Décès de Françoise Mallet-Joris, “la plume, l’audace, la sensibilité”

Nicolas Gary - 13.08.2016

Edition - Société - Françoise Mallet-Joris - décès Académie Goncourt - auteure roman Mallet-Joris


Âgée de 86 ans, Françoise Mallet-Joris, figure de l’Académie française durant une quarantaine d’années, est décédée. Une plume magnifique de la littérature française qui disparaît. Venue au monde en Belgique, le 6 juillet 1930 d’un homme politique, Albert Lilar et de l’écrivaine Suzanne Lilar, elle publia son premier roman à 19 ans, Le rempart des Béguines. C’est à cette occasion qu’elle optera pour son pseudonyme Mallet, avant d’y adjoindre Loris.

 

Françoise Mallet-Joris (Suzanne Fredericq, CC BY SA 3.0)

 

 

Dès son premier ouvrage, Françoise Mallet-Joris jonglait avec les tabous : Le Rempart des Béguines (Ed. Julliard, 1951) évoquait une histoire d’amour entre une jeune femme et la maîtresse de son père. Guy Cassaril portera le livre au cinéma en 1972, avec l’auteure pour écrire le scénario. Un second ouvrage, paru en 1955, La chambre rouge connaîtra le même parcours, cette fois à travers la caméra du réalisateur belge Jean-Pierre Berckmans. 

 

Pour L’Empire céleste, en 1958, elle recevra le prix Fémina, dont elle rejoindra le jury dix ans plus tard, entre 1969 et 1971. Cette année, elle sera élue à l’Académie Goncourt – et ne sera remplacée que quarante ans plus tard par Pierre Assouline.

 

Ses goûts littéraires l’ont rapidement portée vers Colette. « Sa curiosité, son indépendance d’esprit l’avaient amenée à ouvrir des pistes inédites », indique Audrey Azoulay, dans un message. « Françoise avait vraiment une sensibilité qui a beaucoup compté pour influencer les choix des académiciens, les inciter à lire des livres vers lesquels ils ne seraient pas allés spontanément », évoque Pierre Assouline, interrogé par l’AFP. « Françoise Mallet-Joris a eu une grande audience notamment chez les femmes, mais pas que chez les femmes. Ce n’était pas qu’une romancière pour femmes, contrairement à ce que l’on a pu dire en raison de ses engagements féministes. »

 

« Engagée dans bien des combats pour la cause des femmes, Françoise Mallet-Joris était une romancière qui témoignait de son temps, en renouvelant sans cesse son regard plein d’humanité sur ses contemporains », ajoute la ministre de la Culture.

 

« Je voudrais que l’on pût écrire des deux mains et que chacune écrivît le contraire de l’autre », disait l’auteure.

 

 

 

 

« Francoise Mallet-Joris, on aime encore tout chez elle, la plume, l’audace, la sensibilité et même la gouailleuse peinture d’époque », indique pour sa part Christian Taubira. Quant à Najat Vallaud-Belkacem, elle évoque « une plume, une sensibilité au service de la littérature et des femmes. Hommage ». 

 

À lire sur Les Ensablés : 

Chronique du Lac : L'empire céleste de Françoise Mallet-Joris

 

 

L’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, où elle fut élue le 9 octobre 1993 au fauteuil 13 – celui qu’occupa sa mère – notait : « Ce qui frappe aussi, c’est l’intense créativité. Alors que certains remâchent désespérément le même sujet, habillent leurs vieux fantasmes d’oripeaux à la mode, Françoise Mallet-Joris s’offre le luxe de gaspiller des idées, d’aborder à peine certains personnages. Combien de silhouettes tout juste ébauchées qui eussent été d’extraordinaires héros de roman? Mais l’écrivain taille en pleine étoffe… personnages réels entrevus dans la réalité, personnages synthétiques à la Balzac, personnages nés de son propre théâtre d’ombres, qui le sait et est-ce bien là la question? »

 

Françoise Mallet-Joris fut également parolière, travaillant pour Marie-Paule Belle, et composa aussi un opéra toujours inédit, Caryl Chessman.

 

 

 

On peut également la retrouver dans cet autre entretien, où elle raconte sa relation aux animaux. Sur les bords de la Seine, c’est avec ses deux bergers allemands, Uranis et Calypso qu’elle se souvient des autres chiens et chats qu’elle a pu avoir au cours de sa vie.