Décès du critique littéraire allemand Marcel Reich-Ranicki

Julien Helmlinger - 19.09.2013

Edition - International - Marcel Reich-Ranicki - Critique littéraire - Décès


Une grande voix s'est éteinte outre-Rhin, celle que Der Spiegel surnommait le Seigneur des livres. Tandis qu'il avait annoncé publiquement souffrir d'un cancer de la prostate, au printemps dernier, Marcel Reich-Ranicki, considéré comme le plus influent des critiques littéraires germaniques, est décédé ce mercredi à l'âge de 93 ans. L'annonce a été faite par le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, dont l'homme a longtemps dirigé le cahier Livres.

 

 

 

 

En 1920, Marcel Reich-Ranicki est né en Pologne, d'un père juif polonais et d'une mère juive allemande. Dès son adolescence berlinoise, le jeune homme se découvre une passion pour la littérature ainsi que le théâtre. Parce qu'il était juif, il s'est vu refuser l'entrée à l'Université de Berlin et s'est fait expulser en Pologne.

 

S'il a connu l'enfer du ghetto de Varsovie, et que ni ses parents, ni ses beaux-parents ou son frère n'ont survécu à l'Holocauste, l'homme a néanmoins échappé à la déportation vers les camps de concentration. En 1943, l'année suivant celle de leur mariage, il s'est enfui en compagnie de son épouse Tosia.

 

Après guerre, Marcel Reich a notamment travaillé pour les services secrets de la Pologne communiste à Londres, où il a pris le nom de Ranicki. Avant d'être ensuite exclu du Parti parce que trop peu enthousiaste à l'égard du dogmatisme stalinien.


C'est donc en autodidacte, en s'appuyant sur sa culture personnelle, qu'il est retourné vivre en Allemagne de l'Ouest en 1958. Il a alors exercé en tant que critique littéraire, pour le prestigieux hebdomadaire Die Zeit, de 1960 à 1973, puis à la tête du service littéraire du quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung de 1973 à 1998.


Il a publié de nombreux livres, des anthologies et autres essais, sans oublier son autobiographie à succès adaptée pour la télévision et diffusée en France sur Arte courant avril 2009. De 1988 à 2001 il a animé l'émission populaire et influente, le Quartet Littéraire, débattant au sujet de plus de 400 livres à renfort d'avis tranchés et de penchants conservateurs sur la littérature n'ayant pas manqué de faire grincer des dents.

 

Suite à l'annonce du décès, la chancelière Angela Merkel a exprimé sa peine pour la perte d'un homme passionné et brillant, évoquant « un ami incomparable de la littérature, mais aussi de la liberté et de la démocratie ». Soulignant le retour au pays de Marcel Reich-Ranicki après l'Holocauste, et estimant que la patrie doit lui en être reconnaissante.