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Décès de Pierre Bergé, de l'homme d'affaires au bibliophile passionné

Cécile Mazin - 08.09.2017

Edition - Société - Pierre Bergé mécene - Pierre Bergé bibliophile - Yves Saint Laurent


Homme d’affaires redoutable, et redouté, Pierre Bergé est mort ce 8 septembre, à Saint-Rémy-de-Provence. Une vie menée entre la haute couture, le monde des affaires et celui des livres, pour lequel il avait une affection particulière. Son action de mécène fut de nombreuses fois saluée.




 

« La Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, Paris et la Fondation Jardin Majorelle, Marrakech ont l’immense tristesse d’annoncer le décès de leur Président-fondateur Pierre Bergé, [...]. Il décède dans son sommeil à l’âge de 86 ans des suites de sa longue maladie », apprend-on dans un communiqué. « Hommage à Pierre Bergé, un homme engagé qui a placé sa vie au service de la culture et qui l'a fait grandir avec passion, audace, générosité », a pour sa part commenté la ministre Ffrançoise Nyssen.

 

C’est au contact de peintres, d’auteurs et de poètes que Pierre Bergé passa son existence. Né en 1930 sur l’île d’Oléron, il rencontrera Yves Saint-Laurent en 1958, alors que ce dernier travaille chez Dior, comme styliste. Une histoire de la mode. va se bâtir. Il dirigea durant 40 années cette maison de couture. 

 

Quand il s’installa à Paris en 1948, c’est avec Jacques Prévert, André Breton, ou encore Sartre et Camus qu’il se retrouvera. Il publia en effet un journal La Patrie mondiale et deviendra libraire, cherchant avant tout des éditions originales. L’époque d’après-guerre est propice, les grands noms ne manquent pas. 
 

Mais c’est également avec Jean Cocteau qu’il va se lier, dont il deviendra le titulaire du droit moral pour ses œuvres. Il se liera également de Jean Giono, racontant lui-même : « J’avais dix-neuf ans. Je vais passer une journée chez Giono, et j’y reste des années. »
 

De Sade à Dreyfus : la bibliothèque de Pierre Bergé, une Europe llittéraire


Cette bibliophilie conduira à la création d’une bibliothèque fantastique, réunissant des ouvrages rares, anciens. Une collection qui fut vendue aux enchères ces dernières années avec des succès de vente impressionnants. 

 

Il est aujourd’hui considéré à juste titre comme une personnalité emblématique dans le monde de l’art, de la presse que de la mode. Il avait en effet investi avec Mathieu Pigasse et Xavier Niel dans le rachat du Monde, en 2010, devenant l’un des actionnaires et assurant la présidence du conseil de surveillance. Il s’était auparavant engagé dans la création de Courrier international, en 1990 et de Tétu, cinq ans plus tard. 
 

Enchères : la bibliothèque personnelle de Pierre Bergé désormais dispersée

 

En 2015, il était devenu l’un des mécènes officiels de la BnF : alors que 1600 de ses livres allaient être mis en vente, Pierre Bergé offrait quatre exemplaires spécifiques pour l’établissement. 

 

le premier manuscrit de Nadja par André Breton, 

les épreuves corrigées par Verlaine des Poètes maudits

les Maximes et pensées de Chamfort annotées par Stendhal, 

une édition originale du Docteur Pascal, d’Émile Zola, comprenant un envoi à la mère de ses enfants

 

Le tout pour une valeur globale estimée entre 3 et 4,3 millions € – l’exemplaire de Nadja est à lui seul estimé entre 2,5 et 3,5 millions €. 

Il fut également à l’origine de plusieurs prix littéraires, comme le Prix Mac Orlan, un ami qu’il connût bien ou encore du prix décembre.


Il fut particulièrement engagé dans la lutte contre le sida, et le respect des homosexuels. En 1994, aux côtés de Line Renaud, il créa l’association Sidaction. Politiquement, son engagement aux côtés de la gauche et de François Mitterrand fut marqué – il apporta même son soutien à Ségolène Royal. 


mise à jour 19h40 :


Voici le message officiel du ministère de la Culture
 

Pierre Bergé était un homme d’exception, qui de son vivant,  prêta à notre société tout le génie, la générosité, l’audace et l’humanisme qui l’habitaient, et qui nous les laisse en héritage aujourd’hui.

La culture était le cœur de sa vie. Elle était, au sens fort, une raison d’être. Nourri par les arts dès son enfance, notamment par la littérature, il choisira de mettre sa propre existence à leur service. Une série de rencontres structurantes dans sa jeunesse, dont celles du peintre Bernard Buffet et de l’écrivain Jean Giono, scelleront cette vocation. Celle-ci trouvera à se déployer dans toute sa force et dans toute sa grandeur dans la relation qu’il entretint avec le créateur Yves Saint-Laurent, marquée par une aventure professionnelle hors du commun, à travers laquelle le talent d’entrepreneur de Pierre Bergé accompagna le talent du créateur.

Cofondateur et dirigeant de la maison Yves Saint-Laurent pendant 40 ans, Pierre Bergé restera comme une figure de la haute couture. Mais il fut amoureux de tous les arts. Et il les aura tous servis. Il œuvra pour le spectacle vivant en tant que Directeur du Théâtre de l’Athénée, et Président de l’Opéra Bastille notamment. Pour la presse, à travers son engagement, entre autres, au sein de Têtu et plus récemment du Monde. Grand mécène, Pierre Bergé soutint par ailleurs de nombreux projets muséaux et patrimoniaux. Il a notamment contribué à la réouverture de la maison de Jean Cocteau.

Homme d’action infatigable, Pierre Bergé s’engagea aussi sur le terrain citoyen. Président-fondateur du SIDACTION, il se posa toujours, plus largement, en défenseur des droits de l’homme et du respect de la dignité des personnes.

C’était un homme de courage, de conviction, et de grande générosité : qui se sera toujours engagé pour ce qu’il aimait et ceux qu’il aimait. Engagé pour la justice, pour les arts, pour la beauté, il aura au fond œuvré toute sa vie pour une cause : l’humanisme.