabine Dardenne : j’avais 12 ans. Mais Bernard [Fixot] ne me connaissait pas personnellement. Notre véritable rencontre— j’oserai dire notre amitié — s’est opérée voilà quelques années : elle est liée à un extraordinaire auteur, Guillaume Musso. »
 

L’un des écrivains parmi les plus lus en France connaissait une période de vague en Italie. Et il faut alors question de savoir comment Bompiani, qui avait récemment fait paraître le grand succès de Joël Dicker, pourrait soutenir Guillaume Musso comme il le méritait.

 

« Bernard m’apporta le roman Central Park. Je l’ai aimé, nous l’avons publié avec un grand succès, apportant à Guillaume Musso toute l’attention de l’Italie. Et quand nous avons fondé La Nave di Teseo, Guillaume et Bernard, sensibles à l’édition indépendante, ont décidé de continuer le voyage avec moi et les amis de ce navire. » C’est ainsi que Un appartement à New York sera traduit et publié en juin par La Nave, de même que La Ragazza di Brooklyn (traduction de Sergio Arecco, également traducteur de Révolution, livre d'Emmanuel Macron) qui était sorti en septembre 2016.

 

Les échanges entre La Nave et XO reposent, poursuit Elisabetta Sgarbi sur « le rapport évidemment souhaitable entre éditeurs : celui de propositions réciproques ». Un autre partenariat important s'est par la suite mis en place, avec le livre de Bernard Minier puis arriva le sujet Macron « lors d’un petit-déjeuner à Milan. Bernard m’a présenté le livre, c’était quelques semaines avant le premier tour de l’élection française ».
 

Le cas Macron, un pari éditorial


La décision de publier l’ouvrage « était de toute évidence un risque. ll pouvait ne pas passer le scrutin, et il a fallu le traduire et l’imprimer en toute discrétion. Mais tout s’est bien passé ».

 

Avec une première salve de 2000 exemplaires vendus, pour un ouvrage sorti le 28 avril dernier, le succès du livre n’est plus à démontrer. « A ce jour, nous en sommes à 7000 exemplaires vendus en librairies. Et 25 000 exemplaires de plus ont été placés pour les kiosques à journaux, en collaboration avec Il Corriere della Sera. » Depuis l’élection, « l’intérêt des Italiens pour l’ouvrage est croissant. Parce que c’est un livre qui possède un véritable fond, et fait des propositions concrètes ». 

 

Le partenariat entre La Nave et XO Editions coule finalement de source. « Chez XO, j’apprécie ce désir de trouver de grands conteurs d’histoires, dans la tradition du roman français. XO n’a pas peur des grands chiffres, sait défendre les livres qu’il aime, et que c’est pour cette raison qu’ils publient des livres : c’est la tâche de l’éditeur. » 

 

Et d’ajouter : « Bernard Fixot a écrit qu’un éditeur est “ambitieux et attentif”. Tout véritable éditeur, même depuis Manuzio, souscrirait à cette phrase : Festina lente ! » [adage de l’empereur Auguste, Hâte-toi lentement.]

 

En juillet prochain, c’est donc le livre de Bernard Minier qui sera traduit, N’éteins pas la lumière (Non accendere la luce, en italien). « Un page-turner extraordinaire », insiste Elisabetta Sgarbi.