De la rareté des bonnes scènes de sexe dans la littérature

Julien Helmlinger - 06.03.2013

Edition - International - Julian Barnes - Sexe - Littérature


L'auteur anglais Julian Barnes, lauréat du Man Booker Prize édition 2011 et également publié sous le pseudonyme Dan Kavanagh, est actuellement l'invité de plusieurs chaînes de radio britannique pour évoquer le propos des scènes de sexe dans la littérature. Et selon l'expert, le procès ayant visé en 1960 Lady Chatterley's Lover pour allégations de « publication obscène », et ayant abouti à l'acquittement, aurait ouvert la voie à une recrudescence des descriptions érotiques plus crues, et d'une certaine redondance des clichés. 

 

 

 Crédits : julianbarnes.com

 

 

L'obsession érotique dans la littérature serait désormais stimulée par une faim toute commerciale, selon Julian Barnes, et les écrivains subiraient une pression croissante les incitant à inclure des scènes de sexe explicites dans leurs livres. Celles-ci remplaceraient peu à peu les « traditionnels euphémismes », un phénomène illustré par la déferlante Fifty Shades of Grey.

 

Une tendance qui, pour l'écrivain, risquerait de voir les auteurs contemporains de plus en plus moqués à l'avenir par les générations futures de lecteurs. Il énumère trois pièges que tout auteur doit éviter lorsqu'il entend rédiger des scènes érotiques : il s'agirait d'éviter l'écriture trop pornographique, trop facétieuse ou trop solennelle... et de rejoindre Tom Wolfe parmi les habitués des nominations aux Bad Sex in Fiction awards.

 

Barnes confie néanmoins que de nombreux auteurs auraient peur du jugement de leurs lectorats, et de l'éventualité que l'on croit qu'ils écrivent sur leurs propres expériences sexuelles personnelles. En découleraient parfois une certaine pudeur, et l'habitude d'utiliser le registre comique pour éviter de se voir taxé de « solennité » ou d'être un « moralisateur ».

 

Un terrain littéraire trop peu aventureux au goût de l'écrivain, qui affirme : « Le ton comique pousse inévitablement vers le mauvais sexe. C'est ... peut-être impossible, d'être drôle à propos du bon sexe, mais avec le mauvais sexe le champ est largement ouvert. C'est l'embarrassante éjaculation prématurée, cette humiliante attaque de l'impuissance, la mauvaise culotte, l'incertitude sociale du qui, du où, du quand, du comment et d'à quelle fréquence. Il s'agit d'un territoire sûr pour le romancier - peut-être trop sûr. »

 

Selon Barnes, il serait temps d'accorder à la littérature ses Good Sex in Fiction awards, et renouer avec un érotisme plus subtil.