De jeunes italiens vendent les 500 € du Bonus culture de l'État : “Je lis pas.”

Nicolas Gary - 31.12.2016

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Le Bonus Cultura de Matteo Renzi, ex-Premier ministre italien, allait souffler un vent culturel frais sur la jeune génération. Confrontée à des biens souvent trop chers, notamment les livres, le gouvernement lui proposait une sorte de chèque-lire de 500 €. Que l’on pouvait dépenser en ligne ou hors ligne, et pas simplement pour acheter des bouquins, d'ailleurs. Mais l'appât du gain...

 

Giunti al Punto librairie

actualitte, cc by sa 2.0

 

 

Plusieurs groupes se sont rapidement constitués sur Facebook pour proposer assistance, conseils et aides, afin d’orienter au mieux les jeunes bénéficiaires de cette aide. Le Bonus Cultura devait en effet servir à acheter des contenus culturels, et stimuler l’intellect des jeunes de 18 ans, en leur accordant un crédit facilement dépensable.

 

Souvenirs d’Italie...

 

Alors que Matteo Renzi occupait encore le poste de Premier ministre, il avait introduit une mesure à travers la loi de Stabilité, créant un porte-monnaie numérique. Près de 575.000 jeunes de 18 ans allaient bénéficier à compter du 1er septembre, de 500 € à dépenser en œuvres culturelles – livres, musique, musée, cinéma, concerts, etc.

 

Le Bonus Cultura était accueilli avec enthousiasme, et tout était entièrement dématérialisé, afin de répondre aux habitudes des jeunes. Et son lancement devait être porté par un engouement massif pour les biens culturels.

 

Mais voilà, en Italie, on a le sens des affaires. Et même chez les plus jeunes. En effet, sur une place de marché, évidemment, numérique, un premier revendeur, puis d’autres se sont fait connaître. « Pour ceux qui sont intéressés, je vends un Bonus Cultura Renzi à moitié prix, pour l’achat de livres sur Mondadori, les sites Feltrinelli, Libraccio et Amazon », explique l’internaute.

 

Se faire un peu d'argent de poche, plutôt que de se culturer

 

Le dénommé Alex, à travers un groupe privé sur Facebook, dédié à l’échange et au commerce, transforme ainsi ses 500 € virtuels de culture en 250 € d’espèces sonnantes et trébuchantes, non moins dématérialisées. En quelques clics, son affaire et faite, et voici comment le bon d’achat de 500 € est transformé.

 

Et l’utilisateur sollicité par La Reppublica d’expliquer que son système est particulièrement ingénieux : les gens choisissent les livres, lui les commandes et les lecteurs lui reversent la moitié du prix des ouvrages achetés avec le fameux Bonus. « Pour eux, ça marche, parce qu’ils achètent à moitié prix, et pour moi, c’est OK, parce que je ne lis pas. »

 

 

 

Or, si le concept est bien mené, il ne plaît pas vraiment à tout le monde. La pratique est évidemment dénoncée comme illégale, et révolte une grande partie du pays. « Injuste, et nuisible à la communauté », explique-t-on. Et pourtant, cette escroquerie vis-à-vis de l’État italien semble simplissime.

 

"La honte de l'Italie"

 

Le Bonus Cultura, qui devait servir à investir dans l’avenir des jeunes Italiens, est soudainement « jeté aux ordures », peut-on lire dans les différentes réactions. D’autres déplorent que cette méthode de revente ne serve en réalité qu’à acheter des produits high-tech, plus populaires auprès des jeunes – comme l’iPhone. « Ils sont la honte de l’Italie et représentent le degré de bêtise où nous sommes tombés », s’indigne un commentateur.

 

Et bien entendu, la revente de cadeaux au lendemain de Noël est une pratique courante sur internet, et le Bonus Cultura de Renzi a pu apparaître à beaucoup comme une solution facile pour se faire de l’argent de poche... Difficile, dans ces conditions d’en appeler au sens civique des jeunes tout juste majeurs, qui profitent de cette manne.

 

Dans tous les cas, déplore-t-on, il s’agirait là d’une nouvelle manifestation du faible intérêt pour la lecture que cette génération manifeste. « Avant de donner de l’argent à fonds perdu, il importerait d’éduquer les jeunes à la lecture et à la citoyenneté », souligne une utilisatrice, qui a dénoncé cette pratique.

 

L’un de ces groupes, qui a servi a ces échanges commerciaux, sert par ailleurs à vendre, échanger ou acheter des livres. Et c’est avec une citation de Daniel Pennac qu’il accueille les utilisateurs : « Le temps de lire, comme le temps d’aimer, dilate le temps de vivre. » (tiré de Comme un roman)