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Décès de Tzvetan Todorov : une pensée qui dépasse largement les frontières

Cécile Mazin - 07.02.2017

Edition - Société - Tzvetan Todorov philosophe - mort Tzvetan Todorov - structuralisme Tzvetan Todorov


Écrivain et historien originaire de Bulgarie, Tzvetan Todorov est décédé ce 7 février, à l’âge de 77 ans. Né en 1939, il quitta le pays pour s’installer à Paris en 1963. Il étudiera avec Roland Barthes, et s’est imposé comme un immense théoricien de la littérature, auteur, par ailleurs, de nombreux essais sur le formalisme.

 


Fronteiras do Pensamento, CC BY SA 2.0

 

 

Par l’héritage que laisse Tzvetan Todorov sur le totalitarisme, ou le néoconservatisme, il reste l’un des plus grands intellectuels du XXe siècle. Ses parents, bibliothécaires dans la Bulgarie communiste, étaient passionnés de littérature.

 

Il enseignera à l’université de Yale entre 67 et 68, avant d’entrer au CNRS, à Paris. Il dirigera d’ailleurs le Centre de recherche sur les arts et la langue de Paris entre 83 et 87.

 

Philosophe de l’altérité, il a largement participé à la propagation des études formalistes, que le structuralisme redécouvrira dans les années 60. L’un de ses ouvrages, Théorie de la littérature, compte parmi les plus importants dans le domaine.

 

Ses ouvrages couvrent un champ vaste, de la littérature à la philosophie, en passant par l’histoire et l’art. Il fut, toute sa vie durant, un observateur implacable, décryptant un monde en constante évolution et apportant des réflexions à même de mieux le comprendre.

 

À plusieurs reprises, il avait manifesté sa colère contre l’Occident et la mission messianique des pays, que d’imposer des régimes démocratiques par la force. « Si nous voulons libérer nos esprits des conséquences de murs anciens, nous devons préserver la défense du pluralisme dans nos sociétés et l’équilibre établi entre les citoyens. »

 

Selon lui, tout pouvoir politique devait avoir pour exigence de se soucier du bien commun. Les vices fondamentaux de la société ne tenaient pas aux banquiers ou à la finance, mais à l’ensemble d’un système qui permet d’établir des privilèges.

 

En 2009, il signait une tribune pour dénoncer les agressions contre la démocratie : « L’autonomie des grands médias par rapport au pouvoir exécutif n’est pas moins indispensable. La France n’a pas atteint le degré de confusion entre ces instances que connaît l’Italie, où le président du conseil contrôle plusieurs chaînes de la télévision publique, tout en possédant quelques chaînes privées... Toutefois, en vertu d’une récente modification des règles, c’est le gouvernement, et non une instance autonome, qui choisit les dirigeants des médias publics. La justification de ce changement est cocasse : c’est, dit-on, pour éviter l’hypocrisie, car de toute façon l’instance “autonome” obéissait déjà aux ordres ! »

 

En 2008 lui avait été remis le prix Prince des Asturies, doté de 50.000 €.

 

« Représentant d’une méthode structuraliste rigoureuse qu’il a appliquée à la littérature et à la critique littéraire, Todorov a évolué vers l’analyse culturelle et l’histoire des idées. Ses préoccupations intellectuelles, son savoir, et son érudition, qui dépassent largement les frontières à la recherche de points de rencontre, l’amènent à aborder de grands sujets de notre époque, tels que le développement des démocraties, l’entente entre les cultures, le déracinement, la reconnaissance de l’autre et l’impact de la violence sur la mémoire collective », a déclaré la Fondation à l’origine de cette récompense.

 

Mort du sociologue Zygmunt Bauman, théoricien de la société liquide 

 

 

Il faut relire La peur des barbares, ouvrage édifiant dans lequel il revenait sur des notions aussi faussement évidentes que la culture, la civilisation, et l’identité collective.


Pour approfondir

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La peur des barbares ; au-delà du choc des civilisations

de Tzvetan Todorov(Auteur)

Dans une réflexion qui nous fait traverser des siècles d'histoire européenne, Tzvetan Todorov éclaire les notions de barbarie et de civilisation, de culture et d'identité collective, pour interpréter les conflits qui opposent aujourd'hui les pays occidentaux et le reste du monde. Une magistrale leçon d'histoire et de politique, et une véritable " boîte à outils " pour décrypter les enjeux de notre temps.

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