De l'Adelc française au Börsenverein allemand : l'Italie porte ses ambitions

Nicolas Gary - 13.05.2018

Edition - International - Italie éditeurs indépendants - Adelc France librairies - Börsenverein Allemagne mutualisation


#SalTo18 – La création de la nouvelle association d’éditeurs italienne, réunissant des maisons indépendantes, n’avait rien d’un hasard à quelques jours du Salon du livre de Turin. Entre les indés et le Salone, c’est une grande histoire d’amour qui s’écrit — et depuis des années.


Ambiance salon du livre de Turin
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

En marge d’une table ronde portant sur l’accompagnement dans la création de librairies ou de maisons d’édition, nous avons pu rencontrer Marco Pautasso, directeur des événements et activités culturelles de la manifestation. Ce dernier vantait en effet les mérites de l’Adelc, structure française d’aide aux librairies.

 

« Le simple fait qu’en France, on puisse distinguer, parmi les vendeurs de livres, des “librairies de création”, pour moi, c’est une pure merveille », nous indique-t-il. Lors de son intervention, il avait en effet repris l’histoire de cette association, fondée en décembre 1988. « À l’origine, c’est un regroupement d’éditeurs, Gallimard, Le Seuil, Minuit et La Découverte, qui ont décidé de soutenir les librairies », raconte-t-il avec enthousiasme.

 

Et d’indiquer qu’en l’espace d’une trentaine d’années, ce sont plus de 42 millions € qui ont été versés aux librairies françaises sous la forme d’aides diverses. Silence consterné et admiratif dans la salle.
 

Des ventes en croissance de 0,4 % :
l'Italie renoue avec les lecteurs


En Italie, « l’Adelc sous sa forme française ne pourrait peut-être pas voir le jour, mais nous pouvons imaginer des choses qui s’en approchent », reprend-il pour ActuaLitté. D’autant que le lien entre le salon de Turin et les librairies de la ville (autant que les bibliothèques au demeurant) est particulièrement fort. « En tant que manifestation nationale, nous pouvons réfléchir à la manière de rendre notre territoire plus accueillant pour les libraires. »
 

Turin, un centre de gravité pour l'industrie du livre
 

Depuis que Turin a été confié à l’auteur Nicola Lagioia, devenu commissaire général en 2016 pour l’édition 2017, la manifestation s’est non seulement relevée, mais a surtout pris une toute autre dimension. Et préparant d’ores et déjà l’édition 2019, le Salon du livre commence à plancher sur les moyens qui peuvent être mis en œuvre pour, à terme, créer une Adelc italienne.

 

« Nous avons ce projet sur la table, et après le salon, nous nous assiérons ensemble, pour en définir les lignes », poursuit-il. Après le crédit fiscal accordé aux libraires, de l’ordre de 4 millions €, ce projet s’inscrit dans un mouvement nouveau pour l’Italie. Comme une prise de conscience que la chaîne du livre doit se rendre plus solidaire.
 

Turin et les indépendants
Marco Pautasso (tout à gauche) - Stefano Delmastro (tout à droite) ActuaLitté CC BY SA 2.0

 


Or, au-delà de cette avancée qui serait majeure, il faut comprendre que Turin n’est pas simplement le rendez-vous annuel pour près de 170.000 visiteurs — et plus encore dans les rues de la ville, véritablement habillée de livres. En effet, en début de semaine, nous apprenions la création d’un nouvel organisme, l’ADEI –. Associazione Degli Editori Italiani. 
 

Les éditeurs indépendants d'Italie revendiquent
singularité et différence

 

Le pays comptait déjà une structure, l’AIE, mais les indépendants ont préféré disposer d’une voix propre. Si pour l’AIE, cette dernière n’apportera que confusion, les seconds ont en réalité des projets très ambitieux. Notamment parce qu’au sein de l’ADEI, on compte l’association des Amis du Salon du livre de Turin.

 

Stefano Delmastro, de Scritturapura Editore, est membre de l’ADEI. Pour lui, non seulement l’idée d’une Adelc italienne est loin d’être inconcevable, mais plus encore, « tous les projets de mutualisation de nos ressources importent : le rêve d’une librairie indépendante forte, on le voit poindre partout ».

 

Et bien entendu, on vise les projets les plus grands, permettant de connecter éditeurs et libraires, avec le soutien d’un salon. On comprend bien que le modèle allemand du Börsenverein est en vue : cette organisation professionnelle réunissant éditeurs et libraires semble bien l’une des réalités qui intéressent l’ADEI.

D'autant que le Börsenverein pilote l'une des plus grandes foires du livre d'Europe, spécialisée dans les relations professionnelles et la vente de droit, la Frankfurter Buchmesse. Le parallèle avec Turin devient d'autant plus percutant.

 

« Pour le moment, il serait présomptueux d’affirmer que nous allons créer quelque chose d’aussi important que le Börsenverein. Cependant, voilà quelques années, une association d’éditeurs indépendants était impensable, et nous l’avons fait », indique Stefano Delmastro.

 

Et de conclure : « Nous travaillerons avec les personnes qui le souhaitent : pourquoi ne pas intégrer des librairies à l’avenir ? Rien n’est finalement impossible. » Evidemment, l'AIE pourra ne pas voir ces aspirations d'un bon oeil : son président, Ricardo Franco Levi déplorait déjà une division dans les rangs des éditeurs. Mais la diversité, si elle entraîne une dynamique, est-elle à redouter ?




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