Débordés, les lecteurs ne finissent qu'un livre sur trois

Cécile Mazin - 23.11.2017

Edition - Société - finir lecture livre - français comportements lecture - manque temps lecture


Le plus souvent, les études qui s’intéressent à la lecture comparent les chiffres d’accès au livre, pour évoquer ce qui pourrait aider les populations les plus isolées à y accéder plus facilement. Elles s’intéressent en revanche rarement aux populations qui ont déjà accès au livre : des populations qui achètent et/ou empruntent des livres et dont on sait peu de choses.

 
Pourtant, même ceux qui possèdent des livres ne lisent pas pour autant toujours plus, la pratique du « book dropping » devenant courante (le livre est refermé prématurément avant de finir oublié dans un coin). Quels sont donc les usages que les français font de leurs livres papier ? Sont-ils sensibles aux innovations technologiques qui leur permettrait de garder le lien avec eux ?
 

 

Les faits marquants à enregistrer : 
 
  • - 1 lecteur sur 3 de moins de 50 ans abandonne plus de la moitié de ses livres en cours de lecture
  • - 47% des actifs citent le manque de temps comme justification principale
  • - seuls 16% des moins de 35 ans s’estiment distraits dans leur lecture par d’autre media, contrairement aux idées reçues
  • - 1 tiers des moins de 35 ans et 39% des lycéens seraient preneurs d’une technologie permettant de basculer du livre imprimé à une lecture audio, pour lire davantage.
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Sommes-nous trop débordés pour livre jusqu'au bout ? 


Rien de plus culpabilisant que d’avoir commencé un livre et de ne pas parvenir au bout… Une pratique assez répandue puisque l’étude révèle que plus d’1 lecteur sur 3 de moins de 50 ans (34%) abandonne au moins la moitié de ses livres en cours de lecture. Et c’est chez les hommes de moins de 35 ans que le chiffre est le plus élevé : 54% ne vont pas au bout.
 
Première raison évoquée chez les moins de 50 ans (autant que chez les 18-24 ans) : le manque de temps. Et lorsque l’on s’intéresse à des catégories de population particulières, les chiffres grimpent : 57% des lycéens avouent que le manque de temps est la première raison qui les conduit à lâcher leurs livres en cours de route. Sommes-nous donc trop débordés (et les jeunes en particulier) pour lire des livres papier ?
 
Une idée reçue : la dispersion occasionnée par d'autres medias. Les professionnels du livre ont coutume de s’inquiéter de la sollicitation d’autres media, qui écarterait les lecteurs de leurs livres papier. Parmi les media les plus montrés du doigt : les réseaux sociaux, accusés facilement d’absorber l’attention de la fameuse « Génération Y » (née en 1980 et 2000).

Pourtant, selon l’étude Opinion Way réalisée pour Chaï, si la sollicitation d’autres media constitue bien un obstacle à la lecture (pour 18% de la population), elle ne constitue pas pour autant un facteur générationnel. Ce n’est visiblement pas parce qu’on est jeune et connecté à son téléphone qu’on lit moins ses livres jusqu’au bout : seuls 16% des moins de 35 ans s’estiment distraits par d’autre media…quand ce chiffre atteint 22% chez les plus de 65 ans ! On tord ici le coup à une idée reçue très répandue : jeune et moins jeunes sont ainsi tous concernés par la dispersion qui leur fait laisser leur livre de côté.
 


 

Une nécessaire continuité dans la lecture


Si le temps est un des principaux facteurs limitants, il en existe d’autres. Le manque d’intérêt bien sûr, favorise le book drooping (pour 52% de la population) avec des disparités fortes (seulement 43% chez les 35-49 ans par exemple). 

Mais l'on constate également l’existence d’un autre facteur : 27% des actifs travaillant à leur compte affirment que le volume du livre et son poids en limitent la lecture, contre seulement 10% de la population active. Une hypothèse d’explication : les freelances et travailleurs indépendants sont réputés pour leurs nombreux déplacements au cours d’une journée. On comprend dès lors que « l’objet livre » puisse être encombrant et qu’ils préfèrent le laisser chez eux.
 

Les start-up à Francfort : Chaï, créer un compagnon audio
pour le livre imprimé


Et puisque le livre reste à la maison, une solution permettant de l’emporter avec soi « digitalement » ou sous une forme sonore apparaîtrait comme parfaitement adéquate. Parmi ceux qui laissent tomber la moitié de leurs livres en cours de route, près de la moitié d’entre eux (48%) seraient en effet preneurs d’une technologie permettant de basculer du livre imprimé à une lecture audio. Ils sont 39% chez les étudiants et 31% chez ceux qui travaillent à leur compte.

Il semblerait donc que des outils digitaux capables de faire passer le contenu du livre d’un support à un autre puisse fournir une solution innovante afin de ramener ces publics à la lecture et leur permettre ainsi de garder un lien avec le livre papier.