De l'Interim dans la fonction publique : les dents grincent

Clément Solym - 14.05.2008

Edition - Société - intérim - Fonction - publique


« C'est une pratique qui existe déjà dans les hôpitaux. Il s'agit de lui donner une base juridique et de l'étendre aux autres fonctions publiques (État, territorial) », explique un responsable de la Fonction publique. Alors voilà : l'intérim pourrait être généralisé, un projet de loi qui ne manque pas de faire réagir les syndicats. Le Palais Bourbon examinera en juin le projet sur la mobilité des fonctionnaires — adopté par le Sénat le 29 avril dernier. Dans ce texte, l'article 10 présente quatre hypothèses pour lesquelles l'intérim représente une solution :
  • remplacement momentané d'un agent (congé maternité, maladie, temps partiel)
  • vacance temporaire d'emploi
  • accroissement temporaire d'activité
  • besoin occasionnel ou saisonnier
« Une opportunité, pas une obligation »En l'état, le contrat se bornerait à des missions de 9 à 18 mois, avec renouvellement, extensibles à 24 mois si le poste a cours à l'étranger. Mais André Santini, secrétaire d'État à la Fonction publique le précise, cet élément « est une opportunité, ce n'est pas une obligation ». Plus généralement, « cette mesure doit limiter la reconstitution d'un volant d'emplois précaires dans les administrations » et ciblerait « plutôt des emplois de type secrétariat, mais il est clair que pour des métiers comme ceux de l'Éducation nationale ou de la Police, ce n'est pas adapté ».

Dans les hôpitaux, on a évalué à 142.000 pour 2006, les jours interimés, soit 20.000 pour l'administratif, 100.000 pour le paramédical, et 22.000 pour le corps médical.

Intérimaire de l'entourloupe, pour les syndicats

Sauf qu'on ne la joue pas à l'envers aux syndicats qui ne voient là qu'un moyen détourné de ne pas remplacer les départs à la retraite à compter de 2009. « L'intérim c'est le dernier recours, il n'y a aucun intérêt à étendre cette pratique sauf si l'objet, c'est de répondre à des orientations politiques, à savoir réduire le nombre de fonctionnaires » selon Bernard Sagez de la CFTC. De fait, « les agents de la Fonction publique sont nettement moins chers: le coût d'un intérimaire représente 2,3 fois le salaire d'un agent titulaire ».

Côté CGT, Jean-Marc Canon tire la même sonnette d'alarme : pour lui, on « augmente les possibilités de recours aux agents non titulaires avec ce projet de loi tout en nous disant qu'il va réduire la précarité ». « Je n'ai jamais vu que des agences d'intérim soient synonymes de stabilité et de gestion pérenne de l'emploi. » Et la FSU d'enfoncer le clou, car, « au lieu de résoudre les situations de précarité vécues par des dizaines de milliers d'agents contractuels, le gouvernement entend externaliser les missions de remplacement ».