De la télé à la radio, comment Roselyne Bachelot “opéra”

Nicolas Gary - 07.07.2020

Edition - Société - Roselyne Bachelot ministre - audiovisuel Roselyne Bachelot


Le 30 juin dernier, Roselyne Bachelot était invitée sur France Inter pour L’été comme jamais. L’émission de Dorothée Barba avait pour thème « Une vie après l’autre ». En compagnie du réalisateur de documentaire, Nans Thomassey, était évoqué le changement de vie, avec ce résumé : « Roselyne Bachelot nous montrera qu’il y a une vie après la politique. » Une semaine plus tard, l’intéressée intègre la rue de Valois, succédant à Franck Riester.

Visite du club France et de la ministre des sports Madame Bachelot
 

L'éloignement de la vie politique de Roselyne Bachelot n’aura pas tout à fait duré à une décennie. D’ailleurs, interrogée par France Info, elle assure qu’elle ne voulait pas revenir, mais que Jean Castex a su trouver les mots, et le bon ministère, pour la convaincre : « Je réponds d’abord non. Et il me dit que c’est pour être ministre de la Culture. Et je lui réponds là, tu me fais craquer. »

Ex-députée européenne, députée française, conseillère générale du Maine-et-Loire, docteur en pharmacie, la ministre avait fréquenté l’écologie, le développement durable, la santé, les sports, ainsi que les Solidarités et la cohésion sociale avant d’arriver rue de Valois. « Une médecin à la Culture, c’est dire si l’on est entré dans une période de soins intensifs », plaisante un éditeur.
 

Médias, conseil, et opéra


Mais depuis mai 2012, l’intéressée n’a pas chômé : elle a notamment monté RBN Conseil, société « spécialisée dans le secteur d’activité du conseil pour les affaires et autres conseils de gestion ». Il s’agit là des initiales de la ministre, Roselyne Bachelot-Narquin. D’ailleurs, éloignée de la vie politique, aucune information ne se retrouve sur le site de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique à cette heure. Pas plus que pour son collègue le Garde des Sceaux, Éric Dupont-Moretti. 

De fait, les ministres ont simplement déposé leurs déclarations, et la Haute Autorité a la possibilité de jeter un regard, ou non. « Comme souvent, la première déclaration contient des erreurs, il est souvent recommandé d’en proposer une nouvelle », explique un visiteur du soir. 

Pour l’instant, évidemment, puisque l’exécutif a fait en sorte d’examiner tout le détail des futurs ministres, pointe France Info. Et que les ministres ont communiqué au chef du gouvernement « l’ensemble des intérêts qu’ils ont eus à connaître, au-delà de la période de cinq ans prévue par la loi ». 

Des déclarations vérifiées par la HATVP, avant la nomination. La mise en ligne ne devrait donc pas traîner. 

Or, cette société de conseil en affaires et gestion pourrait-elle laisser planer une ombre sur la nouvelle locataire de Valois ? Le cabinet a accompagné des personnalités du monde de la culture – comme Peter Van der Leeuw, qui en atteste dans la brochure de présentation des stages commercialisés. Mais rien de bien méchant. Lesquelles formations sont d’ailleurs dispensées par le chanteur lyrique français, Jean-Philippe Lafont.

Avec lui, Roselyne Bachelot avait produit un livre audio, Verdi amoureux, publié en novembre 2013 par Flammarion. La chose ne pourrait que confirmer un goût déjà revendiqué pour l’opéra par la ministre. On apprend en revanche que Lafont fut coach vocal d’Emmanuel Macron. Enfin, ajoutons qu’à titre d’entrepreneuse individuelle, Roselyne Bachelot dispose également d’une entreprise « spécialisée dans le secteur des activités des organisations politiques ».

Ce qui deviendra plus intrigant, durant ces années de pause politique, se retrouve dans les années passées dans les milieux de la télévision — avec D8 — ou de la radio — RTL, RMC ou encore… France Culture. Roselyne Bachelot y a tenu une fort jolie chronique dès septembre 2016, autour de la musique, bien entendu. Et dont elle fut la productrice, semble indiquer la station. 

Reconvertie dans l’audiovisuel, durant huit années, elle comptait d’ailleurs parmi les Grosses têtes de Laurent Ruquier, anima 100 % Bachelot, son propre talk-show, sur RCM entre 2016 et 2017, et précédemment, coanimait Le Grand 8, sur D8, de 2012 à 2016. 
 

Le cas “Nyssen” qui plane


Pas véritablement issue de la société civile, retirée de la vie politique depuis moins d’une dizaine d’années, il est difficile d’imaginer que Roselyne Bachelot puisse être victime d’un conflit d’intérêts comme le fut Françoise Nyssen, la patronne d’Actes Sud. Pourtant débauchée de sa maison d’Arles, l’éditrice fut fauchée en plein vol quand elle occupait le poste de ministre de la Culture — et se vit retirer tous les dossiers afférents à l’économie du livre. 

« De quel crédit disposera-t-elle désormais, à présent qu’on lui a enlevé la légitimité d’intervenir sur certains sujets de l’économie du livre », s’interrogeait un proche du dossier quand en juillet 2018, Françoise Nyssen fut sanctionnée ? En attendant d’en apprendre plus dans la déclaration de la nouvelle locataire de Valois, il faut imaginer que le passé audiovisuel de Roselyne Bachelot ne prêtera pas le flanc à de pareilles restrictions. 

Dans le cas de la nouvelle ministre, les circonstances diffèrent suffisamment. « Producteur, sur France Culture, est une sorte de titre usurpé : aucun budget n’est géré ni confié. Quant à RMC, l’antenne n’a pas souvent confié à des producteurs externes le soin de leur vendre des émissions », assure un spécialiste des médias. « Mais le président a su montrer qu'il avait une capacité significative à se désolidariser de celles ou ceux qui ont fait leur temps. »

Et notre interlocuteur de sourire : « On peut d’ailleurs très bien dire qu’elle dispose d’une certaine connaissance de l’univers audiovisuel qui lui servira dans les discussions à aborder. C'est une question de présentation. Après tout, Françoise Nyssen avait surtout été victime d'être une candidate trop bien choisie, pour le poste. »

Roselyne Bachelot a déclaré vouloir « mettre la culture au cœur du plan de reconstruction de notre pays », comme elle l’indiquait dans son discours de passation avec Franck Riester : elle aura entre autres le dossier audiovisuel sur les bras. Et les médias dans son portefeuille ministériel…

Chance : la ministre semble décidée à donner suite au Rapport Racine. Il serait regrettable que ce volet-là soit de nouveau enterré trop rapidement.


photo : Association United Media, CC BY 2.0


Commentaires
Faut pas trop espérer, une grosse dinde foutue dans un panier de crabes ça n'a jamais fini autrement q'en chair à canon. On a pas fini d'se gondoler (ho ho ho!!)
Dans la mesure où depuis 15 ans de toute façon toutes les questions liées à la culture sont réellement traitées par les industries qui n'en partagent que le nom, peu importe la gueule de la marionnette...
Ça n'est bien sûr pas la femme que je traite de "dinde" mais bien la figure politique qu'elle incarne et nous impose.
Quel dommage que Monsieur Castex n'ait pas eu le temps de lire le dernier numéro de Télérama, il foisonne d'idées, de propositions et même d'un excellent candidat pour la culture... Quant à Madame Bachelot, elle doit une fière chandelle au Covid 19 qui lui a donné de multiples occasions de s'auto-réhabiliter...
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