De Jupiter à Macron : “Certains savent descendre de l’Olympe. D’autres non.”

Auteur invité - 20.04.2020

Edition - Société - Jupiter Macron crise - coronavirus Macron télévision - crise sanitaire Macron


La dernière intervention télévisée du Président de la République ne pouvait passer inaperçue. D’ailleurs, 36,7 millions de téléspectateurs l’ont suivie. Mais au fil de ce discours, que fallait-il retenir, précisément. Véronique Meter, écrivaine, revient sur cette téléspectaculaire prestation.
 
 

Erreur de ton


C’est complètement con cet acharnement sur un bronzage, un maquillage, un teint, un ton. 

Les commentateurs, contradicteurs, contre-courant de toute espèce se sont gaussés de la mine du Président. Incongruité en temps de confinement.

Sidération de tant de petitesses ?

Mais revient comme une petite musique, une sensation, un malaise profond, animal, du tréfonds de nos entrailles.
Son grain de peau, ce sourire secret, intime faisant briller les yeux tandis que ses poings serrés s’élevaient au-dessus de la table, mécaniquement, poursuivant la scansion, nous ont mis mal à l’aise.

Nous avons détourné le regard. Un instant. Comme une échappatoire. Pour se recentrer sur les mots. Le président contextualisait afin de rendre hommage aux âmes fortes, aux courageux, aux pas de choix, aux souffrants, aux accompagnants, aux morts, aux hôpitaux « nos hôpitaux, nos infirmières, nos éboueurs, nos caissières ».

Paroles indispensables, rassembleuses, évidentes. Pourtant, nous ont cruellement manqués les faits, les chiffres, le défaut de tests, la pénurie de masques, les aberrations et contradictions des paroles portées, le pourquoi oui ou du peut-être non de la Chloroquine, l’exemple de l’Allemagne et de ses cinq fois moins de morts, les pays qui travaillent encore et l’arrêt de notre économie.

Nous ont manqués les mots attendus et idéalement entendus comme la ponctuation d’un long travail, des grandes décisions, du sens aigu de la nation, des responsabilités. Nous ont manqués les stigmates des heures graves qui fatiguent les traits et transcendent le regard porté par un dessein plus grand que soi.

Au lieu de quoi, ce grain de peau, ce sourire intime, ce petit poing qui restait suspendu dans le vide quand était espérée une main large et forte, sûre d’avoir prévu les risques, anticipé les dangers, envisagé les erreurs, réamorcé le tir, protégé de toutes ses forces contre la mort, la maladie, les vampires et les sociopathes.

Une main qui protège et non ce petit poing qui brasse avec application, au bon tempo tandis que les vampires, les sociopathes nous conduisent tranquillement des limbes aux portes du non-retour.

Du courage, de la dignité, du devoir et du pouvoir gagnés au prix des hautes solitudes peuvent résonner les justes mots, ces mots qui impriment le collectif.

Certains savent descendre de l’Olympe afin d’être à la hauteur de l’Histoire. D’autres non.

 
Véronique Méter est journaliste, rédactrice



Commentaires
Excellent texte ! Fin et juste ! Merci AL pour ce partage.
Être à charge à ce point, pour une journaliste comme pour une enseignante...une énorme erreur de registre!
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