Décès de l'helléniste Jean Bollack

Clément Solym - 05.12.2012

Edition - Société - Jean Bollack - Philosophie - Sorbonne


Le philosophe, philologue et helléniste Jean Bollack est décédé hier à l'âge de 89 ans. Né à Strasbourg en 1923 dans une famille juive alsacienne,   il commence sa formation par la philologie grecque à Bâle avant de revenir en France pour poursuivre ses études à Paris en 1945. Il étudie à la Sorbonne sous la direction de Pierre Chantraine : y obtient une licence de lettres classiques ainsi qu'une licence d'allemand. Il se forme à l'histoire, la philosophie et à l'archéologie. Il réussit avec succès la prestigieuse agrégation de grammaire.

 

eurípides

Statue d'Euripide, serguei_2k, CC BY-NC-ND 2.0

 

C'est alors le début d'un long parcours et d'une vie intellectuelle d'une profondeur rare. En effet, on croise sur son chemin de grand noms de la vie de la pensée française du vingtième siècle : il suit les cours de Benveniste, Gilson, Canguilhem, et Koyré.

 

Il fut professeur de littérature et de pensée grecques à l'université de Lille de 1958 à 1992. Il y crée une école de philologie et d'herméneutique reconnue de par le monde et où il forme des chercheurs comme Heinz Wismann. De 1968 à 1975 il enseigne à la rue d'Ulm, et il a pour collègue Derrida et Bourdieu, dont il est proche.

 

Il a joué un rôle important dans la redécouverte et la diffusion de l'étude des philosophes présocratiques en France. De 1965 à 1969 il publie en guise de thèse d'Etat une reconstitution du poème philosophique d'Empédocle. Ce travail de grande qualité est salué à l'époque par les grands poètes français du moment : René Char, Henri Michaux et Saint-John Perse, pour ne citer qu'eux.

 

Sa carrière universitaire achevée, il ne prend pas sa retraite pour autant et poursuit son travail en publiant de nombreux ouvrages. On mentionnera ses travaux sur Euripide, Sophocle ou encore Parménide, ouvrages qu'il réalise en collaboration avec son épouse Mayotte Bollack et ses élèves.

 

Il a aussi mis son savoir et sa rigueur  au service de l'étude de Paul Celan dont il est considéré comme l'un des exégètes les plus brillants.

 

Tout le monde intellectuel s'accorde à célébrer la qualité de son œuvre mais aussi ses qualités humaines. Ses anciens élèves, Pierre Judet de La Combe et Heinz Wismann, avaient eu l'occasion de lui rendre hommage lors d'un colloque : « Bollack a été un professeur étonnamment libéral, au sens politique, dans l'attention mise à laisser circuler dans ses séminaires une parole libre, et autant  qu'elle le pouvait, rigoureuse, centrée sur son objet. »

 

En février prochain paraîtra son journal, Au jour le jour, qui rassemble plus de quinze années de notes.