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Décès de Maurice Nadeau, l'homme de la Quinzaine littéraire

Cécile Mazin - 17.06.2013

Edition - Société - Maurice Nadeau - Quinzaine littéraire - décès


A l'âge de 102 ans, Maurice Nadeau, créateur de la revue La Quinzaine littéraire, et éditeur ayant découvert Perec, Beckett ou encore Houellebecq, vient de décéder, a informé son fils, Gilles Nadeau. « Mon père est décédé dimanche à 18 heures chez lui, entouré des siens. Les obsèques auront lieu en Seine-et-Marne, mais un hommage lui sera rendu à Paris », a-t-il confié à l'AFP. 

 

 

Maurice Nadeau
Crédit photo Oeuvres ouvertes

 

 

Depuis 1966, la Quinzaine littéraire a regroupé plus de 800 collaborateurs, avec pour vocation de valoriser une certaine qualité de l'écriture et de la pensée. Parmi ces collaborateurs, citons notamment Anne Sarraute, fille de l'écrivaine Nathalie, qui était secrétaire de rédaction, depuis les premiers temps et faisait « marcher la boutique ». 

 

Mais la Quinzaine connaît actuellement des heures sombres. Contacté début mai par ActuaLitté, Benoit Laureau de la Quinzaine expliquait : « La situation est à l'urgence : le plus compliqué, ce seront les deux ou trois mois à venir, et les échéances sont courtes. Pour l'instant, on exploite plusieurs filons en plein déploiement, et rien n'est encore fixé. À long terme, on souhaite développer le numérique par la valorisation des archives. » 

 

Ainsi, Maurice Nadeau avait lancé un appel fort, pour que la revue soit sauvée.  

Allons-nous nous laisser faire et voir disparaître le journal ? 

Nos avocats, Maîtres Emmanuel Tordjman et Benoît Huet (Lysias Partners), proposent pour assurer la pérennité du journal de mettre en oeuvre une solution permettant la poursuite de l'activité de La Quinzaine tout en garantissant le respect de son identité. Cette solution a fait ses preuves pour d'autres médias mais suppose une mobilisation massive. Elle consiste en la création d'une société participative comportant deux collèges (l'un regroupant les lecteurs et amis de la Quinzaine, l'autre les contributeurs) pour recapitaliser la SELIS, société exploitant la Quinzaine

 

Écrivain, critique littéraire, mais également directeur de collections ayant travaillé sur les écrits du marquis de Sade, ou encore pris la défense de Louis Ferdinand Céline, Maurice Nadeau reçut le titre de Commandeur des Arts et des Lettres.  

 

« Pendant toute ma vie, j'ai toujours eu la bonne place pour découvrir des écrivains. J'étais à l'affût, j'écoutais, je lisais beaucoup, des manuscrits, les revues, la presse étrangère », expliquait-il auprès de l'AFP, à l'occasion de son 100e anniversaire.

 

Avant de fonder sa propre maison, en 1977, Nadeau avait travaillé chez différents éditeurs : « J'ai été viré de chaque maison parce que je perdais de l'argent, Julliard, Laffont, Denoël... Mais je trouvais toujours quelqu'un pour me recueillir. » D'ailleurs, sa maison elle-même a toujours connu une situation financière délicate reconnaissait-il, frôlant la faillite. « C'est difficile d'être indépendant, mais je l'ai toujours été. »

 

Reste qu'avec des auteurs comme Houellebecq, dont il sort Extension du domaine de la lutte, en 1994, ou encore Georges Perec, « refusé partout », ou Malcim Lowry, sa « plus grande découverte », Nadeau se voyait aujourd'hui comme un passeur. « Jeune, je voulais changer le monde, j'étais un utopiste. Aujourd'hui, je me révolte encore mais je ne risque rien. »

 

Pour ce qui est de la préservation de la Quinzaine, son fils explique : « Le pari financier semble réussi, même s'il va falloir apporter des changements et nous poursuivrons son oeuvre. »