De Turin à Montreuil : livre et jeunesse, trait d'union entre l'Italie et la France

Nicolas Gary - 09.01.2017

Edition - International - Turin Montreuil salons - Sylvie Vassallo jeunesse - Nicola Lagioia écrivain


En 2017, le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil collaborera avec le Salon international du livre de Turin. Pour la première fois, ce dernier accueillera des éditeurs français, sur les stands des éditeurs italiens. Un projet d’échange culturel inédit pour Montreuil et Turin que détaillent à ActuaLitté leurs directeurs respectifs, Sylvie Vassallo et Nicola Lagioia.

 

Éditions Thierry Magnier - Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« Turin nous a sollicités avant le salon : ils cherchaient un partenariat à long terme pour établir des relations bilatérales entre éditeurs français et italiens. L’idée est de donner plus de place à la littérature jeunesse, et asseoir la dimension internationale de cette manifestation », note Sylvie Vassallo, directrice du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. 

 

L’engagement de Montreuil dans les projets européens est connu, tant du côté des éditeurs que des auteurs. « Travailler avec une foire qui partage la même ambition est un plaisir », poursuit-elle. « Pour l’instant, nous nous concentrons sur deux sujets : proposer aux éditeurs français de se jumeler avec des éditeurs italiens, et d’engager une mise en relation et une connexion pour assurer la présence de leurs livres sur place. »

 

Autrement dit, les éditeurs italiens accueilleront sur leur stand des ouvrages français, ainsi que des éditeurs. « Tout cela doit se fera par affinité éditoriale, mais nous commençons seulement cette préparation », poursuit Sylvie Vassallo. 

 

« De nombreux éditeurs français et italiens se connaissent déjà. Les associations se feront suivant les choix des éditeurs entre eux – ce sera par affinité, bien sûr, par amitié personnelle, ou curiosité réciproque. Nous n’agissons qu’en qualité de médiateur », indique pour sa part Nicola Lagioia, directeur de la Foire du livre de Turin. 

 

Encourager la collaboration entre l'édition française et italienne

 

Cela implique également de créer des temps formels de rencontres : une journée professionnelle en présence des éditeurs français est ainsi en cours d’élaboration. « Au salon, il y aura une place, comme toujours, pour la littérature, pour les livres jeunesse (et pour les enfants), mais également pour la bande dessinée et les romans graphiques. Ce sera une belle représentativité, parce que nous avons un regard à 360 °. »

 

D’un côté, la ville italienne renforce son activité et son attractivité, alors que se prépare un tout nouveau salon à Milan, Tempo di Libri. De l’autre, Montreuil conforte son activité de vitrine de l’édition jeunesse, en rendant visible le genre dans les différentes foires internationales. « Apporter une expertise dans leur direction, c’est tout qui nous intéresse. Nous le faisons déjà avec Bologne, manifestation dédiée à la jeunesse, avec d’autres accords », précise Sylvie Vassallo. 

 

Bologne et Montreuil n’ont toutefois pas un partenariat direct : « Nous travaillons avec une association sur place, qui est elle en relation directe avec les organisateurs. Ainsi, nous pourrons proposer lors de Bologne 2017 notre exposition La règle et le jeu. Avec Turin, d’autres choses sont possibles, en s’appuyant sur Transbook. » 

 

Crédit : Salone Internazionale del Libro di Torino

 

 

En effet, à travers Transbook, projet européen consacré à la transition numérique, mais égalemet l’internationalisation de la littérature jeunesse, prend place le MïCE. Ce marché interprofessionnel et international de la Création pour enfants s’articule autour d’une journée pro, où sont exposés les produits innovants, les services numériques ainsi que les outils de demain pour l’édition. « Bologne dipose d’un espace numérique, avec une série de trois conférences prévues, ainsi que des rencontres et des master-class », note Sylvie Vassallo. 

 

Des échanges éditoriaux en plein essor

 

Tout reste à monter, donc, mais Turin souhaite consolider les relations franco-italiennes. « Les deux cultures ont toujours échangé et sont proches. Nous espérons que le Salon devienne un de ces endroits où le dialogue se poursuit d’une manière profitable. Et, partant des livres, que l’on établisse une discussion sur les narrations, mais également les événements, l’économie, la politique européenne... et sur le monde comme il est », relève Nicola Lagioia. 

 

« Dans une période de grande vulnérabilité pour notre continent, d’un point de vue politique, psychologique, mais peut-être aussi spirituel, le fait que l’Italie et la France mettent en commun ces questionnements, au coeur de leur tradition culturelle, et ce, au nom d’une amitié ancienne, ne peut qu’aider chacun des pays. » 

 

Si en France, Montreuil se tournera avant tout vers la petite édition, qui peut manquer d’expertise à l’international, contrairement aux grands éditeurs, c’est aussi un enjeu économique qui se profile, pour tous.

 

Pour l’édition italienne, 6299 titres ont été vendus à l’international en 2016, avec 59,2 % des droits cédés à des éditeurs européens, principalement dans le secteur de la jeunesse – 37,9 %, en croissance de 13,5 % par rapport à 2015 – et de la fiction – 35,4 %, soit 4,3 % de mieux qu’en 2015.

 

Panorama de l'édition en Italie : bibliothèques, ebook, droits étrangers 

 

Du côté français, 1312 titres ont été cédés au cours de l’année 2015, l’italien figurant parmi les cinq premières langues de traduction – soit 11 % des œuvres. Bande dessinée et religion/ésotérisme représentaient respectivement 724 et 39 titres, les éditeurs italiens étant les principaux acheteurs dans ces catégories, selon les données communiquées par le SNE.

 

« Sur le plan éditorial, les échanges qui auront lieu se concrétiseront plus facilement par des ventes de droits », avance Nicola Lagioia. De quoi encourager les achats d’un pays à l’autre, pour enrichir l’offre et le catalogue de tous. 

 

Et ce, pour le plus grand plaisir des lecteurs.