De natura rerum : à Arles, une librairie dédiée au monde antique

Nicolas Gary - 04.07.2018

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Sous les auspices d’un certain Lucrèce, une fameuse librairie se profile à Arles. Si les Romains étaient plutôt des buveurs de bière, l’endroit n’hésite pas à brasser les cultures. De natura rerum attend les adeptes de la culture antique, avec une belle diversité.

 

 

César en son temps le disait : « Si vis pacem, para librum », ou presque. Située non loin des Arènes, la librairie De natura rerum [De la nature des choses, livre majeur du philosophe épicurien Lucrèce, NdR], propose tout à la fois une galerie photo, un lieu spécialisé dans les mondes de l’Antiquité, ainsi qu’une cave à bières régionales – à emporter.
 

Au menu, des ouvrages dont la tranche rappellera aux élèves de Lettres classiques leurs jeunes années universitaires : Les belles lettres, proposant des textes bilingues latin et grec ancien, occupent une place de choix. Mais pas que, et très loin de là ! 

 

On retrouve des ouvrages sur les Romains et la mode, ou encore l’invitation de Jacques Trémolet de Villers à prendre un verre, En terrasse avec Cicéron. D’autres plongent dans l’archéologie, confrontant l’imaginaire qui s’est développé autour d’Alésia, ou encore un cahier pour les 8 ans, pour expliquer ce que peut être ce métier.
 

Le monde antique, littéralement et dans tous les sens

 

Anne Pellegrini, cofondatrice de la librairie avec Nicolas de Lavergne, affiche une passion ouverte « pour l’Antiquité ». Diplômée de philosophie et de Lettres modernes, elle avait complété sa formation avec la faculté de théologie protestante à Paris, « j’ai profité de l’enseignement extraordinaire de Thomas Römer, aujourd’hui professeur au Collège de France, à la Chaire Milieux bibliques ». 




 

Et puis, de l’épigraphie, un passage de plusieurs années à la librairie Budé des Belles Lettres, ainsi qu’un séjour au Caire, « mais plutôt orienté vers l’Égypte contemporaine. Cela m’a tout de même replongée dans le monde antique : la présence des pyramides, tout de même... » De retour en France, Anne Pellgrini enseigne durant six années en Seine-Saint-Denis, avant de partir pour Arles.

 

« C’était incroyable, que, spécifiquement à Arles, on ne trouve pas de librairie spécialisée dans le monde antique ! » Dès l’hiver 2017, elle se met en route. Avec Nicolas de Lavergne, qui a étudié les écoles coraniques en Égypte, licencié en Lettres classiques, et travaille depuis dix ans dans la communication scientifique numérique. le binôme recoupe largement le monde antique.

 

Lucrèce, un Saint patron 

 

Pas évident, avec un pareil nom, d’évoquer immédiatement une librairie. « Au début, nous avions pensé à La Païenne, mais finalement, cela semblait trop clivant », explique Anne Pellegrini. « Lucrèce nous donne une prise de distance humoristique : quelle est la nature des choses ? C’est une belle question à poser, non ? De natura rerum suscite l’interrogation et le dialogue, et nous avons été très bien accueillis. »

 

À terme, la librairie disposera d’un millier de titres référencés, pour le moment essentiellement composés du fonds des Belles Lettres. Bien entendu, les éditions Errances, spécialisées dans l’archéologie et l’histoire ancienne, seront présentes. « Je cherche tout ce qui touche à la culture antique et plus spécifique à la vie concrète, dans tous ses aspects : architectures, médecine, agriculture... »

 

Hésiode à l’honneur, cela ne manquerait pas de charme dans une librairie ! « À Arles, j’ai rencontré un intérêt particulier pour les techniques anciennes. Et le brasseur avec lequel nous travaillons m’a d’ailleurs demandé des livres spécifiques. » Avec le temps, la librairie s’ouvrira certainement à l’occasion, un véritable marché pour les livres en latin et grec.

 

La bière... justement, quel paradoxe ! « Nous avons découvert en Europe centrale et Europe de l’Est des bières artisanales. De retour en France, nous étions dégoûtés par la production industrielle. Aussi, dans une forme de relocalisation et pour le plaisir de faire découvrir les brasseurs du coin, nous nous sommes tournés vers ces bières. » 


 

Certes, on est loin du patrimoine latin immédiat, mais Lucrèce l’épicurien, dans sa recherche du bonheur et de la sagesse menant à l’ataraxie, n’en tiendra certainement pas rigueur. « Fin août, il y a une semaine spéciale, où nous allons proposer de la cervoise, en présence d’un chercheur du CNRS et d’un spécialiste de la fermentation. » La librairie mène à tout, de même que tous les chemins menaient à Rome, en somme.

 

L'oeil sur la Camera
 

À côté de la librairie, la galerie propose une ligne éditoriale avec des œuvres directement inspirées de l’Antiquité, et pour compléter cette offre, l’éditeur Bruno Bonnabry-Duval propose sa revue Camera. « Tout est parti d’une rencontre. Arnaud du Boistesselin a publié dans notre numéro spécial Égypte, et nous avons rencontré Anne et Nicolas à cette occasion », explique-t-il.

 

« J’ai trouvé que leur concept même de librairie spécialisée où se retrouvent des bières artisanales ouvrait un nouveau champ culturel à Arles. Un lieu pareil, spécifiquement en cette période des Rencontres de la photographie, c’est incroyable. » Et pour ajouter la dimension archéologique, lui-même propose les 120 numéros de la revue Caméra, entre 1961 et 1971.

 

Camera, c’est à l’origine une revue dédiée à la photographie : née en Suisse en 1922, alors que se développe l’idée que la photo peut ne pas être un simple support de reproduction, mais un média artistique à part entière. « L’éditeur Buchet, à l’origine, en fit la référence en Europe continentale, dans les années 40/50, pour le milieu. Elle cessa de paraître quand l’imprimeur en devint propriétaire. Le tirage qui se faisait sur héliogravure et typo s’accommodait mal des nouvelles machines off-set. »

 

Reprise en 2012 pour redonner la parole aux photographes, avec un spectre intergénérationnel, « nous évoquons les maîtres passés et les jeunes talents actuels ». Le prochain numéro portera sur la Méditerranée. 



 

Quant à De Natura rerum, elle profitera de l’effervescence locale pour trouver des partenariats – des associations de légions romaines, des enseignants de lettres classiques, l’activité ne manque pas. « Dès le soir de l’inauguration, on nous demandait s’il serait possible de faire des conférences. Mais avec plaisir ! », s’enthousiasme Anne Pellegrini. 

 


De natura rerum, le site
De natura rerum
50 Rue du Refuge
13200 Arles




Commentaires

belle initiative! professeur de lettres classiques à la retraite et exégète du Nouveau Testament, si vous vous ouvrez à loccawion, jaurai du materiel! tous les ouvrages en usage dans les années 65-74 en fac de lettres!

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