De internet à la rémunération : être écrivain à l'époque numérique

Nicolas Gary - 13.11.2015

Edition - Société - écrivains numérique - rémunération société - condition travail


Le rapport avait été initié voilà plusieurs années, par le précédent président du Centre National du Livre, Jean-François Colosimo. Frédéric Martel s’engageait dans une réflexion sur le devenir de l’écrivain, et sa place. Il évoque tout à la fois la condition sociale et ses solutions de rémunérations. L’adaptation de l’auteur, à l’ère numérique, ne peut s’accompagner que d’une révision de son statut. 

 

Writer's Block

Alexkerhead, CC BY 2.0

 

 

Présenté en septembre dernier, le rapport vient d’être rendu public par l’établissement. On y traite globalement de ce que l’évolution technologique a perturbé dans un univers relativement stable. « Plus qu’aucune autre révolution technologique avant elle, la transition numérique s’accompagne d’une révolution des usages, notamment culturels », écrit Frédéric Martel.

 

Et un peu plus loin, il assène : « Je fais partie de ceux qui pensent qu’il n’y a aucune raison pour que le livre ne connaisse pas, comme le cinéma, la télévision, le jeu vidéo et la musique, une mutation sensible du fait de la transition numérique. Celle-ci a certes été plus lente que dans d’autres secteurs, mais elle n’en est pas moins inexorable, bien qu’elle puisse prendre d’autres formes et d’autres dimensions. »

 

Mais si l’auteur doit appréhender comme tous les artistes, les mutations numériques, c’est moins son œuvre que son métier qui évolue. Et voici que 25 propositions surgissent pour, soit autant de recommandations pour aider « les plus négligés aujourd’hui : les auteurs et les critiques ». Il revient ainsi sur la séparation des contrats d’édition entre papier et numérique, mais également sur les conditions de rémunération – pour le livre numérique :

 

il est indispensable que les éditeurs acceptent désormais, s’ils veulent sauver les auteurs, une forte augmentation des droits d’auteur qui étaient généralement compris entre 7 et 18 % et qui doivent passer dorénavant au minimum à 25 %, et potentiellement rapidement à une fourchette comprise entre 30 et 50 % du prix public HT de vente numérique.

 

 

Les propositions sont classées entre quatre approches : a) Propositions pour aider les auteurs ; b) Propositions pour aider les critiques et les sites de smart curation ; c) Propositions pour aider les auteurs et les éditeurs ; d) Propositions pour aider les libraires et les bibliothèques 

 

« Si je ne partage pas toutes les conclusions de ce rapport, j’estime néanmoins qu’il s’agit d’un travail sérieux et engagé qui mérite d’en débattre », assure Vincent Monadé, président du CNL.

 

« Ce rapport permettra de creuser de nombreuses pistes d’action. Certaines ont d’ailleurs déjà été explorées par le CNL ou les professionnels du livre, en matière de rémunération des auteurs ou de négociations interprofessionnelles (par exemple, le nouveau contrat d’édition signé entre le SNE et le CPE) », indique l’établissement.

 

Deux tables rondes organisées par Non Fiction seront proposées ce 19 novembre :  Le modèle économique de l’écrivain et L’avenir de la critique culturelle. Un prolongement des réflexions posées par ce rapport. 

 

L’ÉCRIVAIN « SOCIAL » LA CONDITION DE L’ÉCRIVAIN À L’ÂGE NUMÉRIQUE, Frédéric Martel