De la police en librairie aux auteurs félons : l'amende amère

Clément Solym - 16.11.2020

Edition - Justice - Amendes auteurs libraires - police librairies auteurs - Alexandre Jardin amendes


La police qui débarque chez une libraire, des auteurs qui montent une fronde pour s’interposer entre les librairies et l’État… voici la douce France dans laquelle nous pataugeons. Évidemment, les mesures sanitaires imposées par le gouvernement rejaillissent, mais l’absurde où le pays est plongé atteint ses confins. Joyeux, pour des confinés.


 

La semaine passée, Florence Kammermann, recevait la visite de la police : particulièrement remontée, elle avait expliqué à différentes reprises sur ses réseaux qu’elle maintiendrait son établissement ouvert. Dans un premier courrier à Emmanuel Macron, elle se plaçait sous l’aile de Boris Vian, pour indiquer qu’elle allait déserter.
 

Police nationale...


Puis, après quelques jours et l’intervention de Jean Castex pour confirmer que les commerces resteraient sous le coup d’une contrainte de vente, elle s’interrogeait : « Avons-nous basculé vers un régime totalitaire ? »

Probablement n’en fallut-il pas plus pour attirer l’attention des policiers, venus pour constater qu’elle avait choisi la désobéissance, affirmait-elle à l’AFP. Le tout revendiqué comme un « acte militant pour le livre, la liberté d’expression, notre culture, mais aussi une nécessité. On ne pouvait pas se permettre un deuxième confinement, ça aurait été la liquidation avant la fin de l’année ».

Une situation que d’autres avaient vécue — comme la librairie Tschann située à Montparnasse, qui avait écopé de deux amendes déjà. Rappelons que le non-respect des consignes est passible d’une amende de 135 €, avec une majoration de 1500 € en cas de récidive. Et que passées trois infractions, la douloureuse se chiffrera avec 6 mois de prison et 3500 € d’amende.
 

Payer les pots cassés


La libraire avait d’ailleurs bénéficié de divers soutiens, comme Didier van Cauwelaert, Jean-Baptiste Andréa, ou Alexandre Jardin. Et le maire de Cannes, où se trouve Autour du livre, David Lisnard, s’était rendu à la librairie pour acheter un ouvrage, en soutien. D’ailleurs, Van Cauwelaert s’est engagé à payer l’amende, dans l’hypothèse — que nous ne sommes pas parvenus à vérifier — où elle en écoperait. Mais le ridicule est bien là : symboliquement, la police qui verbalise une libraire relève du sketch.
 


Alexandre Jardin n’en est d’ailleurs pas resté là : sur Europe 1, il prend un engagement plus ferme encore. « Un État n’a pas le droit moral de fermer des librairies. Le métier de l’État est de favoriser la pensée, la culture. Nous sommes les seuls en Europe à avoir des librairies fermées », explique-t-il. Et de refuser à quelque gouvernement que ce soit, la légitimité de limiter la vente de livres de la sorte.

Il affirme également qu’il prendra en charge le coût de l’amende, et que les auteurs se succéderont pour les payer : « Nous n’acceptons pas que des flics débarquent pour faire fermer des librairies. » La librairie, zone de non-droit pour les forces de l’ordre ? 

C’est probablement ce qu’Olivier Nora, directeur de la maison Grasset, avait à l’esprit, tout en entretenant la confusion. Certes, empêcher les librairies d’accueillir du public est une idée qui s’interroge. Pour autant, on parle trop hâtivement d’une fermeture de ces commerces : ce n’est pas le cas, tant s’en faut — et heureusement : la période novembre/décembre représente jusqu’à 25 % du chiffre d’affaires de la librairie…
 

Communication à faible coût ?


Pourtant, ce qui ressemble à une bonne intention apparaît auprès de nombreux auteurs comme une détestable posture. Xavier Collette, alias Coliandre, déplore que Jardin fasse « son chevalier blanc pour soutenir les librairies. On le voit quand pour soutenir les auteurices quand ielles se débattent pour défendre leurs droits ? » 

Et il n’est pas le seul : MX Cordelia, écrivain et vidéaste enfonce le clou. « Non mais les écrivains pétés de fric là, ils veulent pas faire un don aux associations d’auteurs au lieu de faire des opérations de comm ? […] T’as 80 % de la profession qui crève la gueule ouverte et puis t’as 100 richous là qui font des chèques. »

Et Christelle Da Cruz résume sans ménagement : « Mais il vit sur quel planète lui ? Ils croient que toutes les autrices et auteurs ont des DA de malades ou bien ? Putain mais c’est quelle taille son ego pour pas voir que tous les gens de la profession sont pas pétés de blé ? » Et d'ajouter : « Plus le confinement avance et plus je fais du tri parmi les auteurs et autrices français qui racontent de la merde dans le but d'obtenir la réouverture des librairies alors qu'ils sont très très loin des problématiques de leurs confrères/consœurs. Vous êtes écœurants. »


crédit photo : ActuaLitté CC BY SA 2.0 - Tout va bien, Mana Neyestani


Commentaires
Le problème de la fermeture des librairies rejoint justement celui du combat des auteurs pour obtenir le droit d'exister. La raison pour laquelle le livre ne figure pas dans l'esprit de la majorité des membres du gouvernement comme un bien essentiel est la conséquence, le résultat logique, de l'indifférence que nous opposent les gouvernements successifs depuis des années. Tout ce bruit autour de la réouverture des librairies et pour moi intrinsèquement lié, et donc souhaitable, à la reconnaissance de notre statut.



La soudaine popularité en France de la librairie est la première vague que nous devons et allons enfin pouvoir surfer. Qu'Alexandre Jardin s'engage ou pas pour les auteurs, peu importe, je trouve idiot de lui faire un procès. Comme de reprocher à un sapeur de ne pas se battre. Nous sommes tous dans le même combat.
Sans tomber dans des raccourcis un peu gênants (soutenir les auteurs seraient une condition incontournable pour soutenir les libraires?), j'ai bien hâte du jour où l'industrie du livre va soutenir les auteurs... qui sont la fondation sans laquelle toute l'industrie du livre s'écroule.
Incroyable, des gens sont sanctionnés parce qu'ils ne respectent pas les règles établies. On est vraiment dans un régime totalitaire. Qu'est ce que ce sera la suite ? L'Etat qui nous force à porter une ceinture de sécurité en voiture contre notre volonté ? Qui nous interdit de fumer dans les lieux publics ? Ou bien pire : qui nous impose de payer des cotisations sociales et des impôts pour financer des services publics ? Le tout au nom de notre santé bien sûr. Mais où va le monde ? Quand nous libérerons-nous enfin de cette oppression étatique et illégitime ?
« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux. » Benjamin Franklin.

Vous avez le droit de choisir de servir un maître qui vous enferme : laissez aux autres le droit de trouver cela totalitaire.
Ce qui semble apparaître...la rancoeur de qui n'est pas (encore ?) célèbre devant quelques écrivains à succès «pétés de blé»...!

Moi je ne trouve pas pertinent de cracher sur le succès par principe..!

Parce qu'on n'a pas pu (encore) l'obtenir soi-même.

Mais certes des gens sans aucun talent peuvent en avoir pour de mauvaises raisons...

Pas tous !

Et pourquoi faudrait-il faire des dons à des associations d'auteurs ?

Si demain j'écris un livre, j'espère en vendre un peu, en sachant que cela n'a rien d'évident.

Je sais sur quelle (non «quel») planète nous vivons.

Assez d'amertume agressive svp !

Moi cela ne me donne pas envie du tout, ce genre de posture.

On n'attire pas les mouches avec du vinaigre.

Désolé, je m'exprime franchement...

Je sais que les librairies ne peuvent mettre tous les innombrables livres qui paraissent en valeur.

Et que donc cette cause des libraires n'est pas défendue de la même façon par tout le monde.

Chapeau aux écrivains qui se mobilisent: leur compte en banque est hors sujet !



CHRISTIAN NAUWELAERS
Toc, pourquoi dans mon pays,la Belgique, les librairies restent-elles ouvertes alors que la situation sanitaire est très mauvaise ?

Les «règles établies» peuvent être des décisions improvisées, pas toujours judicieuses et qui peuvent parfaitement faire l'objet de critiques et même d'une opposition !

Enfin en démocratie du moins ou ce qu'il en reste encore.

Où l'esprit de soumission intégral n'a pas à être imposé comme en dictature.

CHRISTIAN NAUWELAERS
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