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Décès de Kate Millett, la grande prêtresse du féminisme en Amérique

Nicolas Gary - 09.09.2017

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Née en 1934 dans le Minnesota, l’auteure Kate Millett fut une figure majeure du féminisme. Elle est connue dans le monde entier pour son combat politique. Sa thèse, Sexual Politics, (la politique du mâle) soutenue en 1970 à l’université de Columbia, connaît un véritable engouement dès sa parution. 


© Photo Sophie Bassouls
 

 

Kate Millett est décédée à l’âge de 82 ans, à Paris, alors qu’elle se trouvait à l’hôpital, en présence de son épouse, une journaliste photo d’origine canadienne, Sophie Keir. Elle a été emportée par une crise cardiaque lors d’une visite dans la capitale. 

 

Activiste, militante, artiste et pédagogue, elle a signé les livres les plus avant-gardistes de son époque, et fondateur pour une multitude de programmes d’études culturelles. Dans ses textes, elle évoque des millénaires d’exclusion juridique, politique, sociale et culturelle dans la condition des femmes. 


Elle s’exila en Angleterre après des études dans le Minnesota (dont elle était native), pour devenir spécialiste de la période victorienne. C’est en 1961 qu’elle partira au Japon, rencontrant alors Fumio Yoshimura, qui deviendra son époux. 
 

Deux ouvrages avaient été traduits par Elisabeth Gille et publiés aux Éditions des femmes. L’éditeur précise dans sa biographie qu’en 1971 elle avait acheté une ferme qu’elle restaura pour en faire une communauté de femmes artistes, baptisée «Women’s Art Colony Farm». 

 

L’année d’avant, alors qu’elle était déjà mariée, elle intervenait à l’université de Columbia, quand elle fut violemment prise à parti par une personne dans l’assistance. On voulait savoir si elle était lesbienne. « Tout s’est arrêté, les visages me regardaient dans une attente terrible. […] Ce mot, en public, mot que je m’étais toute ma vie attendue à entendre. Finalement, voici que j’étais accusée », se souvenait-elle. (in Flying)

 

Probablement une étape fondamentale, où contrainte de reconnaître publiquement son homosexualité, elle eut la force supplémentaire de mener tous les combats qui suivirent. 
 

« L’institution première du patriarcat, c’est la famille. Tout à la fois un miroir et une connexion avec la grande société. Une unité patriarcale, dans un ensemble patriarcal. »

Kate Millett, in Sexual Politics


Son essai, Sexual Politics, remettait en perspective toutes les thèses freudiennes — comme l’envie du pénis —, de même que les angoisses exprimées, à l’égard de la masculinité par Norman Mailer. « Il est intéressant que beaucoup de femmes ne se reconnaissent pas discriminées : aucune autre preuve plus probante ne peut être trouvée de leur conditionnement. »

 

Ses romans En vol et Sita racontent, sous le voile de la fiction, ses expériences homosexuelles. En Iran relate la lutte pour les droits des femmes qu’elle a menée dans ce pays avant d’en être expulsée. Tous ses livres font écho à une vie consacrée à la libération sexuelle.