De sang froid : La version des faits de Truman Capote contredite

Julien Helmlinger - 04.12.2014

Edition - International - Truman Capote - De sang-froid - Non-fiction


L'œuvre la plus célèbre de Truman Capote, In Cold Blood (De sang froid en français) que son auteur présentait comme de la non-fiction criminelle, n'en finit pas de susciter les controverses depuis sa publication en 1966. Le livre évoque un quadruple meurtre ayant eu lieu dans le Kansas quelques années plus tôt, ainsi que les confessions des deux accusés qui attendaient que soit appliquée leur peine de mort en prison. La déontologie de l'écrivain mondain a plus d'une fois été questionnée, et la publication de documents officiels pourrait contredire sa version des faits.

 

 

CC BY 2.0 par Alexander Torrenegra 

 

 

Il y a peu, une lettre assassine révélait ce que pensait William Burroughs du travail de Truman Capote : il lui annonçait qu'il était fini en tant qu'écrivain, et ciblait principalement l'éthique de son rival. Mais outre ses méthodes, d'autres critiques visent parfois la véracité de la version des faits relatée par le bouquin, que Capote a pourtant toujours défendu comme aussi rigoureusement fidèle à la réalité que possible.

 

Dans le best-seller de Capote, le massacre de 1959 est décrit à renfort de nombreux détails. Mais plus d'un demi-siècle plus tard, la Cour du Kansas a finalement autorisé Ronald Nye, le fils d'un ancien agent du Bureau of Investigation local, à publier les documents relatifs à l'affaire, que son paternel avait conservés depuis. Des notes, photos de scènes de crime et autres, qui contrediraient la version relatée dans In Cold Blood. Nye publie donc son propre livre.

 

Selon Ronald Nye, le bouquin de Capote avait provoqué la colère de son paternel, Harold Nye. Il précise que lorsqu'il est allé voir l'adaptation cinématographique, par Richard Brooks en 1967, le détective aurait quitté la salle de cinéma après seulement un quart d'heure de film. Une production qui, comme le livre, révèle nombre de détails concernant les meurtres de Herb Clutter, sa femme et deux adolescents au sein de leur ferme basée à Holcomb.

 

Pour reconstituer les faits, Capote s'était rendu sur les lieux du crime avec son amie Harper Lee, mais aussi à diverses reprises en prison, où Dick Hickock et Perry Smith, les accusés, attendaient d'être exécutés, ce qui sera fait en 1965. Selon les documents de la famille Nye, le portrait fait de l'investigateur principal, Alvin Dewey, serait trop flatteur. Ce dernier avait donné accès à du matériel, comme le journal intime de la jeune Nancy Clutter, ce qui expliquerait peut-être cette description avantageuse.

 

De son côté, le Kansas Bureau of Investigation aurait toujours soutenu la version des faits dépeinte dans In Cold Blood comme véridique. Harold Nye, peu convaincu, est décédé en 2003. Depuis 2012, le procureur général de l'État a poursuivi son fils Ronald pour l'empêcher de rendre publics les documents de son père. Le premier amendement aurait été invoqué, sous prétexte qu'il faudrait respecter la vie privée de la famille des victimes, pourtant déjà étalée.

 

Cependant, le juge en charge de cette nouvelle affaire, Larry Hendricks, a estimé qu'il devait voir les documents en question. Après les avoir consultés, il a changé d'avis et rendu son verdict : l'État du Kansas n'a pas le droit, selon lui, de tenir ce dossier secret, et il rejette l'argument de protection de la vie privée de la famille Clutter. Voilà qui donnera bientôt du grain à moudre aux détracteurs de Truman Capote et de son In Cold Blood.

 

L'auteur mondain, interrogé en 1966 par le New York Times, quant à savoir ce qu'il ferait de sa documentation concernant le massacre, avait répondu qu'il songeait à la brûler. Car son livre, fruit de six années de travail, était ce qui était le plus important à ses yeux.