De nouvelles économies pour les institutions culturelles

Cécile Mazin - 17.10.2013

Edition - Bibliothèques - économie - culture - institutions culturelles


La semaine passée, le ministère de la Culture et de la Communication a dévoilé un appel à projet concernant les institutions culturelles. Visant à mettre en place de nouvelles économies pour les bibliothèques publiques et les musées, le Département des études, de la prospectives et des statistiques propose de remettre avant le 8 novembre les projets de recherche. 

 

 

Ministère de la Culture et de la Communication

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Il s'agit de remplir les trois missions qui sont assignées aux établissements, autour de la « responsabilité de constituer, de conserver, de mettre en valeur et de « diffuser » ou rendre accessible une ou des collections avec ce que cela peut comporter de travail scientifique et de compétences professionnelles particulières ». Le DEPS souhaite également « développer, comme toutes les institutions culturelles, une relation à un public avec ce que cela suppose de connaissance des pratiques et des attentes de la diversité des publics, de capacités à la fois de marketing et de médiation, de pédagogie, de définition d'une politique tarifaire ». 

 

Enfin, les établissements ont « l'assignation de missions relatives à leur insertion dans les politiques culturelles territoriales et nationales ». Un triple coeur de métier que l'appel à projet veut renouveler.

 

Pour optimiser ses chances, plusieurs pistes sont dégagées dans cette révision de l'économie des institutions culturelles dotées de collection, et répondre à de nouveaux défis : 

 

a) la place des activités spécifiques du cœur de métier et les effets de la révolution numérique avec des interrogations sur les potentialités, les menaces, la concurrence de l'internet (exemple de l'externalisation en ligne d'une part importante des activités traditionnelles des bibliothèques publiques), sur la production, la diffusion et le stockage de l'information sur les collections, sur la numérisation et la diffusion numérique des collections elles-mêmes, sur l'exposition d'œuvres numériques, sur les autres adaptations à la révolution numérique (smartphones, tablettes tactiles, applications, cloud, réseaux sociaux, données publiques, services en ligne, emprunts numériques, etc), sur les coûts de la numérisation et les comportements de tâtonnement possibles quant aux choix à opérer prioritairement, sur les modes nouveaux de valorisation des collections, sur l'ingénierie des services proposés, etc. ;

b) les conséquences de l'extension et de l'évolution des publics et usagers avec des interrogations sur leur accueil (heures d'ouverture, services proposés, convivialité, actions pédagogiques et éducatives, autres actions culturelles, etc.), sur la connaissance des publics etusagers et leur diversité (inscriptions, fréquentations, volumes empruntés, types, pratiques, perceptions des missions des institutions culturelles, etc.), etc. ;

c) la diversité des modes de financement et le besoin de ressources avec des interrogations sur les politiques tarifaires (recettes propres, entrées payantes, billetterie, abonnements, pass ou passeport, fidélisation, gratuité, élasticités-prix et -revenu de la demande, discrimination tarifaire, segmentation des publics, etc.), sur les ventes de produits dérivés et d'autres activités commerciales annexes (marketing), sur l'évolution et la place des subventions publiques locales, nationales et européennes, sur l'ampleur et la diversité des sources de financement privé (mécénat, parrainage, philanthropie, fondations, levée de fonds, fonds de dotation, crowdfunding, etc.), sur la location, le prêt et la vente d'œuvres (deaccessioning), sur l'exploitation de marques, sur les pratiques de mutualisation, de coopération, de mises en réseaux, de recherche d'économies d'échelle et d'envergure, de clustering, sur la contribution des bénévoles (motivation, fonctions, fidélisation, etc.), etc. ;

d) les modes de gestion ou de management avec des interrogations sur les « modèles d'affaires » existants (organisation territoriale, modes de gestion, partenariats entre public et privé, etc.), sur la mesure statistique des activités de ces institutions (effectifs, types de personnel, rémunérations, contrats, budget et flux financiers (dépenses, recettes propres, subventions publiques, autofinancement...), etc.), sur le contrôle de gestion et le contrôle des performances (critères ou indicateurs de performance) ainsi que les modes d'évaluation de la réalisation des missions, etc. ;

e)l'évolution des missions, leur définition et les relations aux tutelles avec des interrogations sur le statut des équipements concernés et leur évolution récente (de plus en plus des centres culturels « territorialisés » aux multiples activités d'animation ?), sur les partenariats avec d'autres institutions, les écoles, les centres de loisirs, les maisons de retraite, les cinémas, les théâtres, les centres sociaux, etc., sur les activités liées au spectacle vivant et à l'événementiel, sur une autre évolution possible vers des lieux d'apprentissageou de convivialité, sur une possible césure croissante entre petites et grosses institutions et une tendance à l'industrialisation culturelle (oligopole à frange), sur la logique « Guggenheim Bilbao » considérant l'institution culturelle comme un levier de développement économique (global art museums as economic re-activators), sur la mutation des métiers (directeurs, conservateurs, administrateurs et gestionnaires, autres personnels), sur les relations aux tutelles et la formalisation des missions, etc. ;

f) les démarches de réseaux avec des interrogations sur l'état et l'extension possible de ces démarches de réseaux tant dans des logiques territoriales entre institutions de types différents sur le même territoire que dans des logiques sectorielles ou « métier » entre institutions de même type. Comment s'articulent ces types de démarche ? Quels sont leurs contenus exacts ? Contribuent-ils à structurer les systèmes muséal et de lecture publique autour de points forts et de spécialisations ? Supposent-ils des « chefs de file » et pointent-ils vers le développement possible d'outils communs ?

 

 

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