De la poésie en Irak : entre champs de mines et épaves de voitures piégées

Cécile Mazin - 11.05.2015

Edition - International - poésie Irak - violence guerre - happenings artistes


C'est France 24 qui raconte cette histoire invraisemblable : ils sont Irakiens, et ont choisi de dénoncer la violence en cours dans leur pays en déclamant de la poésie au milieu d'un champ de mines. Les poètes, à court de mots pour parler de la violence choisissent d'aller défier la mort...

 

 

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Heimo Liendl, CC BY ND 2.0 

 

 

Originaires de Babil, ville située au cœur du pays, ils réalisent des happenings en vidéos. En avril 2014, ils ont diffusé un message simple : on compterait 28 millions de mines en Irak, réparties sur l'ensemble du territoire. Des armes meurtrières, mais qui surtout mutilent les populations. La Croix-Rouge internationale ne cesse de tirer la sonnette d'alarme contre ces armes logiquement interdites – des conventions, des protocoles, se sont multipliées depuis une vingtaine d'années, pour tenter de lutter contre ce fléau. 

 

« Nous avons choisi les mines, car le quart de toutes les mines terrestres au monde se trouvent sur le sol irakien. C'est hallucinant ! Mais la violence ici s'est tellement banalisée, on ne s'en rend pas compte », explique le collectif de poètes. « D'habitude, les poètes écrivent. Les poètes irakiens écrivent beaucoup sur les attentats, la mort. Mais pour nous, parler ne suffit plus. Pour dire l'indicible, nous avons senti qu'il fallait passer de l'écrit à l'action. Il fallait se frotter à la mort, et ne pas se contenter d'en parler. »  

L'Irak est aujourd'hui encore un pays en guerre. Les habitants en ont assez de cette violence, de cette insécurité, qui gangrène le pays depuis des dizaines d'années. Alors aux armes, notre Observateur répond avec des mots. C'est un poète, mais un poète vous allez le voir, qui est près à risquer sa vie, pour faire passer son message.

 

 

 

Mais cette poésie peut également se déclamer à l'intérieur des ruines d'une voiture piégée, dont seule l'épave reste encore debout. « En Irak, à la périphérie de chaque ville, il y a aussi un cimetière d'une autre sorte, où sont rassemblées les voitures qui ont explosé dans des attentats. Après notre expérience à Najaf, nous nous sommes donc rendus dans l'un de ces cimetières situé dans la région d'Al-Kifl, dans la province de Babil », poursuivent-ils. 

 

Leur dernière action a été de lire de la poésie, visage et corps bandé, pour simuler les dégâts des mines, depuis une ambulance.

 

 

 

 

Le Comité international de la Croix Rouge avait envoyé cinq photographes à travers cinq pays, Bosnie-Herzégovine, Irak, Laos, Mozambique et Nicaragua. Chacun devait revenir avec des images pour témoigner de ce que les mines, restes des conflits armés, occasionnent. « Les images qu'ils ont ramenées racontent l'engagement exemplaire de tous ceux qui participent aux opérations de déminage, l'angoisse de la population, mais aussi la résilience dont font preuve les personnes ayant survécu à un accident dû à ces armes. »