Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

De la place pour les libraires et Amazon au Royaume-Uni

Clément Solym - 07.10.2013

Edition - Librairies - librairies Waterstones - Royaume-Uni - Amazon


Le grand patron de la chaîne de librairies britanniques Waterstone, James Daunt, a défendu dans le Guardian sa position de courageux outsider, face à Amazon, après avoir longtemps fait figure de bad boy dans l'industrie du livre. Le libraire que l'on aimait haïr est devenu celui qui reçoit le soutien de chacun, tant les éditeurs se désespèrent de voir fermer les établissements indépendants.

 

 

Waterstone's - Stephenson Street

ell brown, CC BY 2.0

 

 

Recrcuté par Alexander Mamut, le riche milliardaire russe, James Daunt est arrivé voilà deux ans, pour redresser la barre d'établissements en perdition. Les ventes chutaient, et Daunt considère rapidement que les employés ont perdu de vue l'essentiel de leur métier : découvrir ce que veut le client. Après plusieurs remises en cause de l'ancien modèle et de nombreuses réformes menées dans la chaîne, Daunt a refaçonné le modèle économique de Waterstones.

 

Pour exemple, il a supprimé les équivalents remises de l'ordre de 27 millions £, que les éditeurs pratiquaient pour bénéficier de mises en avant spécifiques et privilégiés. « Maintenant, nous ne sommes pas payés un sou pour faire quoi que ce soit, nous faisons les mises en avant, parce que nous apprécions les livres », estime-t-il. Cette année, la perte sera inférieure aux 37 millions £ des derniers mois, mais Daunt s'attend à ce que sa politique soit payante.

 

L'an prochain, la firme devrait renouer avec les bénéfices, après avoir rendu ses librairies plus attractives. Même en ayant introduit ce que certains appellent « le loup dans la bergerie », en apportant le Kindle dans ses magasins. Mais Daunt ne le voit pas de ce point de vue : selon lui, c'est une autre manière de donner aux clients ce qu'ils souhaitent. Lui-même est convaincu que seule une minorité des lecteurs abandonnera les livres papier complètement. 

 

Et sur la question de la licence d'utilisation ? « Vous ne possédez pas le livre, effectivement, vous le louez. Vous ne pouvez pas le mettre sur votre étagère... Certaines personnes oublient ce qu'elles lisent sur des lecteurs ebook, car un élément majeur de la chose est que le livre n'est pas là. » 

 

Quant à Amazon ? « C'est une entreprise étonnante efficace. Elle fait ce qu'elle fait impitoyablement bien. Je n'ai jamais été effrayé par Amazon. J'ai toujours respecté cette société pour ce qu'elle fait. Mais je pense qu'ils font quelque chose de différent. » L'avenir existe donc pour les librairies de rue, dans une cohabitation qui serait la même que celle du papier et du numérique ?